Actualité: L’Eglise de Suisse célébrera le dimanche 7 février la Journée de l’apostolat des laïcs. L’APIC a rencontré l’abbé Marc Donzé pour évoquer un des aspects de l’apostolat des laïcs : leur engagement en pastorale.
APIC-Interview
Suisse: Journée de l’apostolat des laïcs le 7 février
Marc Donzé : L’engagement des laïcs, une vocation fondamentale
Maurice Page, Agence APIC
Fribourg, 26 janvier 1999 (APIC) L’Eglise de Suisse célébrera le 7 février le dimanche de l’apostolat des laïcs sur le thème «Donner goût à la vie». L’abbé Marc Donzé, ancien professeur de théologie pastorale est depuis peu curé de la paroisse St-Pierre, à Fribourg. Pour lui, l’engagement des laïcs en Eglise est une vocation fondamentale qui découle du baptême. Un développement particulier et récent de cette vocation fondamentale fait que des laïcs consacrent aujourd’hui l’essentiel de leur temps à un ministère dans l’Eglise, comme catéchistes professionnels, assistants pastoraux, responsables d’aumônerie, etc. Quelle peut être leur place ?
La présence de laïcs en pastorale ne va pas sans créer de difficultés. En publiant en novembre 1997 une sévère «Instruction sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres», le Vatican a déclenché une vive polémique en Allemagne et en Suisse. Pour Marc Donzé, la grande question est de ne pas jouer les ministères les uns contre les autres, mais de miser sur la complémentarité au sein d’équipes pastorales.
APIC: La place des laïcs dans l’Eglise est actuellement une question majeure…
Marc Donzé : Je base toujours ma réflexion sur le fait que l’Eglise est envoyée en mission par le Christ. Cela concerne pas seulement les apôtres et l’Eglise hiérarchique, mais l’ensemble des disciples, donc tous les baptisés. Tous sont co-responsables de la mission de l’Eglise, c’est-à-dire annoncer l’Evangile, servir les pauvres, chanter la louange de Dieu et célébrer les sacrements.
APIC: Comment comprendre cette notion de co-responsabilité ?
M.D. : Co-responsable ne signifie pas responsabilité égale pour tous, mais une responsabilité différenciée. Chacun est appelé par son baptême à être membre du Christ, prêtre, prophète et roi. Le Concile l’a précisé dans la constitution «Lumen Gentium». Etre prêtre signifie l’offrande de sa vie à l’image et avec le Christ, dans la liturgie et dans le monde. Etre prophète signifie être témoin de l’Evangile, par la vie d’abord, par les paroles ensuite. C’est être un peuple à l’écoute de la parole. Enfin la notion de roi implique notamment la recherche de l’unité dans la diversité.
La vocation habituelle du laïc est d’être témoin de l’Evangile, dans son milieu familial, professionnel, social, puis dans l’activité de l’Eglise comme telle, par exemple comme catéchiste bénévole, animateur liturgique ou membre d’un groupe d’entraide, comme une Conférence St-Vincent de Paul.
APIC: S’agit-il d’une vocation fondamentale ou d’une suppléance ?
M.D.: C’est une vocation fondamentale ancrée dans le baptême. La fameuse «Instruction romaine sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres» de novembre 1997 ne la remet d’ailleurs pas en question. Il peut y avoir ensuite un développement particulier de cette vocation fondamentale qui fait que des laïcs consacrent l’essentiel de leur temps à un ministère dans l’Eglise, comme catéchistes professionnels, assistants pastoraux, responsables d’aumônerie, etc.
APIC: Quelles sont les critères de discernement pour un ministère laïc ?
M.D.: Un ministère laïc doit avoir cinq caractéristiques: avoir trait à une fonction essentielle de l’Eglise selon les quatre missions définies tout à l’heure; s’inscrire dans une certaine durée; occuper une part importante du temps de la personne; être exercé par quelqu’un au bénéfice d’une formation adéquate et enfin être au bénéfice d’une mission canonique reçue de l’évêque et reconnue par la communauté. Les autres services ne devraient en principe pas recevoir l’appellation de ministère.
APIC: Vient alors inévitablement la question du ministère laïc face au ministère ordonné. Il semble y avoir là souvent une source de conflit ?
