Congo démocratique: Mgr Kataliko est toujours en exil, la pression internationale s’accentue

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Intervention du cardinal américain B. Law et des évêques italiens

Bukavu/Goma/Rome/Boston, 25 février 2000 (APIC) La pression internationale s’accentue sur les rebelles pro-rwandais du Rassemblement Congolais Démocratique (RCD) qui maintiennent le bannissement de l’archevêque de Bukavu, Mgr Emmanuel Kataliko, confiné à Butembo depuis le 12 février dernier. Après le cardinal américain Bernard Francis Law, c’est au tour des évêques italiens de dénoncer le comportement des rebelles congolais.

Les fortes réactions locales et les pressions internationales avaient pourtant amené le président du RCD, Emile Ilunga, à déclarer dans un premier temps que Mgr Kataliko pourrait rapidement rentrer à Bukavu et que lui-même l’y accueillerait. Lundi 21 février, Ilunga, contacté dans la capitale rwandaise Kigali par la radio «Voice of America», est revenu sur sa décision. Il a déclaré vouloir maintenir les mesures d’éloignement. L’impression, selon les observateurs, est que le pouvoir qui est derrière les rebelles congolais veut se débarrasser d’une voix libre et influente. Il faut rappeler que, durant toutes ces années de guerre, Mgr Kataliko a toujours dénoncé l’insécurité généralisée, les violations des droits de l’homme, les pillages et l’occupation étrangère de cette partie du Congo.

Le cardinal Law dénonce l’acte «scandaleux» des rebelles

Dans une lettre adressée aux Etats-Unis à Edith Grace Ssempala, ambassadrice de la République de l’Ouganda, pays qui occupe avec le Rwanda la partie orientale de la République démocratique du Congo, le cardinal Bernard Francis Law parle d’acte «scandaleux» de la part des rebelles. L’archevêque de Boston et président du Comité de politique internationale de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, dénonce vivement cette atteinte qu’il qualifie d’»affront direct fait aux droits de l’homme de l’archevêque et à sa liberté religieuse».

«Cela démontre d’autant plus les graves violations des droits de l’homme commises par toutes les parties impliquées dans la guerre qui ravage le Congo depuis plus de trois ans». De son côté, la Conférence épiscopale italienne a également réclamé jeudi le retour de l’archevêque Kataliko dans son diocèse de Bukavu. Elle relève que les motifs de l’éloignement de l’évêque, accusé de susciter la haine ethnique alors qu’il est «particulièrement apprécié pour son courage à défendre les droits de tous», sont en réalité le désir d’éloigner une personne qui dénonce «la stratégie de la terreur, des massacres, de l’exploitation et du détournement des ressources du pays, destinées non pas au développement mais au financement de la guerre».

S’attaquer à l’Eglise, dernier obstacle qui empêche la soumission totale du peuple

Et les évêques italiens de déplorer que les Congolais sont ignorés, humiliés et sacrifiés aux intérêts d’un nouvel ordre politique et économique imposé par des puissances étrangères. «Ce grave événement s’insère dans un contexte d’attaques répétées contre l’Eglise catholique dans la région des Grandi Lacs: plusieurs évêques, dont le prédécesseur de Mgr Kataliko, Mgr Christophe Munzihirwa, des prêtres, des religieux et des religieuses ainsi que des laïcs ont été froidement assassinés ou injustement accusées. Des églises, des maisons de paroisse, des couvents, ont été saccagés. L’Eglise catholique, ses ministres, ses œuvres semblent être devenus la cible privilégiée de ceux qui cherchent à détruire l’identité d’un peuple pour mieux le soumettre.»

Les évêques italiens, qui mentionnent les liens créés par les missionnaires actifs au Congo et les nombreux jumelages avec les paroisses de ce pays, appellent les paroisses italiennes à s’unir avec elles par la prière dimanche prochain, 27 février. Ils invitent également les médias italiens à informer de manière plus suivie et plus complète sur l’actualité de la région des Grands Lacs.

Qui s’acharne contre Mgr Kataliko ? Le pouvoir en place à Kigali montré du doigt

Dans un message qu’il vient de rendre public, le collège des consulteurs du diocèse de Bukavu, qui gère les affaires courantes en l’absence de l’évêque éloigné «manu militari», demande à haute voix: «Qui en réalité s’acharne contre Mgr Kataliko?». Et de se demander si les rebelles du RCD ont vraiment quelque chose à décider dans les territoires qu’ils prétendent contrôler ? «Comme pour Mgr Munzihirwa, le régime de Kigali veut se défaire de toute personnalité respectée, unificatrice, qui incarne la conscience morale de la population. C’est ici que prend tout son sens la déclaration que le général Kagame (l’homme fort de Kigali, ndr) avait faite disant qu’avec ou sans la rébellion, le Rwanda continuerait la guerre au Congo.»

La conséquence de cette guerre, poursuivent les responsables du diocèse de Bukavu, «c’est l’insécurité généralisée, les massacres des populations civiles, les violations des droits humains, les pillages, l’afflux massif des déplacés avec leur lot de souffrances. C’est tout cela que Mgr Kataliko a toujours dénoncé.» (apic/bia/misna/be)

25 février 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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