Porto Seguro envahi par 8’000 policiers militaires

Brésil: Violence et tension marquent l’anniversaire du massacre d’Eldorado das Carajas

Porto Seguro, 18 avril 2000 (APIC) La police militaire brésilienne s’est à nouveau déployée dans toute sa force lundi, lors des manifestations du Mouvement des travailleurs sans terre (MST), Jour national de protestation contre la violence dans les campagnes. Cette date rappelle le tragique 17 avril 1996, quand des policiers ont assassiné 19 paysans à Eldorado das Carajas, dans l’Etat de Para. Parmi les revendications les plus urgentes des manifestants, on trouve encore et toujours l’exigence d’une véritable réforme agraire et un jugement équitable contre les auteurs du massacre du 17 avril 1996.

A Bélem, capitale du Para, des policiers militaires, lors de la manifestation populaire, ont lancé des gaz lacrymogènes contre les milliers de paysans massés devant le Tribunal de l’Etat du Para.

A Porto Seguro, dans le sud de l’Etat de Bahia, l’endroit où doit se dérouler la semaine prochaine les commémorations officielles du 500e anniversaire de la «découverte» du Brésil par les Portugais, le gouvernement a tenté d’empêcher l’arrivée de plus de 3’000 paysans sans terre venus de différentes régions de l’Etat. La plupart des autobus, remplis de paysans, ont été bloqués en cours de route par des barrages de militaires armés jusqu’aux dents. Ils ne purent arriver à destination qu’après une âpre négociation avec le gouverneur de l’Etat. Les paysans ont dû s’engager à repartir immédiatement après la manifestation prévue devant le Tribunal de Porto Seguro. Plus de 1’500 Indiens avaient décidé la veille de se joindre aux paysans, mais ils furent empêchés de le faire, la police bloquant définitivement cette fois les autobus qui les transportaient.

Témoignage de Mgr Tomas Balduino

Mgr Tomas Balduino, ancien évêque de Goias Velho, et président de la Commission pastorale de la terre (CPT), liée directement à la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), est venu lui aussi à Porto Seguro. Il a déclaré au correspondant d’APIC au Brésil «qu’il était lamentable que le gouvernement, à travers les actes arbitraires des militaires, empêchent de fait l’alliance des Indiens et des paysans sans terre lors d’un jour si important pour la mémoire du peuple brésilien». Mgr Balduino a ajouté : «Les grands de ce monde craignent comme la peste les alliances populaires!» Mais cela ne va pas empêcher les cris des Brésiliens qui protestent contre une telle politique gouvernementale à l’occasion des manifestations du 500e anniversaire. Nous sommes entrain d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays!».

Porto Seguro semble de fait une ville en état de siège. Plus de 8’000 policiers militaires sont en alerte dans les rues et les places de la cité. Ils surveillent jour et nuit les routes et chemins qui mènent à la ville. L’objectif du gouvernement local est évident: Empêcher la jonction de mouvements revendicatifs brésiliens qui pourraient troubler la réalisation de la grande fête officielle prévue le 22 avril.

Pour marquer à sa manière cette date commémorative, le MST a déjà annoncé publiquement que, du 17 au 22 avril, il a déjà planifié 500 occupations de terres dans tout le Brésil. (apic/plp/ba)

18 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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