Autriche: Proposition de formation d’un gouvernement entre conservateurs et extrême droite
Les Eglises craignent le «poison du racisme et de l’intolérance»
Vienne, 2 février 2000 (APIC) L’accord obtenu mardi soir en Autriche pour la formation d’un gouvernement entre les démocrates chrétiens (OeVP) de Wolfgang Schüssel et l’extrême droite (FPOe) de Jörg Haider, suscite toujours des remous. Non seulement en Autriche même et dans l’Union Européenne, mais également aux Etats-Unis et en Israël, dont le ministre des Affaires étrangères David Lévy a annoncé mercredi le rappel «immédiat» pour consultations de son ambassadeur à Vienne. De leur côté, les Eglises autrichiennes ont mis en garde contre le «poison du racisme et de l’intolérance».
Les conservateurs et l’extrême droite doivent soumettre ce mercredi au président autrichien Thomas Klestil un programme de gouvernement de coalition entre le FPOe et l’OeVP. Ils mettent ainsi au défi la communauté internationale, qui a brandi la menace du boycott si les hommes du populiste Jörg Haider, forts de leur succès aux dernières élections, entraient au gouvernement.
Mardi soir, devant les télévisions du monde entier braquées sur les deux alliés Wolfgang Schüssel et Jörg Haider, ce dernier a tenu un discours modéré, en soulignant son soutien aux valeurs démocratiques et condamnant sans ambages le régime nazi. Malgré cet exercice de rhétorique, il n’a pas convaincu tout le monde, car ses derniers dérapages verbaux datent de quelques jours.
Pétition israélienne
Jörg Haider, dans le passé, n’a pas hésité à louer la politique de l’emploi sous Hitler ou à se produire devant des vétérans de la Waffen SS. Une trentaine de députés israéliens de l’opposition de droite et de la gauche au pouvoir ont signé mardi une pétition appelant le président autrichien Klestil à empêcher l’entrée au gouvernement du FPOe, rappelant que «les nazis sont aussi arrivés au pouvoir à la suite d’élections démocratiques». Les députés israéliens affirment que le FPOe de Haider a des opinions racistes et antisémites «qui rappellent les jours noirs des persécution contre les minorités en général et les juifs en particulier, qui a atteint son paroxysme à l’époque de l’holocauste».
Le Comité du Conseil œcuménique des Eglises en Autriche (OeRKOe) a mis en garde contre des décisions influencées par la xénophobie, en appelant à résister au «poison du racisme et de l’intolérance», ainsi qu’à la peur de l’étranger. Les Eglises autrichiennes, rappelant les valeurs de l’Evangile, plaident pour «une société juste, ouverte et humaine» et s’opposeront de façon décidée à toute accusation générale contre un groupe de population et à toute discrimination religieuse et raciale.
Des signes menaçants
L’Action catholique autrichienne (KAOe) voit quant à elle des «signes menaçants» en matière de politique à l’égard des étrangers si le gouvernement de coalition avec le FPOe voit effectivement le jour. Selon l’Action catholique, conservateurs et extrême-droite se sont mis d’accord sur des quotas d’immigration, ce qui revient «de facto à une immigration zéro». Les militants catholiques craignent également un durcissement en matière d’asile et lancent un appel à la vigilance du côté des organisations de défense des droits de l’homme.
Pour le président et le vice-président de la KAOe, Christian Friesl et Otto Friedrich, si la priorité en matière de politique des étrangers doit être actuellement l’intégration, cela ne doit pas conduire à mettre une barrière infranchissable au regroupement familial.
La présidence de la KAOe s’inquiète également de la façon dont le FPOe a réagi aux soucis exprimés par des pays amis de l’Autriche au sujet des développements politiques en cours. «Ce sont des voix qui ont du poids et auxquelles on ne doit pas répondre par des attaques verbales contre d’autres Etats».
L’Eglise observera attentivement le programme du gouvernement
Président de la Conférence des évêques d’Autriche, le cardinal Christoph Schönborn a rappelé en fin de semaine que l’Eglise catholique ne s’immisce pas dans la formation du gouvernement, mais les évêques «vont observer attentivement comment se présentent le futur programme gouvernemental et la pratique politique». L’archevêque de Vienne a toutefois souligné que les partis représentés au Parlement autrichien reconnaissent tous dans leurs déclarations qu’ils se trouvent sur le terrain de la démocratie parlementaire et de l’Etat de droit. D’autre part, a-t-il remarqué, dans tous les partis nationaux, dans des proportions diverses, des chrétiens croyants sont engagés, ce qui est «un signe d’espoir pour la poursuite d’une bonne cohabitation» en Autriche.
Le cardinal Schönborn a déclaré que les évêques autrichiens allaient poursuivre leur ligne éprouvée depuis des décennies de ne pas s’ingérer dans la politique partisane et quotidienne, se bornant à prendre position exclusivement sur des questions fondamentales. «Les critères pour juger les positions politiques du point de vue de l’Evangile sont les grandes questions de la justice et de la tolérance, de la paix, des droits de l’homme, du respect de la vie dans toutes ses étapes». (apic/kap/be)




