Rome: Un autre texte – «secret» – du cardinal Ratzinger sur les «Eglises sœurs»
Un document réservé aux Conférences épiscopales
Paris, 6 septembre 2000 (APIC) La seule religion qui offre à tous les hommes l’accès à la vérité et au bonheur ultime est celle enseignée par l’Eglise catholique, chez qui selon la déclaration «Dominus Iesus» publiée mardi à Rome, la révélation de Jésus-Christ est complète et définitive. Ce qui rend l’Eglise catholique «mère» et non «sœur» des autres Eglises chrétiennes. Un thème déjà abordé dans un autre document récent réservé aux Conférences épiscopales du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce document aurait dû normalement rester secret.
Il s’agit, selon le quotidien catholique français «La Croix», d’une «Note sur l’expression ’Eglises sœurs’», un texte de 4 pages daté du 30 juin et adressé aux présidents des Conférences épiscopales. Dans la lettre qui l’accompagne, le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi précise qu’il a été approuvé par le pape. Fait rarissime: ce texte «à considérer comme faisant autorité et imposant adhésion» n’a pas été publié dans les «Acta Apostolicae Sedis» rassemblant tous les actes du Magistère romain. Crainte d’un tollé ? La note vient en tout cas d’être diffusée par l’agence italienne Adista.
«Si un tel secret était motivé par la crainte de réactions à sa publication, c’est raté», constate sobrement «La Croix». Après un historique de l’expression «Eglises sœurs» dans l’histoire chrétienne et dans le discours magistériel des premiers siècles à Jean Paul II, le cardinal Ratzinger fixe les critères pour son emploi. Pour lui, l’expression ne peut être utilisée que dans le cadre de relations entre des Eglises «particulières» (locales), catholiques ou non. C’est pourquoi on ne peut dire que «l’Eglise catholique» et «l’Eglise orthodoxe» sont sœurs. D’abord, la seconde n’existe pas comme telle, mais est une «pluralité» d’Eglises particulières. Ensuite, «l’Eglise universelle, une, sainte, catholique et apostolique, n’est pas la sœur, mais la mère de toutes les Eglises particulières.»
Pas seulement une question de terminologie, mais de respect d’une vérité fondamentale
La note précise: «On ne peut dire au sens propre que l’Eglise catholique soit sœur d’une Eglise particulière ou d’un groupe d’Eglises. Il ne s’agit pas seulement d’une question de terminologie, mais surtout du respect d’une vérité fondamentale de la foi catholique: celle de l’unicité de l’Eglise du Christ.»
Il y a chez le cardinal Ratzinger une identification entre l’Eglise du Christ telle qu’elle fait l’objet de la foi chrétienne dans le Credo et l’Eglise catholique dans sa réalité concrète actuelle, écrit «La Croix»; d’où l’insistance, dans la déclaration «Dominus Iesus», sur la distinction entre «Eglises» et «communautés ecclésiales».
Le document de Balamand parle d’Eglises sœurs
Le quotidien renvoie à ce propos à un document que la note du cardinal Ratzinger ne cite jamais, mais qui peut fournir la clé de ce débat théologique: la Déclaration signée en 1993 à Balamand, au Liban, par la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe et consacrée à l’uniatisme. Le document de Balamand affirme: «de part et d’autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Eglise (…) ne peut être considéré comme la propriété exclusive d’une de nos Eglises » (n. 13). C’est en quoi «l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe se reconnaissent mutuellement comme Eglises sœurs, responsables ensemble du maintien de l’Eglise de Dieu dans la fidélité au dessein divin, tout spécialement en ce qui concerne l’unité» (n. 14).
Et «La Croix» de constater: «Placer ainsi sur un pied d’égalité la dignité et la responsabilité des Eglises catholiques et orthodoxes était, à l’évidence, inacceptable pour le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.» (apic/cx/cip/be)




