B : Les pharmaciens catholiques prennent position sur l’euthanasie
Une dépénalisation ouvrirait la voix à «des risques de dérive»
Bruxelles, 20 mars 2000 (APIC) Les pharmaciens catholiques belges estiment que problème de la souffrance, au cœur du débat sur l’euthanasie, ne se résoudra pas par «une transgression de l’interdit fondamental de l’homicide», mais par le choix d’accorder la primauté à «la vie, la solidarité, l’accompagnement et au soulagement de la douleur». Telle est l’une des conclusions que leur Association vient de réaffirmer publiquement. Ils veulent le maintien légal de l’interdiction de l’euthanasie. Dans le cas contraire, on risque de voir se multiplier des dérives inquiétantes.
Les pharmaciens catholiques ont été particulièrement sensibilisés au problème par les drames de conscience qu’ont vécu des confrères des Pays-Bas, amenés à dispenser à la demande des médecins des «kits euthanasiants». Le problème a relancé leur réflexion sur la «demande d’euthanasie», sur les risques de dérives et sur le fait de préserver la liberté de conscience des soignants.
L’euthanasie est un problème qui concerne aussi les pharmaciens en Belgique, car il y a des «demandes d’euthanasie» qui leur sont quelquefois adressées. Le fait a été confirmé par des étudiants-stagiaires en pharmacie, lors d’une recherche en bioéthique, menée en 1996-1997 sous la direction du professeur Pierre-Philippe Druet, aujourd’hui décédé, et d’un pharmacien d’industrie, Alain Lejeune, président de la Commission bioéthique de la Fédération internationale des pharmaciens catholiques. De telles demandes d’euthanasie proviennent rarement du malade, mais plutôt des proches, qui désirent soulager ses souffrances. Dans ce cas, «un accompagnement plus humain, une meilleure thérapie de la douleur avec les soins palliatifs apportent une réponse souvent appréciée tant par le malade que par ses proches»; commente l’Association Belge des Pharmaciens Catholiques (ABPC).
Commentaire sur l’expérience hollandaise
Faut-il légiférer? se demande Alain Lejeune. «L’expérience vécue chez nos voisins hollandais démontre avec combien peu de rigueur la loi est suivie», souligne-t-il encore. La déclaration a posteriori auprès du Procureur de la reine n’est pas toujours faite. L’euthanasie – aide au suicide – devient réalité. L’euthanasie est aussi une façon pour le malade qui se sent une lourde charge (morale ou financière) pour sa famille de se déculpabiliser en souhaitant une fin plus rapide de sa vie, via un acte médicalisé.
Alain Lejeune poursuit: «L’euthanasie d’un malade en phase terminale, ou de malades conscients qui en ont fait la demande expresse et répétée est un concept largement dépassé. Légaliser l’euthanasie a conduit les Pays-Bas à une proposition de légalisation de celle-ci pour des adolescents de plus de 12 ans qui en exprimeraient le souhait. Devant le scandale, cette proposition a été retirée. Les risques de dérives sont bien réels, dès qu’il y a dépénalisation. Le plus grand des risques de l’euthanasie est qu’elle est un acte définitif, irréversible»
Les pharmaciens catholiques s’interrogent également sur «la solitude du soignant». Le risque est grand, à leurs yeux, qu’une dépénalisation de l’euthanasie n’aboutisse, en fait, à permettre à des tiers de «faire pression sur le médecin, devenu ’un ange de la mort’ – ce qui est contraire à toute la médecine se réclamant du serment d’Hippocrate – pour qu’il prescrive un acte euthanasique». Or, précise encore Alain Lejeune, «la préparation du cocktail mortifère dépend du pharmacien et l’application de cet acte dépend de l’infirmière. Le médecin peut en appeler à la clause de conscience. Le pharmacien ou l’infirmière devraient eux aussi pouvoir oeuvrer selon leur conscience. Il conviendrait donc d’inclure dans les comités d’éthique le pharmacien – expert en médicaments – poste non prévu à ce jour par le législateur».
Pour le statu quo
Après avoir envisagé le problème sous différents aspects, l’Association belge des pharmaciens catholiques a tenu à réaffirmer plusieurs principes face à l’euthanasie. Le problème traité, précisent-ils, concerne ici «exclusivement la fin de la vie», l’euthanasie étant considérée comme acte «thanatogène», donc visant à entraîner la mort, lorsque cet acte est «demandé de façon expresse et répétée par un malade conscient, en phase terminale».
Face à ce problème, les pharmaciens catholiques redisent d’abord leur souci primordial: le soulagement et la guérison des patients qui visitent leurs officines. Ils réaffirment leur «opposition à toute action thanatogène, et à toute aide au suicide». Pour eux, il faut «accorder la priorité aux soins palliatifs et à leur développement tant à l’hôpital qu’à domicile, au moment où les progrès de la pharmacothérapie permettent une action majeure contre la douleur».
Les pharmaciens catholiques insistent aussi sur «la nécessité du débat éthique, autour de toute demande, en équipe soignante. Ils redisent l’importance des lieux de «consultation et délibération des questions spécifiques à certains patients que sont les comités d’éthique hospitaliers, créés par l’arrêté royal du 12 août 1994, dans le cadre de la Loi sur les hôpitaux.
Enfin, l’ABPC souligne l’exigence pour tous les soignants – et particulièrement les pharmaciens – de pouvoir exercer leur art selon leur conscience». L’association belge, tout comme la Fédération Internationale des Pharmaciens Catholiques l’a fait notamment à son congrès de Madrid, en mai 1999, réclame donc «le droit au recours à la clause de conscience, au même titre que les médecins». Estimant qu’une dépénalisation «pourrait conduire à des euthanasies à caractère eugénique, socio-économique et financier», l’ABPC souhaite, dans l’intérêt même du patient, le maintien du statu quo par le législateur. (apic/cip/ba)




