Soutien résolu aux négociations avec la médiation de la Norvège

Sri Lanka: Les évêques catholiques sri-lankais demandent la fin du conflit qui ruine le pays

Colombo, 7 avril 2000 (APIC) – Onze évêques catholiques de Sri Lanka ont exprimé leur soutien aux négociations de paix conduites avec la médiation du gouvernement norvégien en vue de mettre un terme à 17 ans d’un conflit ethnique qui dévaste leur pays.

«C’est avec grande satisfaction que nous accueillons la volonté du gouvernement actuel et des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) d’entamer des négociations politiques avec l’aide de la Norvège», souligne la déclaration de la Conférence épiscopale de Sri Lanka publiée à l’issue de sa réunion annuelle – du 28 au 31 mars – à Kandy, à 116 kilomètres à l’est de Colombo.

Depuis 1989, les LTTE conduisent une lutte de résistance contre la majorité bouddhiste, cinghalaise. La population cinghalaise, présente dans le sud de l’île, représente 70 % de la population de Sri Lanka (18 millions d’habitants), alors que la minorité tamoule, qui se trouve principalement dans le Nord et l’Est de Sri Lanka, représente moins de 20%.

Plus de 100’000 personnes ont été tuées durant ce conflit. Un quart du Sri Lanka – zones majoritairement tamoules – reste sous contrôle des LTTE. Des représentants du gouvernement norvégien se sont rendus à Sri Lanka à plusieurs reprises ces deniers mois, dans le cadre des rencontres préparatoires aux négociations de paix, et le ministre des Affaires étrangères, Knut Vollebaek, devrait venir sur l’île prochainement pour promouvoir le processus de paix.

Dialogue politique indispensable

Rappelant que l’Eglise catholique – à laquelle appartiennent 85 % des chrétiens (1,3 million) – a «toujours condamné la guerre et la violence», les auteurs de la déclaration soulignent que «le dialogue politique est le seul moyen de résoudre le problème ethnique». Selon la déclaration, l’Eglise catholique a toujours préconisé «un partage digne du pouvoir politique avec les ’provinces’ en particulier dans le Nord et l’Est, fondé sur les droits de la population tamoule à l’autonomie et à l’épanouissement au sein d’un seul pays».

Les évêques ont appelé «toutes les parties concernées à faire preuve de courage et de magnanimité, à accepter des compromis, à respecter les droits de tous les peuples et citoyens de ce pays multiethnique, multiculturel et multireligieux».

Réclamant un cessez-le-feu immédiat, les évêques demandent aux LTTE et au gouvernement de «s’abstenir d’actes de violence qui mettent en péril la vie de civils innocents».

Le président de la Conférence épiscopale, Mgr Oswald Gomis, évêque d’Anuradhapura, sur la côte occidentale, a souligné que l’Eglise avait «toujours préconisé un règlement pacifique, et non militaire» au conflit. «La majorité des Sri-Lankais sont convaincus que la paix est un impératif urgent pour Sri Lanka. Nous ne pouvons laisser le pays aller à sa perte avec cette guerre civile.»

Pourtant, récemment, plusieurs moines bouddhistes influents ont exhorté la présidente du Sri Lanka, Chandrika Kumaratunga, à défendre la fierté du peuple cinghalais et à «écraser» les LTTE au lieu d’engager des négociations de paix. Interrogé à ce sujet, Mgr Gomis, qui est d’origine cinghalaise, a précisé que cette proposition n’était pas soutenue par tous les moines. Et même, a-t-il ajouté, parmi ceux qui préconisaient auparavant une «solution militaire», beaucoup ont réalisé l’inutilité de la guerre.

«Une grande tragédie»

Dans leur déclaration, les évêques soulignent que «les dépenses de guerre insupportables et les déplacements massifs – ont conduit à l’appauvrissement et à la destruction». Le prêtre catholique Oswald B. Firth, directeur du Centre «Société et Religion» de Colombo, a précisé de son côté que le budget de la défense, qui représentait 2% des dépenses gouvernementales au début des années 80, atteignait 27 % en l’an 2000. Il est déplorable qu’une «très petite nation comme le Sri Lanka ait du dépenser 60 milliards de roupies (plus de 800 millions de dollars EU) l’an dernier pour une guerre contre son propre peuple. C’est vraiment une grande tragédie». (apic/eni/aa/ba)

7 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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