Vietnam: La situation des droits de l’homme reste critique
Dissidents réduits au silence, dénonce «Human Rights Watch»
Bruxelles, 4 mai 2000 (APIC) La situation des droits de l’homme au Vietnam reste très en deçà du niveau prévu par les normes internationales, malgré les changements économiques et sociaux qui se sont produits dans ce pays depuis la fin des années 1980, indique l’organisation internationale de défense des droits de l’homme «Human Rights Watch» (HRW).
Dans son nouveau rapport consacré à ce pays, long de 34 pages et intitulé «Vietnam les dissidents réduits au silence», HRW montre comment les autorités de la République socialiste du Vietnam continuent à harceler, isoler, assigner à résidence et parfois emprisonner ceux qui émettent des critiques à son égard. Parmi les individus ainsi visés, on trouve d’importants leaders politiques ayant appelé à des réformes, des membres de la communauté académique qui depuis longtemps critiquent le gouvernement, des membres de la presse et certains leaders religieux, dont le gouvernement craint la capacité à attirer de nombreux sympathisants.
«Le25e anniversaire de la réunification du pays offre au gouvernement vietnamien la chance de réaffirmer son engagement à respecter les droits de l’homme et les obligations qui lui incombent en vertu des traités élaborés dans le cadre des Nations Unies», a déclaré Mike Jendrzejczyk, directeur de la division Asie de «HRWatch» à Washington. «Nous accueillons favorablement le fait que des prisonniers aient été remis en liberté le 30 avril dernier et espérons que parmi les individus ainsi libérés se trouvent tous ceux qui ont été emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinons politiques et religieuses. Le Vietnam doit aujourd’hui aller plus loin et prendre des mesures permettant de promouvoir la transparence, le respect des droits fondamentaux et l’autorité de la loi».
La situation des droits de l’homme reste critique
Le rapport note également qu’au cours des dernières années, le pays s’est progressivement ouvert à la communauté internationale et que des changements positifs ont ainsi pu avoir lieu, notamment des améliorations dans le domaine des droits de l’homme. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques et de détenus des camps de rééducation ont été libérés, des milliers de Vietnamiens qui avaient fui à l’étranger sont revenus au pays et le gouvernement a fait preuve d’une volonté croissante de coopérer avec les Nations Unies sur des thèmes relatifs aux droits de l’homme. «La situation des droits de l’homme reste cependant critique, relève HRW. La liberté d’expression, d’association et d’autres droits fondamentaux ne peuvent toujours pas être exercés en toute liberté. Des purges ont été organisées, officiellement dans le but de lutter contre la corruption, mais elles ont surtout permis d’écarter les leaders politiques qui insistent sur la nécessité de mettre en oeuvre des réformes, alors que les conservateurs purs et durs semblent eux au-dessus des lois».
Les médias nationaux continuent à être strictement contrôlés par l’Etat, poursuit l’organisation. «Ceux qui ne partagent pas l’opinion du gouvernement n’ont accès à quasiment aucun média susceptible de leur permettre de s’exprimer. Les dissidents, lorsqu’ils essaient de communiquer entre eux et avec le monde extérieur, sont confrontés à de multiples obstacles: interception du courrier, coupures téléphoniques, suspension des comptes Internet. Lorsque des dissidents parviennent à critiquer le Parti ou à demander des réformes démocratiques, ils sont soumis à des interrogatoires et voient leurs moindres faits et gestes contrôlés de très près par les autorités».
Faire taire les critiques
Les dissidents sont aujourd’hui emprisonnés moins fréquemment que dans le passé, estime Mike Jendrzejczyk. Au lieu de cela, ils sont soumis à des techniques de harcèlement et d’intimidation plus discrètes, qui incluent la surveillance et les restrictions à leur liberté de mouvement et à leur capacité à travailler. La prison reste cependant un risque très réel pour tous ceux qui mettent publiquement en question l’autorité du Parti. Les leaders du Parti continuent à insister de manière parfaitement anachronique sur la nécessité de faire taire tous ceux qui le critiquent en public. «Le gouvernement continue également à utiliser une législation – et à voter d’ailleurs de nouveaux textes allant dans le même sens – qui contrevient aux normes internationales des droits humains et aux dispositions de la Convention Internationale relative aux Droits Civils et Politiques, auquel le Vietnam est partie depuis 1982».
Ainsi, une loi toujours en vigueur autorise la surveillance des anciens prisonniers accusés d’avoir commis des crimes contre la sécurité nationale. De la même manière, les autorités peuvent en toute légalité et de manière totalement arbitraire placer en «détention administrative» toute personne suspectée de représenter un risque pour la sécurité nationale, sans pour cela devoir obtenir l’approbation préalable de la justice. Une loi sur la presse approuvée en mai 1999 incite les journalistes à pratiquer l’autocensure, puisqu’elle exige d’eux qu’ils paient des dommages et intérêts ou publient un désaveu non seulement lorsqu’ils rendent publiques des informations erronées mais également lorsque leurs écrits violent «l’honneur de toute organisation ou la dignité de tout individu».
Un document annexé au rapport de Human Rights Watch fournit une liste partielle des personnes qui, en date du 29 avril, sont considérées en détention à la suite de l’expression pacifique de leurs opinions religieuses ou politiques.
Accès interdit aux prisons
L’accès aux prisons vietnamiennes étant refusé aux observateurs indépendants, il n’est pas possible de fournir une liste complète des individus actuellement emprisonnés ou détenus au Vietnam pour leurs opinions politiques ou religieuses. Le gouvernement maintient qu’il n’y a dans le pays aucun prisonnier politique, bien que le Département pénitentiaire du ministère de la Sécurité publique ait affirmé récemment que plus de 100 personnes sont aujourd’hui emprisonnées pour avoir commis des crimes contre la sécurité nationale. La liste de 48 noms compilée par HRW doit donc être vue comme un échantillon basé sur des cas représentatifs obtenus par diverses organisations de promotion et de défense des droits de l’homme. «Nous exhortons le gouvernement vietnamien à faire connaître dans les meilleurs délais les noms de tous les prisonniers libérés suite à la décision d’amnistie, leurs lieux de détention et les crimes qui leur étaient reprochés», a déclaré Jendrzejczyk.
Soutenir les réformes
Dans son rapport, HRW presse le gouvernement de «libérer de manière inconditionnelle tous les individus aujourd’hui emprisonnés, détenus ou limités dans leurs activités pour avoir exercé de manière pacifique leur liberté d’expression ou exprimé leurs convictions». L’organisation appelle également le Vietnam à «mettre en oeuvre les mesures nécessaires afin de garantir que la législation et les pratiques de ce pays seront conformes aux dispositions du droit humanitaire international». Elle encourage la communauté internationale à soutenir de telles réformes, affirmant que l’assistance technique juridique fournie de manière bilatérale et par la Banque Mondiale doit non seulement permettre de faire progresser la législation commerciale, mais aussi le droit pénal, les lois relatives à la presse et celles liées au concept de sécurité nationale. (apic/cip/pr)




