Entretien avec F. Vallat et M. Bernet, du Bureau de l’Equipe d’animation diocésaine
Les objectifs d’AD 2000
Pourquoi ce Rassemblement, cette convocation au niveau du diocèse. Et pourquoi pas un Synode, comme celui de 1972? François Vallat, assistant pastoral à la paroisse de Belfaux, et Martin Bernet, secrétaire général de Pax Christi Suisse, tous deux membres du Bureau de l’Equipe d’animation diocésaine pour l’AD 2000, en compagnie de l’abbé Jean-Marie Pasquier, de Lausanne, répondent à ces interrogations. Et soulignent l’enjeu de cette démarche née en 1997.
F. Vallat et M. Bernet: Cette démarche fait suite à l’enquête «Horizon 2000» voulue par le Conseil presbytéral. Il en est sorti l’important d’une réflexion globale sur le plan diocésain, intégrant des objectifs comme celui de réveiller la conscience diocésaine, de se donner les moyens d’apporter un nouveau souffle à notre diocèse, ou encore de rechercher la manière la plus appropriée de vivre la corresponsabilité au sein de cette même Eglise. «Horizon 2000» a constaté un régionalisme, voire un cantonalisme très prononcé entre les différentes parties du diocèse, avec des préoccupations différentes selon les cantons, comme celle d’appréhender la question de l’œcuménisme, par exemple, selon qu’on habite Genève, Vaud, Neuchâtel ou Fribourg.
APIC: Pourquoi pas un Synode?
F. Vallat et M. Bernet: L’organisation d’un Synode est beaucoup plus contraignante au vu des derniers documents édités par Rome. Les règles y sont extrêmement précises. On ne peut guère déroger tant dans le choix des délégués que dans la manière de faire. La démarche d’AD 2000 s’est voulue beaucoup plus souple. Elle laisse davantage de latitude et pose moins d’entraves pour nos travaux. Le décor planté, les groupes de dialogue et de recherche (GDR) se sont alors mis au boulot: AD 2000 avait dès le départ pour objectif de faire participer le plus de monde possible, y compris la base, en d’autres termes, les fidèles qui pratiquent leur foi dans les paroisses ou dans les mouvements… En janvier 1998, nous avons lancé les 4 phases de consultations, à l’adresse de ces groupes. La première consultation, tenue en vue de l’Assemblée de Neuchâtel, a été particulièrement large. Elle a permis à 500 GDR de se constituer – même si certains l’étaient déjà -, et aux participants d’exprimer librement ce qu’ils avaient «dans le cœur et sur le cœur». De nombreuses choses sont sorties, y compris celles que beaucoup portaient en eux, parfois lourdement, pour ce qui est de la vie de l’Eglise aujourd’hui, comme la question des divorcés-remariés ou encore le problèmes des exclus.
Au soir du 3 juin, 9 documents constituant ensemble le document final auront été adoptés. Au sein de ces 9 documents figurent quelques questions délicates, comme les «viri probati», l’hospitalité eucharistique, le diaconat pour les femmes, les divorcés-remariés… L’un des documents déjà adoptés, concerne les divorcés-remariés. Il ne s’agit nullement d’un hasard. Les GDR ont mis le doigt avec insistance sur ce sujet, lors de la troisième phase de réflexion ayant menée à l’Assemblée de Genève. Ceci est d’autant plus remarquable qu’il n’entrait pas dans les objectifs de départ d’AD 2000 de consacrer un document entier à ce problème qui, finalement, sans être négligeable, n’a pas la portée du document «Forces pastorales et ministère», appelé à être adopté à l’Assemblée de Fribourg. Le document sur les divorcés-remariés met le doigt sur une question particulièrement précise. En somme, l’Assemblée a répondu aux souhaits des fidèles, sans évincer des questions posées.