M.D:: Tout dépend de la manière d’aborder la question. Soit on dit : «Il y a un seul ministère, le ministère ordonné, avec ses trois degrés diacre, prêtre et évêque». Ou bien on dit : «Il y a des ministères qui structurent l’Eglise». Déjà chez saint Paul, la liste ne se limite pas à diacre, prêtre et évêque, mais parle d’évangélistes, de docteurs ou d’anciens. C’est peu à peu seulement à travers l’histoire que tout a été «rapatrié» sur le prêtre. La raréfaction actuelle du nombre de prêtres permet un redéploiement des ministères qui me paraît fidèle à la tradition antique de l’Eglise. Il faut alors distinguer entre ministres ordonnés et ministres non-ordonnés, même si je n’aime pas beaucoup cette désignation négative.
APIC: Comment précisément opérer cette distinction ?
M.D.: Pour moi, le ministre ordonné se distingue principalement par ce que l’on appelle la sacramentalité. L’évêque, le prêtre ou le diacre est celui qui rend présent le Christ, qui agit «in persona Christi». De là découlent des fonctions, en particulier la distribution des sacrements.
Si au contraire on cherche à définir le ministre ordonné par ses fonctions, le risque est grand de ne pas s’en sortir, spécialement pour le diacre qui a peu de tâches spécifiques.
Dans l’ordination, il y a deux éléments le fait que le ministre ordonné est reconnu par la communauté et précisément ordonné par l’évêque. Il est donc reconnu par l’Eglise pour une charge déterminée. Car il n’est pas possible de s’attribuer soi-même une tâche.
Le ministre non-ordonné travaillera donc dans l’annonce de la Parole ou dans les tâches caritatives, sociales, mais pas sacramentelles. A mes yeux, il ne s’agit cependant pas de suppléance.
APIC: A la lecture de l’Instruction romaine sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres, publiée en novembre 1997, beaucoup se sont pourtant sentis rejetés dans un rôle de bouche-trous ?
M.D.: Dans ce sens, l’instruction romaine ne représente pas à mon avis une bonne théologie. Elle me semble même en-deçà de ce que disait déjà Paul VI lorsqu’il a redéfini les ministères de lecteurs et d’acolytes. Ce qu’on l’on fait avec ? On se tait. Les chiens aboient, la caravane passe.
La grande question est que l’on arrive trop rapidement à jouer les ministères les uns contre les autres, au lieu de miser sur la complémentarité au sein d’équipes pastorales. Il est aberrant d’envoyer en mission un ministre laïc tout seul, comme il devrait être aberrant d’envoyer un prêtre tout seul. L’équipe permet de mieux tenir compte des divers charismes.
APIC: Faut-il alors aller jusqu’à prévoir une restructuration des paroisses?
M.D. : Oui certainement. J’avais fait un projet il y a quelques années en suggérant de créer des circonscriptions d’au moins 4’500 catholiques. Il serait possible alors d’avoir un prêtre à plein temps et un prêtre à mi-temps plus un ou deux laïcs. Avec des entités plus petites, il ne peut pas y avoir d’équipe.
APIC: D’autres cherchent des solutions en demandant la modification des conditions d’accès au sacerdoce ?
M.D.: La modification de ces conditions peut également ouvrir des pistes. Mais je crois qu’il est très insuffisant de dire simplement: «changeons la loi du célibat». Il faudrait que le ministre sorte de la communauté, où il aurait déjà fait ses preuves. Ce qui veut dire aussi qu’on ne va pas alors lui demander une formation de cinq ans de théologie à plein temps. Toute l’expérience humaine acquise est aussi une formation. A terme, on pourrait parfaitement imaginer que les diacres permanents puissent recevoir la prêtrise.
L’objection du risque d’un clergé à deux vitesses revient alors souvent Le premier constitué de célibataires très bien formés intellectuellement et le deuxième d’hommes mariés moins formés. Je réponds pourquoi pas? C’est peut-être une bonne chose. Avec les évêques les prêtres et les diacres nous avons déjà trois vitesses…
APIC: Face à cette réflexion, certains estiment que l’Eglise ne va pas assez vite…
M.D.: Le développement des ministères laïcs est assez rapide. Le problème, je le répète, est celui d’apprendre à ne pas jouer les uns contre les autres mais à répartir les responsabilités, aussi bien du côté du clergé que des laïcs eux-mêmes. Finalement cette collaboration est très récente, le savoir-faire doit encore s’apprendre. Les prêtres actuels n’y ont pas du tout été formés. Les problèmes doivent pouvoir se régler dans le dialogue (apic/mp)




