Satisfaction de la CES, mais pas de triomphalisme
Suisse: L’article constitutionnel d’exception sur les évêchés est abrogé à une large majorité
Berne, 10 juin 2001 (APIC) L’article constitutionnel d’exception sur les évêchés, qualifié par ses opposants de «relique du Kulturkampf indigne d’une Constitution moderne», a été abrogé dimanche en votation populaire. La satisfaction est évidente du côté de la Conférence des évêques suisses (CES), qui s’était engagée pour l’abrogation de cet article «discriminatoire et obsolète».
Mais la CES ne fait montre d’aucun triomphalisme, surtout après «la campagne émotionnelle» des partisans du maintien de l’article d’exception, a déclaré dimanche à l’APIC Marc Aellen, porte-parole de la CES. A l’adresse en particulier des Genevois – la Cité de Calvin a voté en majorité elle aussi pour l’abolition – les évêques assurent «qu’il n’est pas question à moyen et peut-être même long terme de créer de nouveau diocèse» à Genève, voire à Zurich.
«Il n’y a pas d’euphorie, on est enfin débarrassé de cet article et on pense à l’avenir», poursuit-il, en soulignant que la proposition d’abrogation ne venait pas même de la CES, mais du Conseil fédéral et du parlement. Et Marc Aellen de préciser que la CES participera aux discussions sur l’élaboration d’un nouvel article constitutionnel sur les religions souhaité par les opposants à l’abrogation et la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), qui avait laissé la liberté de vote.
Pour la FEPS, il faut s’attaquer à l’élaboration d’un article sur les religions
Marc Aellen relève que l’élaboration d’un tel article constitutionnel ne sera pas facile. Les évêques, même si certains d’entre eux sont sceptiques, apporteront leur contribution et leur soutien, comme ils l’ont déjà dit publiquement ces derniers mois. Interrogé dimanche par l’APIC, le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS, a dit qu’il s’attendait à ce résultat et n’est donc pas surpris.
«Nous pouvons tout à fait accepter ce résultat comme un premier pas en direction d’une nouvelle réorganisation des rapports entre l’Etat, les Eglises et les autres communautés religieuses, a-t-il déclaré. Nous n’étions pas contre l’abrogation de l’article sur les évêchés, mais contre sa suppression pure et simple. Nous estimons que désormais il manque une référence aux relations entre l’Etat, les Eglises et les communautés religieuses et nous estimons qu’une Constitution moderne doit contenir une déclaration positive sur l’existence et l’importance des Eglises chrétiennes et des communautés religieuses par rapport à l’Etat».
Avant la votation, la FEPS a réussi à lancer la discussion sur ce thème. Elle veut s’attaquer dès demain à l’élaboration d’un article sur les religions, en collaboration avec la Conférence des évêques, de l’Eglise catholique chrétienne, les Eglises libres. La contribution des autres confessions et communautés religieuses, comme la communauté juive et les musulmans, est également attendue. Le pasteur Wipf souhaite que ce soient d’abord les communautés religieuses elles-mêmes qui discutent le thème et fassent des propositions, avant d’associer le niveau politique. «Nous devons poursuivre la discussion dès maintenant et j’espère un premier projet (d’article constitutionnel) d’ici à un an».
«La voie est dégagée pour l’avenir !», déclare la CES dans un communiqué
A une large majorité, le peuple et les cantons ont supprimé l’alinéa 3 de l’article 72 de la nouvelle Constitution suisse qui disposait qu’»il ne peut être érigé d’évêché sans l’approbation de la Confédération». «Les évêques suisses accueillent avec satisfaction ce résultat, qui supprime une loi discriminatoire et obsolète, dernier vestige des articles d’exception inscrits dans notre Constitution il y a quelque 130 ans. Il s’agit désormais de regarder vers l’avenir, sans plus jamais se tourner vers un passé – espérons-le – irrémédiablement révolu !», écrit la CES dans un communiqué publié dimanche.
Assurances quant à la création de nouveaux évêchés
Au cours de la campagne, certains ont manifesté leurs craintes quant à la création de nouveaux diocèses en Suisse, par exemple à Genève ou Zurich, et à une «mainmise» du Vatican sur de telles décisions. Les évêques suisses ont tenu à rappeler dimanche qu’il n’est pas question à moyen et peut-être même long terme de créer de nouveau diocèse. «Même si un jour une telle hypothèse devait être envisagée, la décision finale serait le fruit d’une vaste consultation de toutes les parties concernées, y compris de nos frères et sœurs d’autres confessions. Quant à la pratique du Vatican depuis des décennies, elle montre que l’initiative de tels changements est du ressort des Eglises locales concernées.»
La CES réaffirme par ailleurs sa disponibilité à discuter de l’inscription éventuelle d’un article fixant dans la Constitution fédérale les relations entre les communautés religieuses et l’Etat. A son avis, l’élaboration d’un tel texte requerra certainement beaucoup de temps, d’autant que le Parlement avait rejeté très nettement l’idée d’un tel article par le passé. Les évêques se disent en tous cas disposés à collaborer à la rédaction d’une telle disposition.
Les évêques tiennent enfin à réaffirmer leur volonté de poursuivre avec encore plus de conviction le chemin de l’œcuménisme, «dans un environnement désormais débarrassé des vestiges du Kulturkampf». La CES se montrera toujours attentive aux entraves que peuvent parfois aussi subir ses partenaires. «Seuls des hommes et des femmes pleinement libérés de leurs peurs réciproques peuvent espérer leur avenir commun, envisager une unité future dans la richesse de leurs différences», déclarent les évêques suisses dans leur communiqué. (apic/com/be)




