Dili: Le Timor oriental doit se reconstruire, un an après le départ des Indonésiens
«N’oubliez-pas le Timor oriental»
Genève, 26 octobre 2000 (APIC) Un an après le départ des Indonésiens du Timor oriental, le pays porte toujours les marques des violences perpétrées par les Indonésiens et les milices anti-indépendantistes. Selon Francisco de Vasconcelos, le nouveau président de l’Eglise protestante du Timor oriental, le pays doit maintenant se reconstruire. Le monde, dit-il, doit aussi se préoccuper des 120’000 Timorais qui se trouvent encore au Timor occidental contrôlé par l’Indonésie.
Les chrétiens de la région sont reconnaissants aux Eglises du monde entier d’avoir soutenu la tenue d’un référendum au Timor oriental sur la question de la souveraineté. Les Timorais ont voté en faveur de l’indépendance et les dirigeants indonésiens et les milices anti-indépendantistes ont finalement été chassés, mais avant de se retirer, ils ont semé la mort et la destruction sur leur passage. Or, si la communauté internationale, et avec elle les Eglises, pensaient que tout était fini et qu’elles pouvaient maintenant oublier le Timor oriental, elles avaient tort, fait observer Francisco de Vasconcelos.
«La lutte n’est pas finie», a-t-il déclaré au cours d’une entrevue au Centre oecuménique de Genève, où il participait à une rencontre de représentants d’Eglise asiatiques organisée par le Conseil oecuménique des Eglises (COE). «Nous avons mené un combat, mais aujourd’hui nous en avons un autre – qui consiste à développer le pays, à mettre en place un bon gouvernement non corrompu et respectueux de la société civile. Nous avons besoin d’un soutien extérieur, moral et financier, pour préparer notre avenir, en particulier dans le domaine de l’éducation des jeunes. Nous voulons établir un pays où règnent la justice et la démocratie, mais il ne peut y avoir de démocratie sans éducation».
Le nom de Francisco de Vasconcelos avait été à la une des médias en septembre de l’an dernier lorsque ceux-ci avaient annoncé qu’il avait été tué par une milice anti-indépendantiste. En réalité, avec 200 personnes qui s’étaient réfugiées dans son église de Dili, il avait fui vers les montagnes pour échapper aux violences et c’est durant cette fuite qu’il avait entendu l’annonce de sa mort à la radio.
Reconstruire
Aujourd’hui, un an après la libération du Timor oriental, Francisco de Vasconcelos le décrit comme un pays dévasté par les événements de l’an passé. La population rurale lutte pour travailler sa terre et un grand nombre de soldats indonésiens ont détruit tout sur leur passage avant leur départ. Beaucoup de paysans utilisent des outils très simples, et ceux-ci ont été détruits lorsque les Indonésiens ont incendié les maisons. Ils ont aussi tué les buffles, utilisés pour le labour».
La capitale, Dili, est «occupée» par le personnel des Nations Unies – aujourd’hui en charge de l’administration du Timor oriental – et des organisations non gouvernementales qui sont ici pour fournir de l’aide.
Même s’il y a eu des malentendus occasionnels entre les étrangers et la population locale, les Timorais ne se plaignent pas de la présence des étrangers. Les sociétés internationales et ceux qui veulent monter des affaires sont aussi arrivés à Dili. Les habitants l’acceptent bien, mais «nous aimerions qu’ils apprennent aux Timorais à gérer des affaires, pour que nous soyons aussi inclus dans le processus. Le plus grand problème de Dili est le chômage, notamment parmi les jeunes».
Par ailleurs, le Timor oriental se trouve confronté à un autre problème: le sort des quelque 120’000 Timorais qui se trouvent encore au Timor occidental contrôlé par l’Indonésie. Francisco de Vasconcelos suggère que des pressions soient exercées sur le gouvernement indonésien pour déterminer quels sont ceux qui voudraient revenir au Timor oriental. En effet, les réfugiés qui ont fui le Timor oriental durant les violences de l’an dernier sont divisés entre ceux qui ont soutenu l’indépendance et ceux qui veulent l’autonomie tout en faisant encore partie de l’Indonésie.
Encore les milices pro-indonésiennes
Les difficultés ressenties par ces réfugiés qui désirent retourner mais ne le peuvent pas – un grand nombre craignent la présence des milices pro-indonésiennes près de la frontière avec le Timor oriental – sont aussi une source d’inquiétude pour ceux qui, au Timor oriental, voudraient que leurs parents reviennent en toute sécurité.
Depuis quelques mois, les médias internationaux font état d’actions d’intimidation des milices qui terrorisent les réfugiés au Timor occidental. La question a pris un tour très critique en septembre lorsque trois collaborateurs des Nations Unies on été tués au Timor occidental, vraisemblablement par des membres des milices. Les Nations Unies ont retiré leurs collaborateurs et exercé des pressions sur l’Indonésie pour qu’elle procède au désarmement des milices. En dépit d’une date limite imposée par l’Indonésie pour la remise des armes, Peter Kessler, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, a déclaré fin septembre que «le nombre de ces restitutions volontaires est affligeant».
L’Eglise, dont Francesco de Vasconcelos est président depuis juin 2000, était auparavant connue sous le nom d’Eglise chrétienne du Timor oriental, mais elle a été renommée cette année Eglise protestante du Timor oriental pour affirmer son appartenance protestante. (apic/eni/pr)




