APIC JMJ
Rome: «Les jeunes veulent une religion qui répande l’amour»
Le courant passe entre les jeunes et Jean Paul II
Jacques Berset, de Rome
Rome,16 août 2000 (APIC) Près de 700’000 jeunes de 157 nationalités ont véritablement «fait la fête» à Jean Paul II mardi soir pendant des heures dans les rues de Rome, débordant de la Place St-Pierre et de la Via delle Conciliazione dans les rues avoisinantes, et occupant toute la place devant Saint-Jean de Latran. Pourtant, pas de débordements hystériques, mais pour de nombreux jeunes, impressionnés par une telle foule et ce spectacle multicolore et joyeux en ce lieu du martyr de saint Pierre, des images et un moment qui resteront à jamais gravés dans leur esprit et dans leur coeur.
Perdus au milieu de la foule, repérables grâce à leurs grands drapeaux rouges à croix blanche, un millier de Suisses, dont la moitié de Romands, ont apprécié: «Les jeunes veulent une religion qui répande l’amour; ils sentent la sincérité humaine du pape et c’est réciproque de la part de Jean Paul II, qui face à ces jeunes, est comme métamorphosé», témoigne Soeur Catherine Terrier, de Morges». C’est inouï l’énergie qu’il y avait dans sa voix lors de l’accueil des jeunes, il est tout autre quand il est au milieu d’eux!»
Soeur Catherine accompagne une trentaine de participants de la région de Morges, des «après confirmation» du Groupe Espérance. Un groupe lancé il y a cinq ans par cette religieuse missionnaire de Saint-Vincent-de-Paul, animatrice de jeunes, enseignante durant 22 ans à Madagascar et dix ans dans la paroisse de Notre-Dame à Genève. Contrairement aux jugements souvent énoncés par les adultes, les jeunes ne trouvent pas le pape «ringard» ou «dépassé», même s’il ne leur prêche pas la facilité.
Les jeunes se sont dits en effet très touchés mardi soir Place
«Pour les jeunes, ce n’est pas tant tel ou tel aspect du discours du pape qui est important, mais la personne de Jean Paul II; c’est ce qu’il est, c’est l’homme, pas ce qu’il représente et ce qu’il est obligé de dire en tant qu’institution», relève la responsable du Groupe Espérance. Quand les jeunes du groupe discutent de sexualité ou de cohabitation juvénile «qui est devenue tellement générale qu’on n’en discute même plus» – , ils ne comprennent pas tout du discours du pape, «mais ils ne le rejettent pas pour autant, car ils sont sensibles avant tout à son témoignage personnel».
St-Pierre par ce que Jean Paul II a dit de sa foi dans le Christ, le rappel de son enfance, dans sa famille, où il a appris à prier Dieu, l’atmosphère de sa paroisse de Debniki, l’expérience tragique de la guerre et le travail en usine qui ont donné une coloration particulière à la maturation de son projet de vie. «Les jeunes sentent que c’est un homme vrai, ce sont ses qualités humaines qui attirent! Il ne leur prescrit pas une ligne de conduite fermée, mais leur donne des points de repère pour qu’ils s’orientent dans la vie. Ensuite, c’est à chacun de choisir»
Pour la religieuse genevoise, qui participait déjà aux JMJ de Paris avec ses jeunes confirmés, Jean Paul II insiste beaucoup sur l’amour et les jeunes le sentent. «L’Amour avec un grand `A’, qui est oubli de soi; don aux autres». Les jeunes Suisses, comme d’autres Européens, sont également venus à Rome non pour se compter, mais certainement pour éprouver un sentiment d’appartenance. «Ils peuvent se dire qu’ils ne sont pas seuls à partager la foi au Christ, car il faut reconnaître qu’en Europe, les jeunes ont de la peine à trouver leur place dans l’Eglise, ils se sentent souvent très isolés. Il y a un manque de compréhension des besoins des jeunes dans les paroisses; ici, ils sentent qu’ils ne sont pas seuls!»
La «pêche» avec les jeunes
Soeur Catherine Terrier met énormément d’espoir dans la jeunesse qu’elle fréquente. Cette «retraitée active» voit tout le potentiel positif et la générosité présents dans la jeune génération «qui représente la société de demain». Sa recette, elle qui a la «pêche» avec les jeunes: «Pour être avec les jeunes, il faut d’abord être très disponible, tout à fait élastique, et à l’écoute de tout ce qu’ils sont, ne pas les juger, les accepter tels qu’ils sont. Et surtout les aimer!» La religieuse s’occupe à Lausanne deux fois par semaines de jeunes toxicomanes des situations souvent dramatiques. Pour elle, «il y a dans tout être humain, même dans celui qui est tombé au plus bas, une petite lueur d’espoir».
