Suisse: Des anciens responsables de l’Action de Carême interpellent Mgr Ivo Fürer
Une «culture de la rumeur» plus qu’une analyse objective
Fribourg, 19 juin 2000 (APIC) La démission surprise de la directrice de l’Action de Carême (AdC), Anne-Marie Holenstein, suite à de profondes divergences avec certains membres du Conseil de fondation sur l’avenir de l’œuvre d’entraide catholique, fait toujours des vagues. Des anciens responsables de l’AdC interpellent maintenant Mgr Ivo Fürer, président du Conseil de fondation, et n’hésitent pas à parler, à propos de la crise de confiance au sein de l’AdC, de «culture de la rumeur».
Dans une lettre envoyée à la mi-juin à l’évêque de St-Gall, au nom d’un Groupe d’anciens responsables (*) de l’AdC, par le professeur Jean Vallat (EPFZ et EPFL), à Martigny, ancien président de la Commission d’experts Développement, et Paul Jubin, à Fribourg, ancien chef du Service Développement à la Centrale de l’AdC à Lucerne, les signataires disent leur «réelle souffrance» à propos des circonstances qui ont provoqué le départ d’Anne-Marie Holenstein.
«Nous ressentons le besoin de vous exprimer, dans le cadre de notre fidélité au Christ et à l’Eglise, notre déception et notre regret», écrivent-ils. A propos de la crise de confiance interne qui secoue l’organisation depuis plus de 18 mois, ils disent avoir le sentiment «qu’elle est née d’une ’culture de la rumeur’ plus que d’une analyse objective des faits.» Et d’ajouter: «Nul ne sait quelles dénonciations ou quels reproches ont été formulés à propos de certains collaborateurs de la Centrale, nul n’en connaît les auteurs. Dans un tel climat de suspicion, la confiance ne pouvait que se trouver ébranlée, et l’atmosphère de travail ne pouvait que se trouver perturbée».
«Mise au pas des laïcs, suite à un profond manque de confiance à leur égard»
Les signataires regrettent particulièrement le départ de «deux laïcs de haut niveau, soit les deux personnalités les plus importantes de l’Action de Carême»: la directrice Anne-Marie Holenstein, et le chef du Secteur Sud, Mark Schmid, «dont le licenciement a été exigé». Ce dernier a lui-même donné sa démission et a déjà quitté l’organisation au début de l’année. Les auteurs de la lettre à Mgr Fürer soulignent que les compétences et les qualifications de ces personnes ont été partout reconnues et louées.
«Aussi ressentons-nous le départ de ces deux personnalités comme une déficience relationnelle entre la hiérarchie et les laïcs, d’une part», peut-on lire, et «comme la résultante d’un rapport de forces, entre le Conseil de fondation (et plus singulièrement des membres de l’épiscopat) et la Centrale, d’autre part». Et de parler de «mise au pas des laïcs, suite à un profond manque de confiance à leur égard». Les anciens responsables affirment qu’un manque total de transparence a présidé aux débats, aux enquêtes et aux rapports spéciaux relatifs à la situation.
Quant au concept de mission – au centre des inquiétudes de certains évêques, qui craignent que le développement prenne le dessus au détriment de la mission – il est discuté au sein de l’AdC depuis sa fondation il y a bientôt 40 ans: «Ce vieux serpent de mer reprend régulièrement de sa vigueur». Or, pour les anciens responsables de l’AdC, mission et développement ont toujours été intimement liés. Dans certains projets, il est même difficile de préciser s’il s’agit d’un projet du Secteur Mission ou de celui du Secteur Développement. De toute façon, les chrétiens dans les communautés et les paroisses – qui optent le plus souvent pour le soutien à des projets de développement – «sentent instinctivement que le développement est partie intégrante de la tâche d’évangélisation et un moyen de répandre des semences de la mission».
Pour les anciens responsables, l’enjeu réel du débat est celui-ci: «La Centrale, c’est-à-dire l’exécutif, avec ses commissions d’experts et ses spécialistes, peut-elle disposer de sa liberté d’action, oui ou non? A notre sens, la réponse doit être oui». La «catholicité» de certains collaborateurs de la Centrale ayant été mise en doute, il s’agit là pour les signataires «d’une intrusion dans l’intimité des personnes. Nous sommes troublés par ces accusations qui, apparemment, n’ont pas été vérifiées.»
Finalement, ils disent enregistrer une «déception, voire une frustration» chez les catholiques en Suisse, donateurs et pourvoyeurs de l’Action de Carême. «Leur appui à cette institution d’Eglise risque de s’en ressentir». En conclusion, ils en appellent à l’autorité morale de Mgr Fürer, en tant que président du Conseil de fondation, «pour que les autorités responsables de l’Action de Carême renoncent à ces méthodes du passé et rétablissent au plus vite une confiance réciproque, pour recentrer chacun sur l’essentiel de sa mission.» (apic/com/be)




