Le projet de prisons d’isolement ajourné

Turquie: Report de la réforme des prisons suite à un grève de la faim

Ankara, 10 décembre 2000 (APIC) – Le gouvernement turc a reporté samedi l’entrée en vigueur d’un projet controversé de réforme des prisons, au 51ème jour d’une grève de la faim suivie par 203 détenus d’extrême gauche, opposés au nouveau modèle d’établissement pénitentiaire.

«L’ouverture des prisons de type F a été reportée jusqu’à ce qu’il y ait un consensus social sur ces établissements», dont onze devaient entrer en service dans les prochains mois, a annoncé le ministre turc de la Justice Hikmet Sami Turk lors d’un point de presse. «Ce projet va être réévalué afin de permettre que ces établissements puissent satisfaire tous les critères de détention contemporains et universels. Nous souhaitons dissiper les préoccupations», a précisé M. Turk, demandant l’arrêt des grèves de la faim.

«Nous ne voulons pas que la vie d’aucun de nos concitoyens soit menacée ou qu’il porte dans l’avenir les séquelles de sa présente action», a-t-il ajouté, rappelant qu’un précédent mouvement de grève de la faim dans les prisons turques en juillet 1996 s’était soldé par la mort de 12 détenus d’extrême gauche.

Un groupe d’intellectuels, dont l’écrivain Yasar Kemal, avait engagé une médiation samedi matin dans la prison Bayrampasa d’Istanbul auprès des grévistes de la faim. 203 détenus, dont trois sont dans un état grave, observent une grève de la faim totale depuis 51 jours pour dénoncer ces nouveaux établissements, qui offrent des cellules pour 3 au lieu des dortoirs actuels de 60 détenus. Quelque 300 autres détenus ou des familles de détenus n’absorbent que de petites quantités de nourriture en signe de solidarité.

Sécurité ou isolement?

Selon les autorités, le nouveau modèle de prison devait améliorer la sécurité dans les établissements surpeuplés, fréquemment en proie à des mutineries ou affrontements entre gangs mafieux. Familles des prisonniers et défenseurs des droits de l’Homme ont quant à eux dénoncé la réforme, estimant qu’elle allait davantage isoler les prisonniers.

M. Turk a précisé que le gouvernement coopérera avec des pour faire une évaluation des établissements controversés. Une délégation du Comité européen pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe est attendue dimanche «à l’invitation de la Turquie» dans le cadre du mouvement dans les prisons, selon un communiqué du ministère de Affaires étrangères. L’amélioration des conditions dans les prisons est l’une des conditions requises par l’Union européenne pour l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie, pays candidat depuis le sommet de Helsinki, en décembre 1999.

Projet dénoncé également en Suisse

Lors d’une conférence donnée le 23 novembre à Fribourg, le militant des droits de l’homme Yavuz Binbay, responsable de la fondation Iykav pour l’aide humanitaire et le développement des Kurdes en Turquie, avait dénoncé le projet d’ouverture par le gouvernement turc des prisons de type F, davantage destinées à isoler les détenus qu’à assurer leur sécurité. Leurs cellules, selon Yavuz Binbay, étaient destinées à accueillir les prisonniers politiques, qui sont justement les principales cibles des mauvais traitements. Leur isolation ne constituait donc en aucun cas une mesure de sécurité. Les activités pour les droits de Kurdes ont valu à Yavuz Binbay, actuellement établi à Genève, six ans et demi de détention dans les prisons turques, assortis de mauvais traitements. (apic/afp/bb)

10 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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