Pour tenter de rétablir la paix et la confiance
Nigeria: Les Etats du nord acceptent de revenir sur l’application de la charia
Lagos, 1er mars (APIC) Les Etats musulmans du nord du nord du Nigeria qui avaient décidé d’introduire la charia ou loi islamique dans leurs codes pénaux, vont suspendre cette mesure. Après les violents troubles qui ont causé des centaines de morts dans diverses régions du pays, ils ont accepté de renoncer, pour le moment, de se référer à la loi coranique pour sanctionner les délits. Cette décision a été annoncée mardi par le vice-président de la fédération du Nigeria, Ajiku Aboubacar, un musulman, à l’issue d’une conférence des 36 Etats membres de la Fédération nigériane.
Selon M. Ajiku, les Etats de Sokoto, du Niger et de Zamfara, vont suspendre la charia. Elle ne devrait en outre à l’avenir n’être appliquée que sur le code civil (mariage, divorce, héritage ou succession). Ce code civil a toujours été en vigueur dans les provinces musulmanes du nord nigerian. La suspension de l’application de la charia, entrée en vigueur en janvier dernier dans l’état de Zamfara, entraîne une levée immédiate des mesures d’interdiction de vente d’alcool, de prostitution et de jeux de hasard. Il n’y aura plus non plus de systèmes de transport publics où hommes et femmes sont séparés. D’autres Etats de la fédération, dont ceux de Yobe et Kaduna, avaient l’intention d’imposer la loi islamique.
Le renoncement provisoire à une référence à la loi coranique a pour but de maintenir l’ordre et la confiance entre les populations de confessions religieuses différentes vivant ensemble dans les états concernés. Pour l’instant, on ignore cependant si la suspension de la mesure est définitive ou non. Le gouverneur de l’Etat de Zamfara, Ahmed Sani à l’origine de la «fièvre» de la charia au Nigeria, a déclaré avoir accepté de renoncer à son application «au nom de la paix».
Depuis plus d’une semaine musulmans et chrétiens se livrent une bataille sans précédent à cause de la charia. Au moins 700 personnes ont été tuées depuis le 21 février. Les troubles ont éclaté lors d’une marche de protestation de chrétiens à Kaduna, capitale de l’Etat du même nom. Ils se sont par la suite étendus aux parties sud-est de la fédération.
Face à la gravité des violences interreligieuses, la Conférence épiscopale des évêques du Nigeria a lancé, le 28 février dernier, un appel au gouvernement fédéral pour une «action vigoureuse» contre les troubles. «Il n’est pas trop tard (…) pour stopper cette folle course vers un suicide national», souligne notamment la Conférence, dans un communiqué de presse.
Le président Olusegun Obasanjo, chrétien du sud, qui s’est rendu en début de semaine à Kaduna pour constater de visu la gravité des heurts entre musulmans et chrétiens de la semaine dernière, devait s’adresser ce mercredi à la nation, dans un message radiotélévisé. (apic/ibc/mp)




