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Propos recueillis par Jacques Berset.
Berne: Les Eglises protestantes participent au dialogue judéo-chrétien depuis 1946
Aveu des manquements et des fautes des Eglises protestantes
Berne, 14 avril 2000 (APIC) Né de l’aveu, de leur part, des manquements et des fautes à l’égard de la communauté juive avant et durant la Deuxième guerre mondiale, les Eglises protestantes de Suisse entretiennent depuis 1946 déjà un dialogue fructueux avec la communauté religieuse juive.
Dans un communiqué publié jeudi à Berne, le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) souligne que «repentir et demande de pardon devinrent possibles et permettent aujourd’hui des relations largement décrispées entre juifs et chrétiens protestants.»
«Reconnaître ses fautes, en faire l’aveu et en tirer les conséquences pour l’avenir sont des caractéristiques fondamentales dans la vie des Eglises protestantes. Elles ont leur source dans la foi en la grâce de Dieu, justificatrice, libératrice, et qui appelle à une vie agissante», écrit le président du Conseil de la FEPS. L’aveu des fautes permet de réparer l’injustice et de tirer une leçon de l’histoire humaine. «Ce principe vaut selon la conception protestante pour l’être humain individuel, mais aussi pour l’Eglise en tant que communauté et pour les responsables de celle-ci.»
Des exemples de relations constructives
La FEPS et ses Eglises membres, dans leurs rapports avec les juifs, se sont toujours efforcées de faire valoir ces traits fondamentaux dans le quotidien de la vie et de parvenir à des relations constructives, souligne le pasteur Thomas Wipf, qui en donne des exemples :
– En juin 1945, le président du Conseil de l’époque, le pasteur Alphonse Köchlin, déclare devant l’Assemblée des délégués: «Il est absolument juste de nous rappeler combien nous avons manqué à notre tâche, tout ce qui ne s’est pas passé ni n’a été dit par conformisme craintif, et qui aurait dû être fait et dit». Et le président du Conseil synodal du canton des Grisons, Hans Domenig, reconnaissait en 1947 dans une déclaration officielle à propos de la fin de la guerre : «Nous avons été coupables nous aussi, par notre manque de foi, par notre indifférence et notre égoïsme».
– L’une des conséquences tirées par les Eglises de leur comportement durant la Deuxième guerre mondiale fut la fondation en 1946 de l’Entraide protestante suisse aux Eglises et aux réfugiés (EPER), qui s’engage depuis lors activement pour les réfugiés. En 1946 a aussi été créée la «Communauté de travail protestants/juifs», afin de promouvoir la compréhension réciproque et lutter contre l’antisémitisme dans les Eglises. Autres conséquences encore, les mémorandums des années 80 et 90 sur l’asile et les réfugiés, ainsi que le mémorandum sur l’antiracisme, dans lequel les Eglises se mettaient oecuméniquemnt aux côtés des réfugiés et prenaient position contre la xénophobie et le racisme.
– La FEPS s’est en outre engagée au tout premier plan – entre autres avec la Fédération des communautés israélites de Suisse, en faveur de la loi contre le racisme. Pour le travail sur la faute commise à l’égard des juifs et des victimes de la dictature nazie, la FEPS a publié en 1977 «Eglise & Israël», où elle reconnaissait l’appartenance commune, qu’on ne peut supprimer, des juifs et des chrétiens à une alliance. Dans une déclaration sur les 50 ans de la Nuit de cristal, le Conseil de la FEPS écrivait notamment en 1983 : «Une grande honte nous emplit aujourd’hui encore quand nous pensons que les autorités fédérales, deux jours après le pogrom de novembre, ont signé avec les autorités nazies un accord rendant impossible aux juifs d’Allemagne toute entrée légale en Suisse (en frappant d’un J leur passeport). Par suite de cet accord, des milliers de personnes furent refoulées aux frontières de la Suisse (.). Nous regrettons que cette animosité contre les juifs ait été aussi le fait de chrétiens. Nous savons aussi que les Eglises ont enseigné durant des siècles le mépris chrétien des juifs et frayé la voie à l’antisémitisme moderne».
– Et en mai 1997, la FEPS a tenu une session amplement documentée et très remarquée sur son rôle dans la politique des réfugiés durant les années de guerre et avant la guerre. Ces dernières années, de nombreuses Eglises membres de la FEPS se sont exprimées sur la question de la faute. C’est ainsi que le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Zurich soulignait dans une déclaration devant le Synode de l’Eglise en mars 1997 qu’à travers tous les siècles, les Eglises de toutes confessions s’étaient caractérisées par une façon de penser et d’agir antijuive. «La Réforme n’a malheureusement pas interrompu cette tradition funeste. Jusque dans notre siècle, cette façon de penser était largement répandue dans les Eglises. Mesquinerie des Eglises et dureté de coeur envers les réfugiés juifs s’expliquent entre autres par ce fait».
– L’Eglise zurichoise a décidé, en conséquence de la reconnaissance de ses torts, de cofinancer le travail à Zurich de l’EPFZ sur les documents concernant les réfugiés juifs durant la guerre. Le Conseil de l’Eglise nationale évangélique réformée du canton d’Argovie déclarait quant à lui en 1997 : «C’est avec honte et regret que le Conseil de l’Eglise (.) déclare qu’à cette époque (entre 1933 et 1948) il n’a en tant qu’autorité ecclésiale jamais pris position de façon claire contre la persécution des juives et des juifs par le national-socialisme allemand. (.) Par ce comportement, le Conseil synodal de l’époque est devenu le complice passif du maintien de l’antisémitisme dans notre pays et des manquements de la politique des réfugiés pratiquée par les autorités». Et le Conseil synodal de l’Eglise de Schaffhouse reconnaît dans sa prise de position à l’occasion du Jeûne fédéral de 1997: «Par notre silence et en nous abstenant d’une aide plus active, nous nous sommes faits complices des crimes commis contre les juifs, les sintis et les roms et les autres persécutés politiques». (apic/feps/com/be)




