Entrave à la liberté religieuse dénoncée
Inde: Des chrétiens protestent contre les nouvelles conditions exigées pour les conversions
New Delhi, 22 mars 2000 (APIC) Des groupes religieux sont intervenus auprès de la Cour Suprême de l’Etat d’Orissa pour demander l’annulation d’un ordre exigeant l’obtention d’une autorisation officielle avant toute conversion. Cet ordre a été introduit en novembre dernier par le gouvernement de l’Etat d’Orissa alors dirigé par le Parti du Congrès.
La conversion au christianisme est une question très controversée dans l’Etat d’Orissa. En janvier de l’an dernier, le missionnaire baptiste australien Graham Stuart Staines et ses deux fils ont péri dans l’incendie de leur voiture, provoqué par des fondamentalistes hindous. Ceux-ci reprochaient en effet au missionnaire de convertir des autochtones.
En septembre de l’an dernier, le prêtre catholique Arul Doss du diocèse de Balasore a été aussi assassiné dans la région d’Orissa, apparemment pour les mêmes motifs.
Une délégation de dix chrétiens a rencontré le nouveau Premier ministre de l’Etat, Naveen Patnaik, le 12 mars, pour lui demander l’abandon de cette nouvelle réglementation. Le Premier ministre a assuré la délégation qu’il se conformera à la Constitution et à son fondement laïc.
Mais l’évêque catholique de Balasore, dans l’Etat d’Orissa, Mgr Thomas Thiruthalil, a déclaré que l’administration semble vouloir suivre l’initiative du parti du Congrès.
Selon les amendements apportés à la loi sur la liberté de religion de 1989, promulgués par le gouvernement de l’Etat d’Orissa le 26 novembre de l’an dernier, toute personne voulant changer sa religion devra déclarer à un magistrat qu’elle le «fait de son plein gré».
Le magistrat devra ensuite adresser la déclaration à la police pour vérifier qu’il n’existe pas d’objection à cette proposition de conversion avant de délivrer l’autorisation. Le prêtre concerné devra indiquer la date, le moment et le lieu de la cérémonie de conversion» au magistrat de district 15 jours avant celle-ci.
«Peine d’emprisonnement de deux ans»
La violation de ces clauses est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans et d’une amende si la personne convertie est un mineur, une femme, un autochtone ou un membre d’une caste inférieure.
Pour l’archevêque Raphael Cheenath de Cuttack-Bhubaneswar, président du Conseil régional des évêques catholiques de l’Etat d’Orissa, «cet ordre est une violation des droits de la personne. La liberté de religion est complètement supprimée par cet ordre.»
L’archevêque Cheenath a qualifié cet ordre «d’atteinte à la liberté de conscience». Toute cette procédure, a-t-il ajouté, est rendue dépendante de la décision de la police locale qui peut être achetée.
Il est peu probable en effet, que cet ordre soit invoqué si un chrétien renonce à sa foi pour se convertir à l’hindouisme, a fait remarquer le prélat, en rappelant que les chrétiens représentaient moins de 0,5 % de la population de l’Etat d’Orissa qui compte 31 millions d’habitants.
Pas de liberté de religion
«Le nouvel amendement nous prive de la liberté de religion garantie par l’article 25 de la constitution. C’est pourquoi nous sommes allés au tribunal», a déclaré Swarupo Patro, secrétaire général de la Fédération des Eglises baptistes de l’Etat d’Orissa.
En termes réels, a-t-il dit, «un habitant d’un village éloigné voulant devenir chrétien devrait débourser au moins 1’000 roupies (24 dollars EU) pour la préparation et la présentation de sa déclaration et la vérification de la police. «Aujourd’’hui, il y a un prix à payer pour devenir chrétien», a-t-il conclu. (apic/eni/mk)




