Egypte: Le Parlement a adopté la nouvelle loi controversée sur le «statut personnel»
La femme égyptienne ne peut toujours pas voyager seul à l’étranger
Le Caire, 27 janvier 2000 (APIC) Le Parlement égyptien, composé à 99% d’hommes, a adopté mercredi soir la nouvelle loi controversée sur le «statut personnel». Ce nouveau code facilite le divorce de la femme, qui pourra ainsi quitter plus facilement son mari en cas d’impossibilité de poursuivre la vie conjugale. Mais la femme égyptienne est loin d’avoir obtenu l’égalité des droits: comme auparavant, elle devra toujours disposer de la permission écrite de son mari pour voyager à l’étranger.
Devant le tollé des milieux islamistes, qui voyaient dans cette possibilité une nouvelle menace de désintégration de la famille, le gouvernement égyptien a fait marche arrière. Il a retiré un article accordant à la femme le droit de voyager à l’étranger sans l’approbation de son époux. Ce dernier devra comme auparavant se présenter en personne dans les administrations et apposer sa signature sur les formulaires pour obtenir un passeport pour sa femme. Un homme peut aussi empêcher son épouse de voyager même si elle est munie d’un passeport, en faisant tout simplement parvenir son opposition aux postes frontières.
Le ministre des affaires du parlement Kamel al Chazli rappelait lui-même la veille que la loi devait être conforme à la charia, la loi islamique. Et les règles générales de la charia à ce sujet disposent, selon lui, qu’»une femme ne peut pas voyager sans l’autorisation de son mari».
Mâles applaudissements
Les mâles députés égyptiens ont accueilli l’annulation de l’article par une vague d’applaudissements. Aussitôt interprétée comme un plébiscite par le président du Parlement, Fathi Sorour. En fait, il s’agit d’un compromis, pour mettre sous toit l’un des enjeux de société les plus controversés de ces dernières années en Egypte, la révision de la législation sur le divorce. Jusqu’à présent, un homme peut divorcer de sa femme selon son désir, mais la femme ne pouvait le faire que si elle arrivait à prouver qu’elle était maltraitée. Maintenant, pour la première fois, les femmes vont pouvoir entamer une procédure de divorce sur la base d’une incompatibilité… pour autant qu’elles renoncent au paiement d’une pension alimentaire et restitue la dot reçue lors du mariage.
La liberté de voyager, un enjeu hautement symbolique
Par contre, la femme devra toujours avoir besoin de la permission de son mari pour sortir du pays. Mais le Parlement lui a tout de même donné le droit d’aller en justice et d’obtenir un jugement rapide si son mari abuse de ce droit. Mais, constatent les associations féminines, les cas seront toujours traités par des hommes, étant donné l’absence de juges femmes en Egypte. Même si la grande majorité des femmes égyptiennes n’ont ni les moyens ni les possibilités de se rendre à l’étranger, ce point du «statut personnel» revêtait pour elles une importance hautement symbolique.
De nombreux hommes ont critiqué ce passage du projet gouvernemental en estimant qu’il était contraire à l’islam parce qu’il abolissait la suprématie de l’homme au sein de la famille. Beaucoup étaient également opposés à ce que la loi autorise la femme à entreprendre elle-même une procédure de divorce. Quant aux femmes, la nouvelle loi améliore certes leur statut, mais pas dans la mesure espérée par les militantes féministes égyptiennes. Selon le projet de loi initial, l’épouse pouvait demander le divorce pour incompatibilité, sans avoir à se justifier. L’amendement adopté par les députés prévoit que le tribunal saisi par l’épouse, une Cour de la famille, devra désigner deux «arbitres» des familles des époux avant de trancher.
Si «l’arbitrage» confirme l’incompatibilité, l’épouse devra déclarer devant le tribunal qu’elle «hait son mari et craint de ne pouvoir remplir ses devoirs conjugaux définis par Dieu». (apic/bbc/alAhr/be)




