«Un avion pour Bagdad»: un vol victime de négligences plus que de pressions
L’interprétation belge d’un fax de la Suisse
Fribourg, 2 octobre 2000 (APIC) La Suisse aurait-elle bel et bien fait obstacle au survol de son territoire pour l’opération «Un avion pour Bagdad», qui devait emmener vendredi quelque 150 personnalités pour protester contre l’embargo qui frappe l’Irak. La Compagnie aérienne belge qui devait faire le transport l’affirme tout au moins. Mise en cause, la Suisse, par l’Office fédéral de l’aviation civile, rejette les allégations de la compagnie bruxelloise, en assurant avoir transmis verbalement l’autorisation nécessaire. Reste que l’avion pour Bagdad semble avoir été victime de négligences plus que de réelles pressions. En oubliant d’adresser avec anticipation certaines démarches administratives.
Dans un fax arrivé jeudi dans les locaux de la direction de la compagnie belge «Bruxelles International Airline» (BIA), l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), par la signature de Urs Haldimann, notifiait en effet qu’un tel vol devait auparavant recevoir l’autorisation du Comité des sanctions des Nations Unies. Aujourd’hui, l’OFAC ne conteste pas l’existence de ce fax, ni sa teneur, mais affirme avoir donné verbalement son accord pour le survol de la Suisse. «Avec ce fax, nous n’avons rien fait d’autre que de les rendre attentifs et de leur donner un conseil». Ce que qu’admet, en partie et du bout des lèvres, la compagnie belge.
Dans une déclaration faite vendredi à l’APIC, Ruedi Christen, chef de l’information du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), déclarait: La «Suisse n’a fait aucun obstacle à ce vol». Ce que contestaient en revanche avec insistance les organisateurs du vol: La «Suisse et la Grèce ont fait obstacle au passage de l’avion sur leur territoire, en ne délivrant pas les autorisations nécessaires», accusaient-ils vendredi matin à l’aéroport de Roissy Charles de Gaule, en se rééférant aux seules déclarations de la BIA.
Le chef de l’information du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) avait laissé entendre qu’un tel vol humanitaire ne relevait pas du régime des sanctions décrété par l’ONU. Une affirmation que semble pourtant contredire la lettre de l’OFAC. «Nous nous référons à votre fax de ce jour concernant le survol de l’avion Boeing 737 – 400 immatriculé en Belgique et nous vous informons que vous devez en principe recevoir l’autorisation du Comité des sanctions des Nations Unies, qui doit donner une approbation formelle de ce vol», écrit Urs Haldimann.
Déterminantes?
Selon le directeur général de la BIA, les réponses de la Suisse et de la Grèce ont été déterminantes dans la décision finale de sa compagnie de ne pas envoyer jeudi soir l’avion, tel que l’accord de principe entre BIA et les organisateurs: «Sans permission de survol, il n’y avait dès lors plus aucune raison pour déclencher ce vol».
«C’est faux, conteste vivement lundi Urs Haldimann. Nous avons autorsé». Il ne conteste cependant pas la teneur du fax envoyé par ses soins jeudi à Bruxelles, mais affirme avoir autorisé verbalement le survol du territoire suisse dans un entretien téléphonique avec Philippe Lamoral, de la BIA, en lui précisant qu’il serait souhaitable, pour la compagnie, d’obtenir un accord du Comité de sanctions des Nations Unies. D’où le fax, aux dires de Urs Haldimann. «Nous n’avons fait que les rendre attentifs à cette procédure à suivre, qu’il serait souhaitable d’obtenir l’autorisation». Il estime qu’un oubli de la part de BIA pourrait être à l’origine de ce raid aérien manqué.
Histoire d’une licence finalement renouvelée
Après la notification de la Suisse et de la Grèce, la Compagnie BIA admet en effet s’être adressée au Bureau bruxellois des Nations Unies, qui lui a recommandé de passer par la voie officielle, via le ministère des Affaires étrangères de Belgique. «Ce ministère nous a à son tour renvoyé au Comité des sanctions des Nations Unies, afin d’obtenir son approbation». Or comme le délai est de 24 heures pour une telle demande, ce même Comité n’a pas eu à se prononcer. De fait, relève Geert Peeters, la réponse est parvenue vendredi soir de New York, via la Mission permanente belge auprès des Nations Unis. «On nous demandait des informations précises sur ce vol, si nous allions ou non entrer dans les «no fly zones», et à quelle heure nous allions entrer en territoire irakien». Dans un fax envoyé aux organisateurs, jeudi peu après 19 heures, Geert Peeters confirmait: «Nous regrettons de devoir vous informer que nous avons été dans l’impossibilité d’assurer le vol du vendredi 29 septembre 2000, étant donné que les gouvernements des pays survolés ont insisté sur une lettre de permission des Nations Unies…»
Le directeur général de la BIA affirme enfin n’avoir subi aucune pression. Une affirmation que met en doute le Père Benjamin, responsable de l’organisation. «Cette compagnie attendait depuis une dizaine de jours le renouvellement de sa licence par les autorités belges. Je crois savoir qu’elle l’a finalement reçue vendredi…». Ce que ne conteste pas Geert Peeters, qui ne toutefois un lien entre sa décision et l’autorisation reçue. (apic/pierre rottet)




