Pie XII: La commission mixte d’historiens veut davantage de documents du Vatican
«Une attitude contestable et douteuse»
Jérusalem/Rome/New York, 7 août 2000 (APIC) La commission mixte d’historiens chargée d’étudier l’attitude du Saint-Siège durant la Deuxième Guerre mondiale veut avoir accès à davantage de documents du Vatican. En effet, rapporte le quotidien israélien «Ha’aretz», la commission de haut niveau, formée en décembre 1999 de trois historiens juifs et de trois de leurs collègues catholiques agréés par le Vatican, n’est pas parvenue à des conclusions univoques sur le rôle joué par Pie XII.
«Ha’aretz» écrit que la nouvelle étude des actions du pape Pie XII durant la Deuxième Guerre mondiale «confirme que la réponse du pontife aux atrocités nazies était contestable et douteuse». Le groupe de chercheurs n’est cependant pas encore parvenu à la conclusion définitive qui lui permettrait de dire si oui ou non Pie XII était au courant de l’extermination systématique des juifs d’Europe et si le Vatican connaissait l’existence des chambres à gaz.
Mais il est d’ores et déjà certain pour ces historiens que le pape d’alors avait connaissance des persécutions anti-juives dans les territoires occupés par les nazis, étant donné le flot de documents détaillés à ce sujet qui lui étaient envoyés, relève le quotidien israélien. Les chercheurs mentionnent par exemple un «appel passionné» envoyé au Vatican le 12 mai 1943 par un groupe de rabbins américains au sujet des atrocités anti-juives en Pologne et les préparations en cours pour liquider le ghetto de Varsovie. Ils relèvent aussi de nombreux rapports détaillés et d’appels personnels, parfois désespérés, provenant d’évêques et d’autres personnes vivant dans les pays soumis aux exactions nazies.
D’autres documents doivent être étudiés pour des conclusions définitives
Les chercheurs ne savent pas l’importance donnée par Pie XII aux rapports qu’il recevait sur les atrocités nazies et l’ordre de priorités qui a guidé son action durant la guerre. Raison pour laquelle ils souhaitent que le Vatican permette l’étude de documents supplémentaires non encore publiés portant sur la période 1938-1945. Selon le journal israélien, le fardeau de la preuve revient au Vatican.
La commission mixte d’historiens, au travail depuis décembre 1999, ne devrait pas publier son rapport final avant sa rencontre de septembre à New York. Le Saint-Siège n’est pas encore en possession des informations diffusées par «Ha’aretz», vraisemblablement à la suite d’indiscrétions. Composée majoritairement de chercheurs nord-américains, la commission a siégé pour la première fois à New York en décembre dernier et sa dernière séance a eu lieu à Baltimore en juillet. D’autres rencontres sont encore prévues. La base de travail de la commission est fournie par la publication par des historiens jésuites entre 1965 et 1983 des «Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale», une collection de documents considérable. Elle contient notamment la correspondance du pape pendant la guerre avec les évêques et les nonces apostoliques.
Seymour Reich, président du Comité International Juif pour la Consultation Inter-Religieuse, qui a lui-même milité pour la formation de ce groupe mixte d’historiens, a déclaré à «Ha’aretz» que ces historiens n’ont pas été choisis ni chargés de juger Pie XII. Reich a toutefois admis que le rapport final allait certainement relancer le débat public sur le comportement du pape Pie XII. Selon le journal israélien, la réaction de hauts responsables du Vatican à la publication du projet de rapport vont du malaise à la consternation, car ils craindraient apparemment que cette étude – qui aura une certaine crédibilité étant donné que les trois chercheurs catholiques ont été désignés par le cardinal Edward Cassidy, qui préside la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme – relance le débat sur la personnalité du pape Pie XII et son silence durant l’Holocauste. (apic/haar/be)




