Une initiative renouant avec une tradition spirituelle
Moscou: Le président Poutine envoie un télégramme de voeux au moine Ioann Krestvankin
Moscou, 18 avril 2000 (APIC) Cela faisait très longtemps que l’on n’avait vu un chef d’Etat russe féliciter un moine pour son anniversaire. C’est maintenant chose faite. Le 11 avril dernier, le président Vladimir Poutine s’est joint au primat de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II, et à de nombreux prêtres et fidèles, pour adresser ses voeux à l’archimandrite Ioann Krestyankin. Un moine dont l’autorité spirituelle est très grande en Russie et qui fêtait ce jour-là son 90e anniversaire.
L’archimandrite Krestyankin est l’un des prêtres orthodoxes – peu nombreux en Russie – qui jouissent du statut de «starets» – «Anciens» – à savoir des religieux orthodoxes à qui l’on attribue des qualités spirituelles remarquables. Une renommée populaire qui leur permettent de comprendre la vie des gens, de les conseiller et de prier pour eux.
L’anniversaire du moine et les télégrammes qui lui ont été adressés par le président et le patriarche ont fait l’objet d’une annonce sur les chaînes de la Télévision nationale russe. Mais comme l’a expliqué l’une de ces chaînes – NTV – l’archimandrite Krestyankin s’étant retiré de toute vie publique, les seules séquences disponibles sur lui étaient celles d’une bande vidéo réalisée par un amateur durant un service religieux, il y a plusieurs années.
«Le Père Ioann est l’un des piliers de notre Eglise», a déclaré le prêtre Nikolai Vedernikov au correspondant des «Nouvelles œcuméniques internationales» (ENI). «C’est un homme qui a mené une vie vraiment sainte.» Nikolai Vedernikov est l’un de ces chrétiens – ils furent des milliers – qui avaient l’habitude de se rendre au monastère de Pskov, dans le Nord-Ouest de la Russie, pour rencontrer le moine Krestyankin dans sa cellule, jusqu’au début des années 90. Après cette date, des ennuis de santé ont empêché le moine de recevoir des visiteurs.
Les «Anciens» ne sont pas des représentants de l’Eglise, ni des prédicateurs, comme ailleurs dans le monde. Leur statut élevé n’est pas officiel mais particulier à l’orthodoxie. Cette ancienne forme de «charisme» s’est développée il y a des siècles dans les monastères grecs du Mont Athos. Elle s’est implantée en Russie au 19e siècle, notamment dans le monastère Optina Pustyn en Russie centrale, où plusieurs «starets» apportaient leur soutien spirituel aux gens de toutes classes. Entre autres à des écrivains célèbres, comme Nicolas Gogol et Fedor Dostoïevski. Un de ces starets – le Père Amvrosi – a servi d’ailleurs de modèle au Père Zosima dans le roman de Dostoïevski: «Les frères Karamazov».
«Tous les croyants de Russie vous aiment…»
«Tous les croyants de la Russie orthodoxe vous connaissent et vous aiment», écrit Vladimir Poutine dans son télégramme. «C’est en grande partie grâce aux mentors comme vous-même que la Russie retrouve aujourd’hui ses racines spirituelles et morales.»
Quant au patriarche Alexis II, il rappelle dans son message ses rencontres avec Ioann Krestyankin. «Vos prières sont indispensable à tous ceux qui viennent solliciter votre aide spirituelle. Vos conseils, une aide magnifique pour surmonter nos difficultés», déclare le patriarche de Moscou.
Et pourtant, en dépit de la réputation de Ioann Krestyankin, la vie du moine reste peu connue. Une chose est sûre: Il a commencé son ministère sacerdotal comme prêtre de paroisse à Moscou. Après la Deuxième guerre mondiale, il a passé un certain nombre d’années dans les prisons soviétiques.
Le prêtre Nikolai Vedernikov précise encore que la renommée du moine a commencé à grandir dans les années 60, parmi la petite communauté orthodoxe, au temps de la Russie soviétique, lorsqu’il est devenu moine au monastère de Pskov. Certains de ses sermons ont été publiés, ainsi qu’un livre utilisé par de nombreux orthodoxes pour se préparer à la confession.
Depuis le début des années 90, il vit comme un ermite dans sa cellule, prêchant parfois dans l’église du monastère. Il entretient une correspondance abondante – dictant ses lettres à des assistants – avec ceux et celles qu’il nomme familièrement «mes enfants spirituels». (apic/eni/az/ba)




