Dominus Iesus: accord sur le fond, pas sur la forme

Suisse: Les évêques doivent veiller à l’unité doctrinale de leurs fidèles

Fribourg, 25 octobre 2000 (APIC) Le pape Jean Paul II a notamment demandé aux 1’500 prélats qui ont participé début octobre au Jubilé des évêques à Rome de veiller à «la promotion de l’unité doctrinale de leurs fidèles». Cet appel constitue-t-il une remise au point face aux réactions provoquées par la diffusion de Dominus Iesus? Trois évêques suisses présents à Rome s’expriment sur les suites de la déclaration du Vatican. Si le fond reçoit leur adhésion, la forme est jugée trop dure ou trop juridique.

Sur les quatre évêques suisses présents à Rome, seuls trois ont exprimé leur point de vue sur l’appel du pape à veiller à l’unité doctrinale des fidèles, Mgr Grab n’ayant pu être atteint.

L’évêque de Sion, Mgr Norbert Brunner n’a pas ressenti le message du pape comme un rappel direct de «Dominus Iesus», mais comme une réaction contre la privatisation et l’individualisation de la religion. Car la tentation d’amalgame entre diverses valeurs existe bel et bien dans la société. «On prend le plus petit dénominateur commun entre chaque forme de croyance, et on affirme que Jésus n’est pas le seul médiateur entre Dieu et les hommes», déplore l’évêque de Sion.

Problème de communication

De ce fait, Mgr Brunner adhère au message de «Dominus Iesus», du moins sur le fond, car il reprend des textes du Concile Vatican II. Il regrette cependant la forme juridique du document: «On aurait pu dire les mêmes choses, d’une autre manière».

Le prélat valaisan souligne un autre problème de communication. Le document, qui s’adresse en priorité aux évêques, a été diffusé tous publics. Les médias s’en sont emparés avant que les évêques aient pu l’étudier et au besoin l’adapter à la réalité du pays. Mgr Brunner souligne que des journalistes sans formation théologiques ont traité l’information de façon «souvent superficielle». Il en est résulté que des instances ecclésiales, notamment chez les catholiques, ont pris position sans avoir lu la déclaration du Vatican. «Il n’est plus possible pour les évêques suisses de l’étudier dans la sérénité», regrette l’évêque de Sion.

Un sujet récurrent chez le pape

Mgr Kurt Koch n’a pas non plus perçu un lien direct entre la demande du pape et la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi. «Nous n’avons pas du tout abordé ce sujet lors de notre jubilé à Rome», affirme l’évêque de Bâle. Le combat contre le relativisme et le syncrétisme fait d’ailleurs partie des sujets récurrents de Jean Paul II. «Il nous l’avait déjà demandé lors de sa visite ad limina», rappelle Mgr Koch.

L’évêque de Bâle, à la suite de la diffusion de «Dominus Iesus», dont il reconnaît que la forme aurait pu être mieux adaptée, a clairement ressenti une scission, qui existe d’ailleurs entre beaucoup de documents officiels et ce que vit l’Eglise dans les communautés paroissiales.

Les prises de positions très dures qui ont suivi la diffusion de «Dominus Iesus» ont-elles permis à Mgr Koch de découvrir un nouvel aspect de sa fonction? «Il est nécessaire d’approfondir encore davantage mon rôle de pont entre les documents romains et la vie de l’Eglise», commente l’évêque de Bâle.

Formulation trop carrée

Mgr Pierre Bürcher rappelle que le rôle d’unité de la foi est donné aux évêques, comme d’ailleurs aux prêtres. Tout comme ses deux confrères, il n’entend donc pas focaliser les propos du pape sur les suites de «Dominus Iesus».

L’évêque auxiliaire installé à Lausanne constate que la déclaration romaine a fait mal à beaucoup de personnes. «Si le texte est en soi bon, la formulation est trop carrée», reconnaît le prélat, qui regrette cependant que bon nombre de personnes critiquent le document sans l’avoir lu.

«Il ne faut pas juger uniquement avec le sentiment, mais aussi avec un souci d’unité doctrinaire. Le dialogue œcuménique est bon, mais sans confusion, dans la vérité», souligne Mgr Bürcher, pour qui beaucoup de problèmes peuvent se résoudre dans le dialogue avec les partenaires oecuméniques. (apic/bb)

25 octobre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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