C’est dans cet état d’esprit, également partagé par les jeunes, que la délégation romande supporte sans broncher les conditions de logement plutôt précaires: dans certains endroits et les installations sanitaires sont pratiquement inexistantes. Il faut se doucher dans des installations de fortune à l’extérieur et en maillot de bain, svp, intimité oblige! Contrairement à Vérone, où les jeunes ont reçu un accueil exceptionnel dans les familles du diocèse, seule une poignée de familles se sont annoncées à Ostia Mare. Elles sont à une heure et demi du centre de Rome, quand les métros ne sont pas complètement engorgés par la foule des pèlerins qui déferlent littéralement sur le Vatican.
Loin du tourisme religieux
Depuis 7 heures du matin, ils défilent au rythme soutenu de 20’000 à l’heure pour passer la Porte sainte de la Basilique St-Pierre.
Tôt réveillés après quelques heures de sommeil dans une salle de classe à même le sol, les jeunes pèlerins romands prennent la chose avec philosophie et certains même, en soignant leurs cloques, trouvent que c’est cela; un véritable pèlerinage: «Il faut qu’on le ressente également physiquement. C’est autre chose que du tourisme religieux!»
En matinée, avec des Français de Toulon, Ajaccio, Dijon, les jeunes Romands ont participé dans la paroisse de Saint-François d’Assise; à Acilia, dans la banlieue de Rome, à une catéchèse donnée par Mgr Yves Patenôtre, évêque de St-Claude. Ils ont fort apprécié cet enseignement sur le Christ fait homme, qui a habité parmi nous, et qui n’est pas un quasi surhomme qui ne serait pas atteignable. Avec un langage à la portée des jeunes, il a rappelé que la religion est avant tout une affaire d’amour, pas de loi, loin du visage de cette religion légaliste que rejettent les jeunes.
Dans l’église silencieuse, les jeunes se sont partagés en petits groupes pour réagir aux paroles de l’évêque. Les feuilles de réponse ont ensuite été portées sur l’autel pendant l’eucharistie. Dehors, sous les arbres, à l’abri de la chaleur étouffante, des prêtres en soutane et revêtus de leur étole, confessaient les jeunes dans une atmosphère de respect et de recueillement. (apic/be/pr)
Les XVe Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Rome, c’est parti
APIC – JMJ
1 ,5 million de jeunes, le plus grand rassemblement du Jubilé
Jacques Berset, APIC
Rome/Fribourg, 10 août 2000 (APIC) APIC – JMJ. En prélude à la grande rencontre de Rome du 15 août avec «leur pape» pour fêter ensemble le «Jubilé des jeunes», les premiers groupes de pèlerins se sont mis en marche des quatre coins du monde. Après les célébrations qui ont un peu partout marqué leur départ, les jeunes rejoignent actuellement leurs diocèses d’accueil en Italie, où ils seront hébergés du 10 au 14 août pour une découverte de l’Eglise en Italie.
L’occasion est belle pour les diocèses italiens de faire connaître leur riche patrimoine religieux à ces jeunes, qui logent pour la plupart dans des écoles publiques ou catholiques, des bâtiments de paroisse ou encore dans des halles de gymnastique. Ils seront 650’000 dans ce cas, car les appels du pape aux familles italiennes n’ont été que peu suivis; pour donner l’exemple il en héberge lui-même une quinzaine dans sa résidence d’été de Castelgandolfo.
Munis de tee-shirts bleus avec le logo des JMJ – une basilique St-Pierre stylisée -, 25’000 volontaires de 40 nationalités se sont bénévolement mis au service de la masse qui va investir les rues de Rome et envahir les abords du Vatican. Nombre de ces «volontari», visiblement très heureux du «happening» qui se prépare, parcourent déjà les rues de Rome en chantant.
Gratuité des transports
Pour faciliter les déplacements, un accord a été signé entre la ville de Rome, le Comité pour l’Année Sainte et les entreprises privées et publiques de transport: du 14 au 21 août, tous les bus et les trains seront gratuits dans la capitale italienne pour les participants aux JMJ. Le coût de cette action: près de 5,5 millions de francs suisses, dont près de la moitié à la charge du Comité d’organisation des JMJ et le reste de la commune de Rome et du bureau du Commissariat du gouvernement italien pour le Jubilé.
En 1997, l’immense succès des JMJ avait littéralement transformé Paris et répandu une atmosphère de franche joie dans les rues de la capitale française. Rome attend à son tour pour le 14 août 600’000 jeunes, dont une majorité de 18-35 ans, venant du monde entier, qui seront rejoints par autant d’autres dans le courant de la semaine prochaine. Le 15 août, fête de l’Assomption, ils se masseront place Saint-Pierre pour l’ouverture officielle des XVe JMJ par Jean Paul II.
