Les Eglises portoricaines fer de lance de la résistance
Porto Rico: Zone d’entraînement de la marine militaire américaine contestée
San Juan, 22 février 2000 (APIC) Les zones d’entraînement de la marine américaine à Porto Rico sont de plus en plus contestées. Les habitants n’en veulent plus. Et les Eglises portoricaines sont aujourd’hui le fer de lance de la contestation. De la résistance.
Des manifestants de manifestants, soutenus par les Eglises protestantes et catholiques, bravent depuis dix mois l’interdiction de pénétrer dans la zone d’entraînement militaire de la marine américaine de la petite île de Vieques. Ils exigent que la marine américaine évacue la zone de l’île occupée depuis 1941 et utilisée depuis pour des manœuvres militaires et des exercices de tirs.
Les manifestants, composés de syndicalistes, de militants politiques et d’étudiants, entendent mener leur action pacifiquement par des chants et des prières.
Pour les 9’000 habitants de Vieques, les activités militaires perturbent la pêche, freinent le développement économique et sont à l’origine d’un taux de cancer qui est deux fois plus élevé que dans le reste de Porto Rico.
En avril 1999, deux bombes lancées par un chasseur F-18 de la marine américaine ont manqué leur cible et tué un agent civil de sécurité dans la zone militaire. En signe de protestation, des habitants de Vieques et des sympathisants de Porto Rico sont venus s’installer dans la zone de tirs, où ils ont dressé des campements, obligeant ainsi la marine américaine à annuler les manoeuvres militaires.
Les manifestants affirment ne pas craindre les conséquences de leur action. «Si la marine nous expulsait d’ici, cela rendrait les choses encore plus claires. Le monde entier pourrait constater que ceux qui prêchent la démocratie sont les premiers à la fouler aux pieds», déclare le Père méthodiste Enrique Mercado, originaire de Vieques qui a récemment passé trois jours dans un camp évangélique installé dans la zone d’entraînement au début du mois de novembre. Ce camp est géré par le Conseil évangélique de Porto Rico.
Le camp de l’Eglise catholique
Le diocèse catholique de Caguas, dont dépend Vieques, a pour sa part installé un second au début du mois, deux tentes et un petit bureau en bois.
Le 13 février dernier, des manifestants protestants et catholiques ont célébré un service dans une petite chapelle de bois construite sur le terrain d’entraînement.
Selon le prêtre catholique Feliciano Rodriguez, qui coordonne la manifestation catholique, plus de 300 personnes ont demandé à participer à cette action, mais le diocèse n’a pu en accepter qu’un tiers. Les participants apprennent les principes de non-violence et les enseignements de l’Eglise. «La désobéissance civile signifie pour nous discipline et formation. Sinon, cela deviendrait une simple protestation. Les gens savent que nous sommes ici pour prier et oeuvrer en faveur de la paix», a-t-il ajouté.
Si le gouvernement des Etats-Unis décide de reprendre le contrôle de la zone, a fait remarquer le prêtre, les manifestants ne pourront pas résister. Mais d’autres viendront prendre leur place, à moins que la marine ne les empêche d’arriver par la mer.
Plan inacceptable, disent les Eglises
Le gouverneur de Porto Rico, Pedro Rossello, a annoncé l’an dernier qu’il s’opposerait énergiquement à la reprise des essais sur l’île de Vieques. Ce qui ne l’a pas empêché de conclure un marché avec l’administration Clinton qui autoriserait la marine à rester, tout en donnant aux habitants le droit de voter dans trois ans sur la présence de la marine à Vieques. Lors d’une conférence de presse du 16 février à Washington, Bill Clinton a qualifié cet accord de «compromis parfaitement raisonnable».
Les responsables d’Eglise de Porto Rico désapprouvent cet accord. «Ceci n’est pas un problème qui peut faire l’objet d’une négociation. Il s’agit de dire à la marine de nous débarrasser de cet enfer. C’est une simple question de justice», a lancé Eunice Santana, pasteur des disciples du Christ et ancienne membre du collège présidentiel du Conseil oecuménique des Eglises. Pour Robert Rabin, membre du Comité de sauvegarde et développement de Vieques, les deux camps de résistance des Eglises «sont actuellement l’arme la plus importante que possède la population de Vieques contre le projet de reprendre les essais militaires.
S’il n’y avait pas eu l’installation des camps installés par les Eglises, l’armée aurait peut-être procédé à l’arrestation de quelques manifestants. .. Mais aujourd’hui, des prêtres catholiques, des pasteurs méthodistes et baptistes, des femmes et des hommes, sont installés dans la zone. Ceci crée une situation très difficile pour le gouvernement et la marine des Etats-Unis. (apic/eni/mk/pr)




