République démocratique du Congo: Mgr Monsengwo réclame des mesures pour la paix

«Kabila a peur de la démocratie»

Rome, 12 juin 2000 (APIC) «La paix au Congo est possible. Il y a des moyens pour établir la vie démocratique au Congo. Le problème est de mettre en oeuvre les décisions déjà discutées par le peuple congolais lors de la Conférence Nationale» vient de déclarer Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani, dans une interview accordée à l’agence de presse catholique Zenit.

«Avec un pays en guerre, divisé entre les forces de Kabila et celles des rebelles, toutes les régions sont saccagées sans scrupules. Il faut savoir en fait qu’il y a des puissances financières et politiques qui n’ont aucun intérêt à ce que le Congo trouve la stabilité. Elles peuvent ainsi continuer à voler le pétrole et les matières premières», accuse l’archevêque de Kisangani dont la cathédrale a été incendiée lors de violents affrontements entre les armées du Rwanda et de l’Ouganda.

Mgr Monsengwo est président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM). Il a été pendant deux ans le président de la Conférence Nationale qui a rédigé la Constitution qui aurait dû permettre à la démocratie de s’installer dans le pays, mais qui avait été rejetée alors par le général Mobutu comme par le président actuel, Laurent Kabila.

Aux yeux de l’archevêque de Kisangani, la paix au Congo est décisive pour la stabilité de toute l’Afrique. «S’il y a la paix au Nigeria, en Angola, au Congo et en Afrique du Sud, il y aura la paix dans toute l’Afrique», dit-il. S’il n’y a pas de stabilité au Congo, il n’y en aura pas dans les pays voisins non plus. En attentant à la sécurité du Congo, le Rwanda est en train de créer l’instabilité dans son propre pays. Il ne peut être stable s’il n’y a pas de stabilité au Congo. Il est important que le Nigeria et l’Afrique du Sud se mettent d’accord pour donner une stabilité à notre pays».

Pas tendre pour Laurent Kabila

Mgr Monsengwo n’est pas tendre pour Laurent Kabila : «Il est évident que le président Laurent Kabila n’est pas en mesure de gouverner le pays. Il a une mentalité qui date de 40 ans, de l’époque du communisme et de la guerre froide. Personne ne pense comme cela maintenant au Congo. Il a imposé une nouvelle dictature : toute personne qui exprime une opinion différente de la sienne est arrêtée. On n’arrivera jamais à lancer le dialogue au niveau national, comme il fut décidé lors de l’accord de Lusaka, car le président Kabila a peur du processus démocratique».

Comment alors restaurer la paix et à la stabilité au Congo ? «Il y a des moyens pour établir la vie démocratique au Congo, répond-il. Le problème est de mettre en oeuvre les décisions déjà discutées par le peuple congolais lors de la Conférence Nationale. La démocratie ne consiste pas seulement à organiser des élections. Tout le processus qui permet le vote doit être démocratique. Il faut garantir la liberté d’expression, la liberté de pensée et le respect des droits de l’homme. Les Nations Unies doivent pouvoir envoyer des troupes qui ne soient pas uniquement des troupes d’observation. Elles doivent intervenir, avoir la possibilité de se défendre et de protéger la population civile. Il faut renouer le dialogue pour que les forces politiques se mettent d’accord pour rétablir un Etat de droit, avec un gouvernement et des institutions démocratiques. Le pays ne pourra pas être gouverné correctement si nous n’avons pas des institutions, un gouvernement d’unité nationale, et un Etat de droit. Aucune institution ne pourra fonctionner sans le soutien de la population. «

La tâche humanitaire de l’Eglise catholique

Mgr Monsengwo ajoute que, «dans cette situation chaotique, l’Eglise catholique tâche de servir les besoins de la population. L’aide humanitaire passe par elle. Mais cette présence significative de l’Eglise gêne, et de nombreux évêques courent le risque d’être assassinés», affirme-t-il. Et d’ajouter : «L’Eglise est unie même si les évêques ne réussissent pas à se réunir. Le pays est divisé par la guerre. Pour parler au téléphone il faut passer par les lignes internationales. Malgré cette situation de souffrance, les gens comprennent, prient avec une plus grande ferveur et les vocations augmentent. Notre message retentit encore avec une grande force et une grande clarté : il faut résoudre la crise par des moyens pacifiques en respectant le droit international et le droit des personnes. Ce qui implique d’abord de mettre fin à la guerre et passer à un dialogue qui implique toute la population et pas seulement les hommes politiques». (apic/cip/zn/ba)

12 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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