Cameroun: L’Eglise catholique dénonce la lutte du gouvernement contre le banditisme

Une «terreur aveugle» selon l’archevêque de Douala

Yaoundé, 12 novembre 2000 (APIC) Une polémique oppose l’Eglise catholique et le gouvernement camerounais sur le comportement du commandement opérationnel des unités spéciales. Ce corps de sécurité, composé d’éléments de la gendarmerie et de la police a été constitué au début de l’année par le président Paul Biya pour lutter contre le grand banditisme à Douala. L’archevêque de la ville, le cardinal Toumi, a dénoncé la «terreur aveugle» de cette unité, alors que le gouvernement s’est félicité de ses bonnes actions, commises «dans la légalité».

La controverse a éclaté après le meurtre successif, fin octobre par les forces de sécurité, de deux personnes considérées innocentes. L’Eglise et la presse indépendante du Cameroun ont qualifié de «bavure» ces morts. dans une lettre pastorale, Mgr Toumi a dénoncé les méthodes du commandement opérationnel, responsable, selon lui, de la mort de plus 50 personnes depuis sa création. «Pourquoi tirer sur des gens innoncents?» S’est-il interrogé, estimant que «même si ce sont des voleurs, il faut les juger devant les tribunaux». Selon le prélat, les autorités qui ont créé cette unité, ne font rien pour mener une enquête dans le but connaître son attitude de travail à Douala. «On continue de tuer les gens à tort et à travers», a déploré Mgr Toumi.

«De temps en temps des morts …»

Le ministre camerounais de la communication et porte-parole du gouvernement, Jacques Famé Ndongo, a rejeté cette accusation, tout en soulignant les résultats enregistrés dans la lutte contre la criminalité par ces unités spéciales. En janvier dernier, des ressortissants européens avaient été tués à Douala lors d’attaques à mains armées contre leurs biens. «Grâce au commandement opérationnel, nous avons maintenant la tranquillité à Douala où il y a de moins en moins de braquages, de viols et d’assassinats», a fait remarquer le porte-parole du gouvernement . Cependant, a-t-il reconnu, il y a «de temps en temps des morts», mais que ce sont des «accidents qui arrivent et que l’erreur est humaine».

En outre, a-t-il poursuivi, il n’y a pas «d’exécution sommaire au Cameroun et il n’y a pas d’inhumation dans les fosses communes». Le Cameroun est un Etat de droit et le commandement opérationnel fait son travail dans le strict respect de la légalité et de la réglementation, a-t-il conclu.

Une logique de terreur

Ces propos n’ont pas convaincu le cardinal Toumi. Dans sa lettre pastorale, il se dit inquiété par la «logique de terreur» affirmant que «ce qui se passe est horrible». Selon lui, c’est une «guerre ouverte contre la population de Douala» et si cette population avait les moyens de se défendre, on serait déjà en guerre, a-t-il déclaré à Radio France internationale. Il estime que l’opération des unités spéciales se fait sur «fond de corruption et de tricherie électorale». L’opposition camerounaise et les militants des droits de l’homme du pays partagent ce point de vue, a-t-on appris de bonne source. (apic/ibc/bb)

12 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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