Quel rôle pour l’Europe dans le développement mondial ?
Bruxelles : Tenue du 2e Congrès social organisé par les évêques européens
Bruxelles, 6 avril 2000 (APIC) A l’initiative de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), le deuxième Congrès social européen a tenu ses assises le week-end dernier à Bruxelles. Au centre des discussions, les responsabilités de l’Europe à l’égard du développement mondial. Les participants ont cherché en particulier à comprendre comment articuler marchés et institutions après l’échec de la Conférence ministérielle organisée à Seattle en décembre dernier par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Deux ans après le premier Congrès consacré aux conséquences politiques et sociales de la monnaie unique européenne, les évêques de la COMECE, représentant les épiscopats de quinze pays membres de l’Union européenne, «ont mis un nouveau grand défi à l’ordre du jour de ce deuxième congrès», a expliqué Mgr Joseph Homeyer, évêque de Hildesheim (Allemagne) et président de la COMECE.
Dans leur dialogue avec l’Union européenne et ses Institutions, les hauts responsables de l’Eglise catholique tiennent en effet à la prise en compte de cette question suivante: «Comment l’Europe peut-elle au mieux contribuer à un développement mondial, et en particulier, comment organiser le commerce mondial de telle manière qu’il profite également aux plus pauvres?»
Les conséquences de l’échec de Seattle
Pour explorer les aspects socio-éthiques du commerce et d’une régulation mondiale des problèmes après l’échec de la rencontre de Seattle, les évêques européens ont invité à leur congrès près de deux cents personnes. Des délégations sont envoyées par les Conférences épiscopales, des représentants d’organisations et mouvements chrétiens, des personnes liées aux institutions de l’Union européenne. Les représentants des Eglises protestante, réformée et orthodoxe ont également été invités. Au total, deux journées de conférences et de débats, d’échanges et de discussions en groupes.
«La Conférence de Seattle a échoué, et c’est regrettable, car seul un nouveau cycle de négociations paraît offrir le meilleur des outils pour protéger les pays pauvres», a déclaré Mgr Adrianus Van Luyn, évêque de Rotterdam et vice-président de la COMECE. Mais l’évêque néerlandais tient à signaler que la pierre d’achoppement à Seattle traînait sur le lieu du débat passionnant mais dramatique de la mondialisation ou de la globalisation.
Interdépendance plutôt que mondialisation
A cette terminologie anglo-saxonne de «mondialisation» ou de «globalisation», Mgr Van Luyn préfère «interdépendance», terme d’ailleurs souvent mis en avant dans les documents pontificaux de ces dernières années. Le mot «interdépendance» implique d’emblée une relation de réciprocité et invite à garder cette réciprocité à l’horizon des relations d’inégalité qu’il s’agit de modifier.
«Oui, nous croyons que l’Europe, insiste Mgr Van Luyn, a une responsabilité particulière dans la mise en œuvre d’un système de gouvernement mondial qui offre aux plus faibles la meilleure chance possible de se développer». Fait partie d’un tel système une Organisation mondiale du commerce visant à rendre les pays pauvres capables de participer honnêtement au commerce mondial, car le degré d’intégration d’un pays dans l’économie mondiale est d’une extrême importance pour ses chances de développement.
La responsabilité particulière de l’Europe
Mgr Van Luyn, souhaite que l’Union européenne puisse faire pour le développement mondial ce qu’a fait pour elle le Plan Marshall du 9 mai 1950. Une conviction majeure traversait ce plan : «L’Europe, avec une prospérité croissante, sera capable de remplir une de ses responsabilités les plus essentielles à savoir le développement du continent africain. L’évêque précise qu’il «est temps de mettre en œuvre une vieille promesse» qui, précise-t-il, va bien plus loin que «les chamailleries mesquines sur la grappa, l’ouzo et autres boissons alcoolisées» qui ont récemment fait l’objet de négociations pour un nouvel accord commercial avec l’Afrique du Sud. Bref, pour l’évêque de Rotterdam, «le mieux que l’Europe puisse faire à présent, c’est de prendre au sérieux son acte de fondation».
Qu’attendre de l’Eglise catholique comme telle?
Non pas un modèle, poursuit Mgr van Luyn, mais plutôt, comme le suggérait le pape Paul VI il y a trente ans, dans sa lettre «Octogesima Adveniens»: des questions sur les valeurs des modèles de société et sur leurs relations à la transcendance, c’est-à-dire à ce qui dépasse l’homme et son histoire immédiate. Et l’évêque de Rotterdam d’insister : «La réticence actuelle des politiques à l’égard des critères éthiques n’est que trop évidente !».Mgr Adrianus van Luyn a été fort marqué par l’expérience de la pauvreté qu’il a faite l’an dernier lors d’un voyage à Timor-Est et d’un autre dans plusieurs contrées de l’ancienne Union soviétique. Il en retire en conclusion un double appel, qu’il résume en deux mots : libéralité magnanimité.
Etre libéral, c’est donner librement, comme impératif moral et non par obligation légale. Etre magnanime, c’est une vertu essentielle dans une société mondialisée, où il n’y a pas d’avenir pour l’intérêt personnel à courte vue ni pour le protectionnisme. «Nous resterons mal équipés face aux défis de la mondialisation tant que nous n’aurons pas la confiance et la vigueur de la magnanimité», a ajouté le prélat. (apic/cip/mk/be)