APIC: Par rapport à 72, qu’est-ce qui a changé aujourd’hui…
F. Vallat et M. Bernet: Nous n’avons pas vécu le Synode 72 – question d’âge… Nous pensons cependant que le regard que l’Eglise porte aujourd’hui sur le monde a changé. Cela grâce à l’apport de personnes engagées dans le social, dans le monde politique ou économique. Mais c’est aussi vrai que des sujets déjà en discussion en 1972, comme la réintégration des prêtres qui ont quitté le ministère pour se marier, ou encore les finances, sont revenus à la surface, avec plus d’actualité que jamais. Et surtout, avec un regard nouveau, qui englobe les préoccupations de l’Eglise aujourd’hui, soit 30 ans après le rendez-vous de 72. On a fait le reproche à l’Assemblée d’être constituée d’»une certaine manière». Ce n’est pas aussi clair que cela. Il n’en demeure pas moins que nous nous sommes retrouvés face à une assemblée très ouverte, qui a essayé d’aller le plus loin possible et de pousser plus en avant ce qui avait été discuté en 72 au Synode.
APIC: Des critiques ont cependant été faites, pour dire que peu de choses ont avancé depuis 72…
F. Vallat et M. Bernet: Des critiques entendues, c’est vrai. Cela ne tient nullement à l’Assemblée, mais bien à l’Eglise, à sa structure s’entend, à ce que l’Eglise est actuellement, aux limites fixées par Rome. AD 2000, qui a à sa présidence un évêque, ne pouvait par conséquent pas dépasser certaines limites…
APIC: Mais alors quelles sont les compétences de cette Assemblée? Ou commencent-elles. Et où finissent-elles? Pourquoi débattre de problèèmes qui risquent finalement de se retrouver sous l’éteignoir…
F. Vallat et M. Bernet: Dès le départ, AD 2000 a été censée se prononcer sur des sujets dont le diocèse peut librement décider, et surtout appliquer, même si nous savions, dès les premières réponses des GDR, que nous n’arriverions jamais à nous en tenir à ce seul cadre. Comment parler en effet des «viri probati», par exemple, uniquement pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg? Il fallait donc trouver une façon de faire. Le document sur les divorcés-remariés a tenté d’aller un peu plus loin en faisant attention à ne pas mettre l’évêque dans une position impossible. Sous certaines conditions, les divorcés remariés pourront avoir accès à l’eucharistie et aux sacrements. Aussi bien Mgr Grab, au départ, que Mgr Genoud ensuite, ont été d’accord avec nous pour dire qu’en ne s’exprimant que sur des choses «autorisées», nous courrions le risque de nous couper de beaucoup de gens dans leurs préoccupations actuelles. Il faut cependant admettre,pour certains sujets comme l’hospitalité eucharistique, dans le cadre du dossier sur l’œcuménisme, que l’évêque risque fort d’être en porte-à-faux avec Rome, dès lors qu’il se déclare solidaire d’AD 2000. La question des «viri probati» est moins brûlante, dans la mesure où nombre de gens ont aujourd’hui accepté de faire une démarche dans ce sens, et admis cette éventualité. Reste le diaconat féminin. Nous avons essayé de l’aborder d’une manière plus large, c’est-à-dire en parlant du diaconat en lui-même. Il est intéressant de constater, au niveau de la Commission «Forces pastorales et ministères» que le diaconat féminin a été intégré à l’ensemble de la démarche sur ce problème. A noter également la proposition d’une présence féminine au sein du Conseil épiscopal, alors que les dix postes sont aujourd’hui occupés par des hommes. Il est rassurant de constater que des gens, aujourd’hui, se sentent interpellés par la vie de l’Eglise et, à la rigueur, par certains documents romains parfois assénés quelque peu brutalement.
APIC: On a l’impression que toutes les paroisses et que de nombreux curés ou prêtres n’ont pas joué le jeu tout au long de ce processus AD 2000.
