Deux théologiens faits docteurs honoris causa
Fribourg: Dies academicus 2000 à l’Université des catholiques suisses
Fribourg, 15 novembre 2000 (APIC) Deux théologiens ont reçu la distinction de «docteur honoris causa» de l’université catholique de Fribourg. Lors du traditionnel «Dies academicus», le 15 novembre, qui constitue l’ouverture officielle et solennelle de l’année académique, le bénédictin liturgiste Albert Häussling, et le théologien orthodoxe Boris Bobrinskoy, ont reçu la distinction, tout comme un juriste et un pédagogue curatif. La journée, marquée par diverses interventions sur le rôle de l’université, a été également placée sous le signe du réchauffement planétaire, avec la conférence remarquée, et inquiétante, du professeur Martin Beniston, directeur de l’institut de géographie de l’Université de Fribourg.
«La Conférence sur les changements climatiques à La Haye a été fixée en même temps que notre ’Dies academicus’. Cela m’évite de justifier le choix de notre conférence», a lancé le recteur Paul-Henri Steinauer en guise d’introduction à la conférence du professeur Beniston intitulée «Sécurité alimentaire de la planète: la menace climatique». Pour le directeur de l’institut de géographie, il n’est plus question de douter. Le réchauffement climatique de la planète, causée par l’effet de serre, constitue une réalité vérifiée scientifiquement, qui aura des conséquences dramatiques sur l’agriculture si nous ne réagissons pas.
Trois semaines de réserve alimentaire
«La sécurité alimentaire de la planète ne repose que sur quelques types de plantes, comme le blé, le riz ou le maïs. En cas de problème grave, tels que sécheresse ou épidémies, la planète n’a que trois semaines de réserves alimentaires», prévient Martin Beniston en guise d’introduction. Pour le professeur de géographie, l’accumulation de gaz dits «à effet de serre» dans l’atmosphère n’a pas que la combustion d’énergies fossiles comme origine. Ainsi, la culture du riz et l’élevage du bétail provoquent l’émanation et la stabilisation de méthane dans l’atmosphère.
Si l’effet de serre n’entraîne pas que des conséquences négatives (certaines régions du globe pourraient devenir plus fertiles et des plantes plus résistantes), des effets désastreux se feront ressentir, ces prochaines décennies, surtout dans les pays tropicaux et équatoriaux, déjà sujets aux calamités comme la sécheresse, les typhons et les inondations. Le professeur Beniston craint que ces catastrophes naturelles se développent encore, et que d’autres calamités, comme la prolifération des mauvaises herbes, des champignons et des insectes nuisibles, viennent encore s’ajouter. Même les pays du nord pourraient faire plus proche connaissance avec les maladies tropicales.
En conclusion de son intervention, Martin Beniston a proposé d’adopter des stratégies destinées à prévenir les conséquences de l’effet de serre sur l’agriculture, comme la modification des types de semence, l’introduction de nouvelles bio-technologies et une adaptation aux changements climatiques. «En 1983, le phénomène ’El niño’ a fait chuter de 80% les récoltes du Nordeste brésilien. En 1992, alors que les scientifiques avaient prévu la catastrophe et mis au point une stratégie, la baisse n’a été que de 35%», a souligné le directeur de l’instutut de géographie en guise de message d’encouragement.
Ses propos inquiétants sur le réchauffement climatique n’ont pas refroidi l’assemblée, qui lui a réservé des applaudissements nourris, signes d’une écoute attentive.
Les quatre idées fondamentales du recteur
En introduction à la séance, le recteur Paul-Henri Steinauer a cité les quatre idées fondamentales permettant aux universités en général, et à celle de Fribourg en particulier, d’assurer la transmission de l’héritage de la pensée et de poser un regard critique pour préparer l’avenir.
