Frères encore divisés mais sur le chemin de l’unité du Christ

Rome: Ouverture de la porte sainte de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs

Rome, 18 janvier 2000 (APIC)»Unitade ! Unitade !’ Ce cri que j’ai entendu à Bucarest durant ma visite me revient fortement en écho. Jean-Paul a ainsi improvisé à la fin de son homélie sur l’unité des chrétiens alors qu’il s’adressait le 18 janvier 2000 aux représentants des Eglises chrétiennes, rassemblés pour la cérémonie d’ouverture de la porte sainte de la basilique romaine de Saint-Paul-hors-les-murs.

’Unitade, Unitade !’ criait le peuple rassemblé pendant la cérémonie oecuménique présidée par Jean Paul II. Catholiques, orthodoxes, protestants, évangéliques, tous ensemble appelaient ’Unité’ !»

«Merci pour cette voix, pour cette voix consolante de ces frères et soeurs ! Peut-être pouvons-nous nous aussi sortir de cette basilique en criant «Unité, unité !» a encore lancé le pape qui souriait et semblait particulièrement en forme.

Pour l’ouverture de cette dernière porte sainte de l’Année jubilaire, Jean-Paul II était entouré de l’archevêque de Canterbury et président de la Communion anglicane George Carey, et du représentant du patriarchat de Constantinople, le métropolite de Helioupolis et Theira, Athanasios. Ce sont donc six mains qui ont poussé ensemble les battants en bois de la porte de droite de la basilique, masquant la porte en bronze fondue à Constantinople en 1070.

Quelques minutes auparavant, la célébration avait commencé sous le portique d’entrée donnant sur un jardin ensoleillé devant la basilique. Vêtu d’une large chape jaune, Jean-Paul II était attendu par une cinquantaine de représentants d’Eglises chrétiennes. Le pape s’est arrêté quelques instants debout face à la grande statue de Saint Paul placée au centre du jardin.

Une courte cérémonie d’introduction a suivi au cours de laquelle le pape a lu en italien le début de la Lettre de Saint Paul aux Ephésiens, passage choisi comme thème de la

semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Mgr Frances Alguire, présidente du Conseil méthodiste mondial, l’évêque arménien du diocèse du Caucase septentrional et l’archevêque orthodoxe de Finlande ont à leur tour poursuivi la lecture de la lettre de Saint Paul.

L’ensemble de la procession remarquable par la diversité des costumes religieux de ses participants – s’est alors déplacée sous les colonnes du portique, en contournant le jardin pour arriver devant les portes de la basilique. Le pape fermait la marche, accompagné d’un diacre catholique et d’un diacre orthodoxe, sous les applaudissements de la foule rassemblée à l’extérieur de la basilique, non loin du Tibre.

S’étant approché de la porte sainte, Jean-Paul II a été rejoint à sa droite par l’archevêque de Canterbury, et à sa gauche par l’archevêque orthodoxe représentant le patriarche de Constantinople, dont la grande traîne rouge était portée par un diacre.

Tous les trois ont poussé ensemble les battants de la porte et se sont agenouillés sur le seuil pour quelques instants de prière.

Le pape était seul, toutefois, au moment de franchir cette double porte, après avoir montré l’Evangile vers l’extérieur de la basilique. Il devait être immédiatement suivi du représentant du patriarchat copte orthodoxe d’Alexandrie, puis de Mgr Longin, archevêque de Klin et représentant permanent du patriarchat de Moscou en Allemagne, et enfin du président de la Fédération luthérienne mondiale, l’évêque Christian Krause. Tous les trois ont présenté l’Evangile en se tournant chacun vers un point cardinal différent, avant d’entrer dans la basilique suivis de l’ensemble de la procession.

Frères encore séparés

«Nous savons que nous sommes des frères encore divisés, mais nous nous sommes placés avec une conviction décidée sur le chemin qui conduit vers la pleine unité du Christ», a affirmé Jean-Paul II quelques instants plus tard, au cours de la liturgie qui se déroulait à l’intérieur de la basilique. «L’Eglise, Corps du Christ, peut-elle être divisée ?» a demandé le pape en évoquant les divisions historiques de l’Eglise comme un témoignage des «faiblesses humaines des chrétiens». «En cette année de grâce doit grandir en chacun de nous la conscience de sa responsabilité personnelle dans les fractures qui marquent l’histoire du Corps mystique du Christ», a-t-il affirmé. Jean-Paul II a insisté ainsi sur la nécessité d’une «conversion intérieure» pour que l’Eglise retrouve son unité, ainsi que d’une «profonde capacité de sacrifice de ce qui est personnel pour rendre l’âme toujours plus fidèle à l’Evangile». «Si nous savons renouveler notre esprit et notre coeur avec le soutien de la prière, a-t-il poursuivi, le dialogue qui est en acte entre nous finira par dépasser les limites d’un échange d’idées et deviendra un échange de dons et un dialogue de la charité et de la vérité».

«Demandons pardon au Christ de tout ce qui dans l’histoire de l’Eglise a porté préjudice à son dessein d’unité», a encore proposé le pape. Jean-Paul II a ainsi souhaité que l’année 2000 «soit pour tous les disciples du Christ une occasion de donner une nouvelle impulsion à l’engagement oecuménique, en l’accueillant comme un impératif de la conscience chrétienne». «De cela dépend en grande partie l’avenir de l’évangélisation, la proclamation de l’Evangile aux hommes et aux femmes de notre temps», a-t-il insisté.

Au moment de conclure son discours, Jean-Paul II s’est exclamé avec force : Unité, Unité !, en roumain, en italien, puis en anglais et en français, en rappelant, sous les applaudissements, le cri que répétaient les Roumains à l’issue de la messe qu’il avait célébrée le 9 mai 1999 en conclusion de sa visite à Bucarest.

Après cette homélie, tous les représentants des Eglises chrétiennes sont

venus l’un après l’autre échanger avec Jean-Paul II un «baiser de paix». La cérémonie s’est conclue par une profession de foi commune, faite en grec, en latin et en allemand, par les représentants du patriarchat grec-orthodoxe d’Alexandrie et du de Roumanie, et par le président de l’Union d’Utrecht.

Les différents délégués des Eglises chrétiennes ont ensuite quitté la basilique suivis de Jean-Paul II. Ils étaient invités par le pape à un repas dans l’abbaye bénédictine qui jouxte la basilique. Jean-Paul II a remercié personnellement chacune des délégations ayant répondu à son invitation.(apic/md/mk/mp)

18 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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