Une brèche s’est ouverte, estime le Père Burin des Roziers
Brésil: Après la condamnation d’un propriétaire terrien
Rio de Janeiro, 15 juin 2000 (APIC) La condamnation à Belem, il y a une semaine, de Jeronimo Alves Amorim, un grand propriétaire terrien accusé d’avoir ordonné l’homicide du président du syndicat des Travailleurs Ruraux de Rio Maria, Expedito Ribeiro de Souza, ouvre une première brèche dans l’impunité qui protège les puissants, estime le Père Henri Burin des Roziers, dominicain français et avocat de la Commission Pastorale de la Terre dans l’Etat du Para, au Brésil.
J. Alves Amorim a été condamné à 19 ans et 6 mois de réclusion pour l’assassinat d’un leader paysans qui était aussi poète, leader d’une communauté ecclésiale de base et catéchiste. Dans une interview publiée mercredi par le quotidien catholique français «La Croix», le P. Burin des Roziers parle d’»une énorme victoire et une grande surprise».
Jusqu’à la veille du procès, en effet, on ne savait pas si celui-ci aurait lieu ou pas. Surtout, les obstacles avaient été colossaux: quatre juges consécutifs avaient été changés, et deux mandats d’arrêt lancés en 1994 et en 1996 étaient restés lettre morte, vu les appuis dont le «fazendeiro» bénéficiait au plus haut niveau.
Pour le dominicain français, «cette victoire est le résultat d’une pression nationale et internationale considérable». C’est grâce à celle-ci que le secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, devenu ministre de la Justice, José Grégory, l’a reçu il y a un an avec Luiza Canuto, la fille d’un autre syndicaliste assassiné. Il a fallu cette intervention au niveau fédéral pour obtenir, grâce à Interpol, la capture de Jeronimo, arrêté le 22 novembre dernier à Cancun, au Mexique, avec de faux papiers.
Une première pour un grand pas en avant?
En vingt ans, au Para, 240 paysans, huit leaders syndicaux, un trésorier et un directeur ont été assassinés, et c’est la première fois qu’un des commanditaires de ces crimes est jugé. «Ce procès a valeur de symbole dans le combat qui oppose toutes les organisations paysannes et tous ceux qui luttent pour une réforme agraire, toujours dans l’impasse», insiste le P. Burin des Roziers.
Jeronimo avait l’appui de l’Union Démocratique Ruraliste (UDR), l’une des organisations les plus dures de propriétaires terriens, qui dispose d’une représentation importante au Parlement fédéral. «Sa condamnation ouvre une première brèche dans l’impunité qui protège les puissants, commente le dominicain»
Le dominicain français, lui-même menacé de mort, se réjouit du «rôle remarquable» joué dans cette affaire par la Commission pastorale de la terre de l’Eglise catholique: «Dans ce cas concret, l’ensemble de la Conférence épiscopale brésilienne a pris une position publique très forte, exigeant que le jugement se réalise». (apic/cip/pr)




