Au détriment de la lutte contre la pauvreté héritée de l’apartheid
Afrique du Sud: La Conférence épiscopale dénonce l’achat d’armements sophistiqués
Durban, 3 novembre 2000 (APIC) La Conférence épiscopale catholique d’Afrique du Sud a dénoncé vendredi l’achat dispendieux d’armements sophistiqués au détriment de la lutte contre la pauvreté héritée de l’apartheid. Les évêques sud-africains ne voient pas de justification morale à de tels achats d’armements, étant donné l’absence de menace militaire réelle contre l’Afrique du Sud, alors que l’inégalité et la pauvreté sont en constante augmentation.
Cette prise de position critique intervient alors que le pays est secoué par le scandale impliquant le responsable des achats militaires et l’ancien Ministre de la défense Joe Modise. Ces deux hauts responsables gouvernementaux sont mis en examen dans le cadre d’un achat d’armements dont le coût initial était de 30,3 milliards de rands (plus de 4 milliards de dollars) et qui a finalement coûté le double. L’affaire a provoqué de vives critiques de la part de nombreuses associations pacifistes et religieuses sud-africaines. Ces milieux estiment que pour le moment, c’est la pauvreté qui constitue le principal danger pour la sécurité nationale.
Dans une lettre signée par Mgr Wilfred Napier, archevêque de Durban et président de la Conférence des évêques d’Afrique du Sud, les évêques interpellent le président de la République sud-africaine Thabo Mbeki. Mgr Napier rappelle que lorsque le programme d’achat d’armements avait été rendu public, l’Eglise catholique avait déjà fait part de ses réserves, que ce soit sur le besoin de posséder effectivement des armements aussi sophistiqués ou sur le coût économique de telles dépenses militaires étant donné l’urgence de répondre aux nécessités socio-économiques de pauvreté et d’inégalité héritées du régime de l’apartheid.
L’industrie d’armements, une proie facile pour la corruption
La Conférence des évêques salue le travail de la Commission parlementaire de contrôle des comptes publics qui mène une enquête sur ce qui semble être une affaire de corruption impliquant des membres du gouvernement. «Nous sommes aujourd’hui plus que jamais convaincus qu’une enquête légale sur les commandes militaires est nécessaire. Il est notoirement connu que l’industrie d’armements est couverte par de nombreux secrets, et par conséquent une proie facile pour la corruption.»
Des dépenses moralement injustifiables
Mgr Napier dit ne pas être surpris des irrégularités manifestes apparues lors de l’acquisition de nouveaux armements et met en doute l’offre de nouveaux postes de travail qu’a fait miroiter le gouvernement. «Nous désirons réaffirmer notre préoccupation quant à l’augmentation prévisible des coûts des achats militaires. Nous croyons que ce type de dépense est injustifiable tant du point de vue moral que du point de vue économique. De notre point de vue, la plus grande menace à notre sécurité est la croissance inacceptable de la pauvreté et de l’inégalité dans notre pays comme dans toute l’Afrique australe».
La Conférence des évêques ne voit aucune menace militaire planant sur le pays et estime que la meilleure contribution à la solution des conflits et à la construction de la paix sur le continent africain est la voie de la diplomatie et le principe de la négociation. Le véritable danger pour le pays n’est donc pas à ses yeux la corruption mais l’utilisation à des fins militaires des ressources destinées à des interventions socio-économiques. La Conférence épiscopale sud-africaine avait déjà critiqué dans le passé ce coûteux plan d’investissements militaires. (apic/misna/be)