Pour le professeur Steinauer, l’université doit d’abord viser l’unité entre l’enseignement et la recherche, qui demeurent inséparables. Elle doit ensuite transmettre aux étudiants des outils de compréhension de leurs connaissances, afin de s’adapter à l’évolution des sciences et de la sociéété. La troisième idée fondamentale développée par le recteur de l’université touche la transmission de connaissances, sans viser à ce que ces dernières aient un rôle utilitaire immédiat. Enfin, le professeur Steinauer a prôné la dimension interdisciplinaire, dans le dialogue entre différents instituts.
Nouvelle loi sur les hautes écoles
Pour sa part, le conseiller d’Etat Augustin Macheret, représentant du gouvernement fribourgeois, a situé le rôle des universités en regard de la loi fédérale de 1999, entrée en vigueur le 1er avril 2000, sur le développement des universités et la collaboration avec les hautes écoles. En application de cette loi, la conférence des hautes écoles suisses annonce une réforme globale, dès le 1er janvier 2001, dont les maîtres-mots sont «le fédéralisme coopératif» visant éviter le centralisme, «l’autonomie des hautes écoles» tant au niveau cantonal que national, «coopération» pour un soutien accru de la recherche, et l’encouragement de la saine «compétition» entre les universitéé.
Lors de la messe inaugurale du «Dies academicus», célébrée à l’église St-Michel, Mgr Joseph Roduit, abbé de Saint-Maurice, a souligné la complémentarité entre les sciences humaines et les sciences dites «exactes». Il a demandé de mesurer les nouveautés apportées par la recherche scientifique à l’aune de la sagesse. «Si on n’arrête pas le progrès, le progrès peut nous arrêter», a lancé le prélat dans son homélie.
Doctorats et membre d’honneur
Quatre doctorats honoris causa ont été décernées lors de la séance. Le professeur orthodoxe Boris Bobinskoy, doyen de la faculté Saint-Serge à Paris, a été récompensé pour son infatigable travail œcuménique, dans un esprit d’amour et de vérité, «en vue de l’approfondissement de la communion des Eglises sœurs dans l’Esprit Saint». Le doyen de la faculté de théologie, le professeur Guido Vergauwen, a relevé également la mise en valeur, par l’institut Saint-Serge, «du riche héritage de la pensée russe orthodoxe, quand celle-ci fut opprimée en Russie par la situation plitique». Le doyen de la faculté de théologie a également remis la distinction de «docteur honoris causa» au bénédiction allemand Angelus Albert Häussling, de l’abbaye de Maria Laach en Bavière, pour son importante contribution à la recherche et à l’enseignement liturgiques dans l’esprit de Vatican II.
La même distinction a été attribuée au professeur de pédagogie curative suisse Fritz Schneeberger et au professeur de droit George Bermann, de l’université Columbia à New-York.
Le recteur Paul-Henri Steinauer a enfin remis la distinction de membre d’honneur de l’université à Bluette Nordmann-Otschakowsky, qui s’occupe de la fondation «Jean Nordmann» destinée à perpétuer l’œuvre de son mari en favorisant les contacts entre l’Université catholique de Fribourg et celle, hébraïque, de Jérusalem.
Présentation des deux théologiens faits docteurs «honoris causa»
Le père Boris Bobrinskoy, né le 25 février 1925 à Paris, a fait ses études à Paris, Athènes et dans les archives du Mont Athos, Depuis 1954, il est titulaire de la chaire de théologie dogmatique à l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. Marié, père de famille, il est ordonné prêtre en 1959 et recteur de la paroisse orthodoxe de la très Sainte Trinité en la crypte de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris en 1969. Depuis 1993, il est doyen de l’Institut St-Serge.
Le père bénédictin Angelus A. Häussling, né en 1932, est moine de l’abbaye Maria Laach en Allemagne et professeur émérite de liturgie et de théologie sacramentelle à la faculté de théologie des Salésiens de Don Bosco à Benediktbeuern en Bavière. De 1978 à 1999, il est rédacteur en chef de l’organe international «Archiv für Liturgiewissenschaft» et depuis 1983 il est co-éditeur de la revue liturgique «Gottesdienst der Kirche». Il est l’auteur de nombreux ouvrages d’études sur la liturgie. (apic/com/bb)