Un million de jeunes attendus dimanche 20 août à Tor Vergata
Le 19 août, ils seront plus d’un million à Tor Vergata, dans la banlieue de Rome, pour la veillée du samedi avec le Saint Père, qui portera un regard sur deux mille ans de foi chrétienne dans cette ville qui a connu tant de martyrs, d’apôtres et de saints. Les jeunes seront tous là, rassemblés sur le gigantesque «open-air» de 350 hectares, face à une croix de 36 m de hauteur et à un grand baldaquin ressemblant à une tente de nomade, pour assister à la messe de clôture du dimanche, et à l’envoi en mission. Jean Paul II leur lancera à nouveau son appel prophétique: «C’est vous qui ferez le monde de demain… l’Eglise compte sur votre impulsion pour dépasser les frontières et vaincre les égoïsmes, pour mondialiser la justice et la solidarité.» Cet imposant rassemblement sera certainement la plus grande manifestation du Grand Jubilé de l’an 2000 à Rome.
Avant tout une démarche de foi chrétienne
De nombreux jeunes plutôt tièdes, voire tout à fait indifférents du point de vue religieux, ont été entraînés par des amis ou des camarades de classe. D’autres ont profité d’une offre de voyage économiquement intéressante. Pour la grande majorité, cependant, les JMJ sont avant tout une démarche de foi chrétienne.
Le «programme pastoral», établi par le comité de préparation italien, souligne la dimension spirituelle de l’événement. «Recevoir et transmettre la foi», tel est le leitmotiv de ces XVe JMJ. Les JMJ 2000 manifestent, pour les organisateurs, la grande aventure de la foi des jeunes aujourd’hui, qui ont soif de vraies valeurs dans un monde où règnent en maître l’argent, la compétition, l’avoir…
Répondre aux questions existentielles des jeunes
Pour étancher cette soif spirituelle et existentielle, les jeunes participent durant trois jours à des catéchèses dans des dizaines de lieux dispersés dans la ville. Dans ces groupes, la foi est annoncée par des évêques et des cardinaux du monde entier, qui dialoguent avec les jeunes, «au cœur de la foi», sur le thème des du «mystère de l’incarnation». Les JMJ de 1997 à Paris ont révélé l’importance de ces catéchèses autour de l’évêque, qui ont permis l’expression des questions essentielles qui taraudent les jeunes, le sens de la vie, l’épreuve du mal, la souffrance. Des interrogations de fond auxquelles il faut savoir répondre, car les jeunes présents à Rome sont justement ces hommes et ces femmes appelés à façonner le début de ce 3ème millénaire.
La catéchèse jubilaire à St-Pierre comprend le passage par la Porte sainte, qui est l’un des signes importants du Jubilé, et les «Incontragiovani», rencontres entre jeunes organisées dans les différents quartiers de Rome. Débats, spectacles, concerts, réconciliations, itinéraires culturels et spirituels, veillées de prière sont au programme…. Le vendredi 18 en fin d’après-midi, les jeunes participent à des chemins de croix dans leurs groupes ou rejoindront le chemin de croix central au Colisée.
La foi provoque la conversion personnelle
Les organisateurs des JMJ constatent que, quand elle est accueillie, la foi provoque un changement intérieur radical. La «pénitence», retour vers Dieu, est à cette occasion marquée par le pèlerinage à la basilique Saint-Pierre. En passant par la Porte sainte, chacun est appelé à manifester son adhésion au Christ, accédant à la miséricorde de Dieu. Mais la foi n’enferme pas dans la condamnation: elle est confirmée, c’est-à-dire renforcée, par l’engagement dans des actions concrètes au service de l’humanité. Les expériences variées des jeunes à travers le monde seront échangées lors des rencontres, les «Incontragiovani».
Dans ce contexte, les jeunes sont invités à participer à une grande «fête de la réconciliation» où ils se confesseront à ciel ouvert dans l’impressionnant décor de l’antique Circus Maximus. Ironie du sort: c’est là que s’est rassemblée le mois dernier la sulfureuse «gay pride» de Rome. C’est là que se tiendront du 16 au 18 août quelque 2’000 prêtres qui confesseront dans plus de 30 langues différentes. A noter que les jeunes Canadiens, venus à Rome de la septantaine de diocèses du Canada, attendront aussi avec impatience le moment où le pape – traditionnellement lors de la messe de clôture – dévoilera le nom de la ville qui accueillera les JMJ en 2002. Toronto, selon des sources ecclésiales, figure en effet parmi les favorites pour l’obtention des prochaines JMJ. (apic/cic/fides/cccb/comjmj/be)




