Montreux: Le peintre D. Dasto propose de vendre sa grande «Croix de Giotto» au Vatican
De l’argent pour financer la restauration de la basilique d’Assise
Montreux, 6 avril 2000 (APIC) Démarche osée que celle du peintre Danny Dasto, qui expose pour ses 25 ans de création une soixantaine d’œuvres jusqu’au 14 mai à l’Hôtel Eden au Lac, à Montreux. Il vient d’écrire au Vatican pour lui proposer d’acheter la grande «Croix de Giotto», la plus impressionnante des œuvres de cette exposition, qui dépasse les 4 m de hauteur. Pour financer la restauration d’Assise. L’évêque du diocèse, Mgr Bernard Genoud, qui a reçu l’artiste à l’évêché, salue la démarche.
Avec l’argent qu’il espère récolter – encore faut-il que le Vatican entre en matière! – , Danny Dasto veut contribuer à la restauration des fresques de la Basilique Saint-François, endommagées par le tremblement de terre qui a durement frappé la région d’Assise en septembre 1997. Qui ne souvient pas, en effet, des images traumatisantes de la coupole de la Basilique Saint-François s’effondrant au milieu d’un nuage de poussière, causant la mort de deux religieux et réduisant en miettes des fresques d’une valeur artistique et historique inestimable ?
«Lorsque j’ai vu tous ces morceaux par terre, j’ai été révolté et j’ai ressenti comme l’effondrement d’une culture», confie à l’APIC l’artiste sexagénaire d’origine vosgienne qui peint depuis vingt ans dans son atelier des Avants sur Montreux. «Je me suis demandé ce que ferait Giotto, qui a travaillé dans ces lieux pendant des années, s’il sortait de sa tombe et voyait ces destructions… C’est pourquoi, sur l’un des quatre panneaux composant la croix, j’ai fait un homme qui sort des ténèbres, avec une tête cadavérique et des lambeaux de linceul. C’est une révolte, mais qui tend vers la résurrection.» Au début de sa démarche, l’artiste ne pensait pas réaliser une croix.
«L’artiste se sent parfois guidé par des forces supérieures»
Dasto avait d’abord peint sur toile, à l’huile, un premier panneau représentant une femme dans les ruines auquel est venu s’ajouter un deuxième, représentant Giotto. Il y a d’abord «cette sorte d’Eve, qui fait face, sur le deuxième panneau formant les bras, à quelqu’un qui pourrait être aussi Adam». C’est ainsi qu’est né le concept de la croix, avec le pied – grande colonne centrale de peinture jaune surchargée d’empreintes des pieds et des mains des générations de ceux qui vont devoir reconstruire le chef-d’œuvre détruit – et le sommet, comportant une tête de Christ juvénile entourée de colombes. Dès qu’il eût fini la croix, qu’il a aussitôt baptisée «de Giotto et d’Assise», l’artiste – qui se dit catholique d’origine mais ne pratique plus depuis longtemps – a aussitôt pensé qu’il fallait en faire quelque chose d’autre.
Les encouragements de l’évêque
«C’est quand je suis allé voir Mgr Genoud, à l’évêché de Fribourg, que j’ai découvert qu’il y avait beaucoup du catholique de base que je suis dans la genèse de ce tableau; il m’a appris des choses… Vous savez, comme artiste, je crois aussi que nous sommes guidés, poussés par des forces supérieures!»
L’évêque du diocèse, qui a apprécié l’œuvre, considère la démarche de l’artiste comme tout à fait respectueuse et digne d’être soutenue, «car l’Eglise a toujours appuyé les artistes, comme vient de le faire le pape récemment dans un très beau document» (voir encadré). Enthousiasmé par sa rencontre avec Mgr Bernard Genoud – suggérée par le curé de Montreux – Dasto se dit fasciné par son rayonnement: «Il a fait plus que m’encourager, le dialogue a été extraordinaire.»
Quant à la proposition – que l’artiste aurait acceptée avec enthousiasme – de faire venir la «Croix de Giotto» au Forum Fribourg pour la grande célébration, le 4 juin prochain, de l’assemblée diocésaine AD 2000, les organisateurs ont finalement renoncé pour des raisons pratiques. Il leur était difficile de la faire cadrer dans le concept de la décoration, déjà élaboré. Mais également pour des raisons d’assurance, l’œuvre valant tout de même entre 90 et 95’000 francs.
Une chose est sûre, la lettre de Dasto est arrivée cette semaine directement auprès du secrétaire privé du pape, Mgr Stanislaw Dziwisz, au Vatican. C’est l’abbé Vincent Roos, vicaire à Montreux qui a aidé à boucler le dossier et à finaliser la démarche. V. Roos a lui aussi beaucoup aimé la «Croix de Giotto»: «Je trouve cette œuvre très fraîche, nous avons besoin d’une telle fraîcheur dans l’Eglise!» (apic/be)