F. Vallat et M. Bernet: On peut effectivement se sentir tristes pour tous ceux qui n’ont pas joué le jeu, et qui sont restés en marge de ce qui se passait. Surcroît de travail? Désintérêt? Mauvaise information? Ou encore, pour certains, opposition à ce qui est en train de se vivre? Sur ce dernier point, il faut le reconnaître, des gens n’ont pas souhaité entrer dans cette démarche. Pourquoi? Peut-être parce qu’ils ne se sentent pas prêts personnellement à le faire. On aurait pu imaginer que la démarche mobilise encore plus de monde, sur plus de 660’000 catholiques répartis dans le diocèse. 500 groupes, composés de 10 personnes chacun, ne font que 5’000. On peut donc se laisser interpeller au vu de ce nombre relativement restreint. N’empêche: de plus en plus de prêtres et de fidèles se rendent compte de l’importance de notre démarche, à mesure que s’approche la date du 4 juin. Surtout, ils se rendent aujourd’hui compte que cette fête diocésaine aura finalement lieu, avec tout ce que cela compte de démarches concrètes pour les quelques 263 paroisses du diocèse. Autre aspect de l’importance de l’événement dans les paroisses: 200 d’entre-elles ont confectionné des sortes de panneaux en tissu pour décoré le lieu où se vivra la fête, le 4 juin.
APIC: Trois ans de démarche AD 2000. Il faudra maintenant se donner les moyens de mettre en œuvre ce processus et d’appliquer les différentes résolutions?
F. Vallat et M. Bernet: Parmi les documents, il en existe un intitulé «Après l’AD 2000». Il fait référence à la continuité. On y dit expressément qu’il faudra éviter certains pièges dans lesquels est tombé le Synode 72. Il faut certes se donner les moyens de sa politique, mais aussi reconnaître qu’il ne sera pas facile de tout mettre en œuvre. Précisons que le document final sera promulgué le 4 juin au Forum à Fribourg, et sera publié le premier dimanche de l’Avent 2000. L’Equipe d’animation est appelée à demeurer en fonction jusqu’en décembre pour mettre en place ce qui sera ni plus ni moins le bureau du futur Conseil pastoral diocésain. La constitution de ce nouveau Conseil devrait permettre de remettre en question un certain nombre de structures dans le diocèse, donc se reposer la question des «attributions» de certaines instances. Le Conseil presbytéral devra sans doute se pencher sur sa manière de fonctionner, les Conseils pastoraux cantonaux devront eux aussi s’interroger sur leur place, tout comme les Conseils des vicariats. Quant au Conseil épiscopal actuel, il poursuivra sans doute sa réflexion sur son fonctionnement.
APIC: L’idée de ce Conseil pastoral diocésain figurait pourtant déjà dans les documents du Synode 72…
F. Vallat et M. Bernet: Juste. Aussi, la démarche vécue pendant ces 3 dernières années n’a-t-elle pas de sens s’il n’y a pas une suite, et si ce qui est décidé ne prend pas forme dans la vie des paroisses et des régions du diocèse. Pourquoi l’après Synode 72 ne nous a-t-il pas interpellés avec suffisamment d’insistance? Sans doute n’avons-nous pas senti la nécessité de mettre véritablement en place les moyens de faire passer les conclusions du Synode dans la vie des gens. Aujourd’hui, on s’en rend compte: on ne peut plus ne pas entreprendre ce qui aurait dû se faire il y a 30 ans. Le diocèse a besoin d’un instrument de corresponsabilité sur le plan diocésain. Comment allons-nous procéder pour que ces documents passent dans la vie des gens? Il reste pas mal d’interrogations. Sauf en ce qui concerne un point: la nécessité d’agir.
APIC: Des observateurs œcuméniques ont participé aux phases successives de la démarche AD 2000…
F. Vallat et M. Bernet: Oui. Six personnes, déléguées par les Eglises orthodoxe, réformées, évangélique et catholique-chrétienne ont régulièrement participé à nos travaux. Des représentants de ces Eglises seront présents à Fribourg. (apic/pr)




