Les Palestiniens se sentent exclus de la visite de Jean Paul II
Israël: Les rabbins orthodoxes mettent en garde contre les manifestations anti-papales
Jérusalem, 17 mars 2000 (APIC) Les rabbins orthodoxes israéliens ont mis en garde les extrémistes juifs contre d’éventuelles manifestations anti-papales. «Israël doit accueillir le pape de manière digne», a déclaré Avraham Ravitz sur les ondes de la radio israélienne. De leur côté, les Palestiniens se sentent exclus de la visite de Jean Paul II, des centaines d’entre eux n’ayant pas reçu l’autorisation de se rendre à la messe à Nazareth.
Parlant au nom de tous les rabbins orthodoxes, Avraham Ravitz a rappelé à ce propos la présence des minorités juives vivant dans les pays chrétiens. «Nous devons être conscients de notre responsabilité», a déclaré le rabbin, qui est aussi député à la Knesseth. «S’il devait pourtant y avoir des actions contre le pape Jean Paul II, le monde doit savoir que ce ne sont que quelques extrémistes qui en seraient responsables.»
Ces dernières semaines, des extrémistes juifs ont protesté notamment devant le siège du Grand Rabbinat d’Israël contre l’arrivée mardi de Jean Paul II en Israël. Baruch Marzel, chef du mouvement raciste juif «Kach», une organisation interdite connue pour ses positions anti-arabes extrêmes, a annoncé qu’il ferait tout pour saboter la visite du souverain pontife. Le pape est accusé par Baruch Marzel de poursuivre «l’histoire bimillénaire de la haine des chrétiens contre les juifs» en signant l’accord entre le Saint-Siège et le «meurtrier» Yasser Arafat.
Israël devrait demander pardon pour les souffrances infligées aux Palestiniens
De son côté, Affif Safieh, ambassadeur de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) auprès du Vatican, a une nouvelle fois déclaré qu’à l’instar du «mea culpa» du Vatican, Israël devrait demander pardon pour les souffrances infligées aux Palestiniens. Cet appel à un examen de conscience de l’Etat d’Israël a été repris par le ministre égyptien des Affaires étrangères Amr Moussa.
Emil Jarjoui, chef de la commission ministérielle de l’Autorité palestinienne pour la visite du pape à Bethléem, a exprimé pour sa part l’espoir que la visite prévue du pape au camp de réfugiés palestinien de Dahaishe, à Bethléem, avec le grand battage médiatique qui l’accompagne, apportera un soutien à la cause des réfugiés. Les Palestinien demandent «un droit au retour» des réfugiés chassés de leurs terres lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948, ou alors une compensation financière pour les pertes subies.
Faysal Husseini, directeur général de la «Maison de l’Orient», le siège de l’OLP à Jérusalem-Est, a déploré publiquement la mise à l’écart des Palestiniens de la visite du pape et la fermeture de toutes les écoles et de nombreux commerces durant la visite de Jean Paul II, ainsi que l’accès limité à un important hôpital palestinien.
Sentiments mitigés dans la population israélienne
Dans la presse israélienne, le ton à l’égard du pape n’est pas toujours tendre, notamment concernant le contentieux historique entre juifs et chrétiens, le «silence sur l’Holocauste» et la figure controversée pour les juifs du pape Pie XII. La défense des droits nationaux palestiniens mais également la position du Saint-Siège concernant le statut de Jérusalem – dont Israël, en violation du droit international, a annexé la partie orientale arabe – font également problème, le Vatican n’acceptant pas la vision israélienne de la «capitale éternelle réunifiée».
Dans une contribution au quotidien israélien «The Jerusalem Post», le directeur du Conseil de Coordination Interreligieuse en Israël, Ronald Kronish, rappelle à ses concitoyens quelques vérités sur les rapports entre juifs et chrétiens. Se demandant si les juifs associent encore les chrétiens aux croisés, aux antisémites et aux missionnaires de l’époque médiévale, il relève à la veille de l’arrivée de Jean Paul II un malaise croissant concernant ses «chances de succès» en Israël.
Malgré les aspects négatifs du passé, il plaide pour une nouvelle manière de voir et de comprendre les chrétiens d’aujourd’hui, en particulier les catholiques. «Au lieu d’insister sur une vision des chrétiens comme les éternels ennemis ou persécuteurs, nous pouvons envisager l’Eglise catholique et son pape comme nos partenaires dans le dialogue» pour soigner et améliorer le monde.
L’Eglise catholique a fait sa révolution, et nous ?, se demande Ronald Kronish
Et Ronald Kronish de demander aux juifs de reconnaître que l’Eglise catholique «est passée par une révolution majeure dans son attitude à l’égard du judaïsme ces 35 dernières années», un changement initié par le Concile Vatican II dans les années 60, et marqué en particulier par le «célèbre document ’Nostra Aetate’ de 1965». Ce fut le point de départ d’un programme sérieux et soutenu de dialogue inter-religieux entre responsables catholiques et juifs.
Par la suite, l’Eglise catholique a adopté toute une série de documents importants, répudiant son ancienne «doctrine du mépris», exonérant les juifs, par exemple, de la responsabilité de la mort de Jésus, les reconnaissant comme leurs «frères aînés dans la foi». Ronald Kronish mentionne également les nombreuses documents condamnant l’antisémitisme, ou la déclaration de mars 1998, «Nous nous souvenons, réflexion sur la shoah».
La visite du pape, étape majeure dans le processus de normalisation judéo-chrétienne
Le responsable du Conseil de Coordination Interreligieuse fait aussi mention de l’Accord fondamental entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël signé en 1993, qui reconnaît l’Etat d’Israël. L’établissement des relations diplomatiques qui suivra a lui aussi été réalisé sous le pontificat de Jean Paul II, relève Ronald Kronish. Le pape polonais avait également fait un geste spectaculaire le 13 avril 1986 en visitant la Grande Synagogue de Rome.
Déplorant les suspicions et les objections, le responsable de la Coordination Interreligieuse insiste: «Malheureusement, [tous ces développements positifs] ne sont pas connus largement ou appréciés dans les milieux juifs. (…) La visite du pape en Israël sera une nouvelle étape majeure dans le processus de normalisation entre juifs et chrétiens». (apic/haar/jpost/kna/be)




