Une proposition permettant l’impunité exceptionnelle
Suisse: La demande d’euthanasie ne cesse de croître au sein de la population
Lausanne, 10 octobre 2000 (APIC) «Choisir», la revue mensuelle des jésuites romands, consacre son dossier d’octobre à l’euthanasie. Sous le titre «Entre droit et éthique», «Choisir» se penche sur un problème de société qui questionne de plus en plus le monde. Et la Suisse.
Président de l’Institut romand d’éthique, Denis Müller pose une réflexion sur les développements récents de la question de l’euthanasie active directe dans le monde francophone à partir des propositions émises en Suisse et en France notamment, voire ailleurs.
Le 29 avril 1999, le groupe «Assistance au décès», nommé par le Département fédéral de Justice et Police, a rendu public son rapport. La majorité des membres de ce groupe de travail se sont ralliés à une proposition visant à permettre l’impunité exceptionnelle de l’euthanasie active directe, à condition que la maladie soit incurable, le décès imminent et les souffrances insupportables. L’alinéa 1 de l’article 114 du Code pénal garde donc sa validité mais la proposition consisterait à ajouter un deuxième alinéa. Le Conseil fédéral, dans sa prise de position du 5 juillet 2000, s’oppose à la solution d’»Assistance au décès», en s’appuyant sur les valeurs chrétiennes qui sous-tendent la société suisse.
Le débat sur l’euthanasie est confus car il faut distinguer légalisation et dépénalisation. Selon Denis Müller la légalisation sous-entend une «solution juridique d’une difficulté, ce qui nous oriente bien plus vers une sorte de dépénalisation exceptionnelle». La question est de savoir si l’euthanasie ne devrait pas demeurer une exception strictement éthique, «basée sur la seule hypothèse existentielle de la transgression de l’intransgressable», se demande Denis Müller.
Les théologiens, en particulier du côté catholique, participent activement au débat. Les protestants se font plus discrets quant aux publications scientifiques sur la question. «Il existe un décalage à propos de l’euthanasie entre la situation catholique, balisée par des interventions répétées du magistère romain, et la situation protestante où un certain vide normatif semble compensé par un constant accompagnement de la responsabilité», a écrit Denis Müller dans la revue «Choisir» du mois d’octobre.
Le groupe vaudois «A propos» semble prêt à exercer des pressions, ce qui ne calme pas le débat. En effet, selon Denis Müller, compléter l’article 114 par un deuxième alinéa ne représente pour ce groupe qu’un premier pas. Son objectif est de légitimer globalement l’euthanasie active directe dans toutes circonstances. (apic/com/fm)




