Rome :Le Brésilien Frei Betto est à Rome pour lancer «Le cri des Amériques»

«La pauvreté est le scandale du millénaire.  »

Rome, 24 octobre 2000 (APIC) Frei Betto était à Rome, lundi 23 octobre, pour lancer un nouvel appel à la justice et à la solidarité: «Le cri des Amériques». Pour le frère dominicain brésilien, «le grand scandale de la fin du siècle et du millénaire est la situation de pauvreté qui afflige une multitude de personnes».

Frei Betto, qui est actuellement responsable de la pastorale ouvrière de l’Eglise catholique au Brésil, s’est rendu en Italie pour la nouvelle édition du livre «Baptême de sang», sur la lutte clandestine contre la dictature militaire dans son pays. Le 12 octobre, anniversaire de la «découverte» de l’Amérique, il a été reçu aux Nations Unies avec la délégation guidée par le prix Nobel Perez Esquivel, pour confirmer qu’il faut une forte action en faveur des pauvres et de la justice sociale.

A Rome comme à New York, le dominicain a souligné que la requête de justice est un véritable parti transversal qui traverse le monde. «Son idéologie s’identifie à l’éthique, son parti est celui de la solidarité, son rêve est le droit de tout le monde aux biens essentiels, sa proposition est la dénonciation des responsables des inégalités mondiales et la construction de la civilisation de l’amour».

Campagne des évêques brésiliens

Le «cri des exclus» est le nom de la campagne de solidarité entamée par les évêques brésiliens en 1995 et qui doit se poursuivre maintenant au niveau continental. Ce sont les nouvelles technologies qui permettront de faire un nouveau pas en avant car, selon Frei Betto, «elles favorisent les rapports entre les mouvements engagés pour un modèle alternatif de société». Pour le frère dominicain, l’ère post-capitaliste est caractérisée par un effort visant à mettre fin à l’exclusion sociale, à redistribuer les biens, à protéger l’environnement, à mettre au centre l’éthique et la spiritualité sans surestimer les biens matériels.»

Afrique: Visite à Fribourg de Mgr Francisco Silota, l’»évêque-courage» du Mozambique

Une Eglise locale à l’»état embryonnaire»

Par Marie-José Portmann, de l’APIC

Fribourg,

(APIC) Avec beaucoup de pudeur, l’»évêque-courage» de l’Eglise catholique du Mozambique est venu témoigner en Suisse et à Fribourg de la détresse de son jeune diocèse de Chimoio, dévasté par les inondations de l’hiver dernier dans le sud, et par la sécheresse dans le nord. Interrogé par l’agence APIC, Mgr Francisco Silota estime que l’Eglise locale est encore à l’état embryonnaire au Mozambique, dépendant largement de l’extérieur. Selon le prélat, l’Eglise locale du Mozambique n’existera vraiment que lorsqu’elle sera en mesure de former son personnel et que le mariage entre foi et culture aura été consommé.

Le diocèse de Chimoio, long de 800 km et large de 300, a été ravagé par les cyclones qui ont entraîné des inondations dévastatrices dans le sud et par une sécheresse destructrice dans le nord. Ces deux régions ont été déclarées zones d’urgence.

Ayant perdu ses récoltes et souvent tous ses biens, la population souffre de la famine. L’Eglise catholique distribue du maïs et cherche à acheter les semences pour les champs. Les puits ont été ensablés et l’eau potable manque, provoquant des épidémies. «Père Blanc noir», Mgr Siletto a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer ses confrères du vieux continent et voir les possibilités de soutien en personnel qui existe notamment en Suisse. Il en profite pour rendre visite aux familles des missionnaires de travaillent au Mozambique. La Mission Bethléem Immensee qui a reçu le prélat à Fribourg est également présente depuis quelques années dans la pastorale du diocèse de Chimoio avec quatre religieux et des laïcs. Actuellement, Maria Santos de Lausanne (VD) et Guy Lugon-Moulin de St-Léonard (VS) sont engagés dans la paroisse de Machaze, au sud du diocèse.

La bonne volonté ne suffit pas

Pour faire face à un diocèse gigantesque et à des conditions de vie précaires, la bonne volonté ne suffit pas. Pour que les laïcs soient actifs et partagent la responsabilité de l’Eglise, la formation à tous les niveaux est nécessaire, souligne ce «Père Blanc, noir» de 59 ans. Il a étudié au Malawi, en Angleterre et à Rome, et parle en plus du portugais, du français et de l’anglais, les six langues de son diocèse. Figure de proue de l’Eglise du Mozambique dont il préside la Conférence des évêques, Mgr Silota veut former des «leaders» ainsi que des agents de santé, pour aider la population à se défendre avec les moyens du bord, comme les médecines naturelles. «Les gens n’ont pas accès aux soins médicaux occidentaux et s’ils se font soigner, ils n’ont pas les moyens de payer les médicaments». L’évêque ambitionne de créer des centres polyvalents où l’on s’attachera également à la promotion de la paix et où les missionnaires étrangers apprendront les langues locales.

Découvrir la voie de l’évangélisation en vivant

Pour lui, l’inculturation est indispensable pour que la foi soit vécue vraiment. «Il ne s’agit pas de retomber dans une monde archaïque mais de vivre la foi dans les aspects positifs de la tradition, au travers de petites communautés qui essayent d’être elles-mêmes. Cela ne peut pas être imposé par le haut, par l’évêque, mais par la vie. C’est un long processus. L’Eglise est une communion où la vie remonte du niveau local jusqu’aux structures du continent», estime Mgr Silota. «Le Synode africain de 1994 a tourné la page de la théologie de l’adaptation. Le temps est venu d’une théologie de l’incarnation qui prend les réalités locales en compte. En 1977, deux ans après l’indépendance du Mozambique, on a pris l’option de petites communautés avec leurs ministères.»

Trois conditions à l’émergence d’un Eglise locale

Pour Mgr Silota, l’Eglise locale est encore à l’état embryonnaire au Mozambique. Elle n’est pas encore en mesure de former ses prêtres, ses religieuses et religieux et ses laïcs, explique-t-il. Les gens sont divisés sur la manière de vivre la foi: le message chrétien n’est pas encore harmonisé avec les éléments culturels et les composantes positives de la tradition. «Nous voulons vivre la foi comme quelque chose qui nous appartient, et non comme un corps étranger importé du dehors», souligne l’évêque africain. Une Eglise assistée financièrement reste sous la conduite de ceux qui lui viennent en aide. «Même dans notre situation misérable, nous devons contribuer à nous relever, ne serait-ce qu’avec un centime.»

Demander est humiliant, avoue Mgr Silota, qui dit cependant sa reconnaissance pour le soutien apporté par les œuvres missionnaires, les organisations non-gouvernementales, la coopération internationale. Il ne se berce cependant pas d’illusions: «ce processus va prendre des années et notre géénération ne le verra pas aboutir». La consolidation des petites communautés basées sur le respect, l’aide mutuelle et la coresponsabilité est l’une des deux préoccupations principales de Mgr Francisco Silota, la seconde concernant la défense des droits de l’homme, de la justice et de la paix dans une région du monde marquée par l’apartheid tant social qu’économique. (apic/mjp)

24 octobre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!