Irak: 150 personnalités religieuses, politiques, du monde de la culture, vont briser l’embargo
«Un avion pour l’Irak» contre le génocide silencieux des enfants
Rome, 22 septembre 2000 (APIC) L’opération «Un avion pour l’Irak», qui bénéficie du soutien de nombreux milieux d’Eglise, aura lieu du 29 septembre au 1er octobre prochain pour protester contre le génocide silencieux qui décime les enfants irakiens. 150 personnalités religieuses, politiques, du monde de la culture européenne ont en effet décidé de violer l’embargo aérien imposé unilatéralement à l’Irak par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.
Comme l’a démontré l’UNICEF et d’autres organisations internationales, plusieurs centaines de milliers d’enfants sont déjà morts des suites des mesures d’isolement de l’Irak de Saddam Hussein. Embarqués à bord d’un avion en partance vendredi prochain de Paris, ils souhaitent «dire non à l’embargo, au génocide d’enfants, aux écoles fermées». Ce défi aux sanctions américaines, intitulé «Sauvez la population de l’Irak. Stop à l’embargo», a été publiquement lancé jeudi à Rome par l’initiateur du projet, le Père Jean-Marie Benjamin. Il faut rappeler que les résolutions de l’ONU n’empêchent pas, en théorie, les vols civils vers l’Irak.
Treize anciens ministres français devraient participer au vol, toutes tendances politiques confondues, 60 députés français, 2 vice-présidents du Parlement européen, 10 sénateurs, des écrivains, des intellectuels, dont un Prix Nobel, des représentants du monde du spectacle et des médias. Comme la résolution 670 de l’ONU ne prévoit que des contrôles pour les vols civils, mais ne les interdit pas, le Quai d’Orsay a pu donner son «nihil obstat». L’entreprise a été accueillie favorablement dans l’Eglise catholique comme dans les milieux protestants. Pour sa part, le Père Benjamin dénonce des «no-fly-zones» illégales et dit vouloir «prouver que le droit international est utilisé de façon injuste». Les organisateurs ont écrit au secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, pour le mettre au courant du projet. Celui-ci n’a pas mis de veto, mais a fait répondre qu’il fallait s’en remettre au quai d’Orsay pour la demande au Comité des sanctions.
Mener une campagne de sensibilisation pour aider la population irakienne
L’appel lancé par 150 personnalités engagées contre l’embargo est relayé par des organisations non gouvernementales et des associations humanitaires. Il s’agit pour elles de mener une campagne de sensibilisation pour venir en aide à la population irakienne qui souffre des sanctions décrétées par l’ONU suite à l’invasion du Koweit par les troupes de Saddam Hussein, il y a dix ans. La délégation, guidée par un prêtre français, le Père Jean-Marie Benjamin, se rendra en Irak du 29 septembre au 1er octobre. Des contacts sont prévus en Irak avec des représentants de l’UNICEF, du monde diplomatique, ainsi que des visites à des universités, à des hôpitaux et à des centres sociaux.
Un million de projectiles à l’uranium appauvri continuent de faire des ravages
Les organisateurs de » Un avion pour l’Irak » font remarquer que, sur le pays, détruit par la Guerre du Golfe en 1991 et par les dix ans de bombardements qui l’ont suivie, «on estime à 135’000 tonnes le poids des bombes, et à plus d’un million de projectiles à l’uranium appauvri, avec toutes les conséquences graves de contamination pour la population: les cas de leucémie sont en augmentation, ainsi que de cancer, de déficiences immunitaires».
D’après un rapport de l’UNICEF publié en 1999, un enfant de moins de 5 ans meurt toutes les 8 minutes en Irak à cause des maladies et de la sous-alimentation. Le nombre des victimes s’élève à plus de 5’000 enfants par mois, et un million et demi de civils par an sont touchés. «Un peuple entier est enfermé dans un véritable camp de concentration, a déclaré jeudi à l’agence d’information vaticane «Fides», le Père Jean-Marie Benjamin. La population, frappée par l’embargo, est détruite au plan psychologique et social. L’intégrisme musulman, qui n’existait pour ainsi dire pas dans le pays, s’est développé au point de séduire actuellement 60% de la population».
Le Père Gian Maria Polidoro, un religieux franciscain membre du mouvement pour la paix «Assisi Pax International», et qui fait partie de la délégation qui se rendra à Bagdad, rappelle que sur les 10’000 écoles que comptait le pays avant la guerre, plus de 8’000 sont inutilisables. Une génération tout entière est sans avenir, comme un trou noir de 10 ans sans
instruction».
Le monde ne peut se contenter de regarder en silence l’agonie du peuple irakien
Les infrastructures sociales et économiques du pays sont complètement détruites. Les moyens de transport sont inexistants, et la distribution des aides humanitaires et des denrées alimentaires est impossible. L’électricité est coupée toutes les deux heures; dans le sud du pays, des villes et des villages, comme Bassora, sont sans eau potable, sans assistance sanitaire. Les maladies se multiplient, le choléra et différentes autres épidémies se développent.
Deux anciens coordinateurs humanitaires de l’ONU en Irak, Hans Von Sponeck et Denis Halliday, ont donné leur démission en déclarant qu’ils ne voulaient pas «être complices d’un génocide». «La communauté internationale ne peut se contenter de regarder en silence l’agonie du peuple irakien. C’est un acte barbare de génocide légalisé, réalisé par deux grandes puissances pour des intérêts économiques, stratégiques et militaires de ’lobbies’ économiques et multinationaux. Les deux ’no-fly-zones’ imposées de manière unilatérale par les administrations anglo-américaines, et qui n’ont jamais été reconnues par l’ONU, sont une violation claire du Droit international, souligne le Père Benjamin. «Notre campagne est en parfaite syntonie avec le pape, qui s’est prononcé à plusieurs reprises contre l’embargo».
D’après le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, le pape Jean Paul II n’a pas abandonné l’idée de faire un pèlerinage à Ur des Chaldéens, patrie d’Abraham, le «père des croyants». Le pape avait manifesté ce désir en 1999, dans la lettre intitulée «Le pèlerinage aux lieux liés à l’Histoire du Salut». (apic/fides/zenit/be)




