Mgr Bududira: les négociateurs d’Arusha ne sont pas représentatifs
Burundi: Nouvel assassinat d’une religieuse burundaise
Bujumbura, 12 juin 2001 (APIC) Des rebelles hutus des Forces de défense de la démocratie (FDD) seraient – selon les autorités burundaises – les auteurs de l’attentat qui a coûté lundi la vie à Sœur Claire, une religieuse de nationalité burundaise. Depuis octobre 1993, le Burundi est le théâtre d’une nouvelle guerre civile qui a fait au moins 300’000 morts et l’Accord d’Arusha est enlisé.
La religieuse abattue lundi est membre de la congrégation des Disciples du Christ; elle est tombée dans une embuscade tendue près de Rumonge, sur la rive orientale du lac Tanganyika.
Selon l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome, l’attentat a fait en outre deux blessés, un militaire et un civil. Le convoi de trois véhicules, qui se dirigeait vers la capitale Bujumbura, a été stoppé à un barrage improvisé. L’un des véhicules, à bord duquel avait pris place la religieuse, a été mitraillé. Les militaires de l’escorte, plusieurs prêtres locaux, responsables de projets de développement social du diocèse de Bururi, ont pu fuir.
Les divisions ethniques sont alimentées par des puissances extra-africaines
Selon Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi, les analyses faites sur la situation au Burundi – un pays qui serait au bord d’une guerre généralisée – «sont superficielles, parce qu’on ne connaît pas le pays tel qu’il est réellement». Même quand il est animé de bonnes intentions, l’Occident a une vision simpliste de la situation des pays africains, estime-t-il.
Citant le rôle de l’Union Européenne qui patronne les négociations de paix d’Arusha et paie les dépenses des participants, Mgr Bududira considère que l’UE intervient sans s’occuper beaucoup du fait que la plus grande part des partis politiques burundais ne représentent que leurs propres dirigeants. Dix partis tutsis ont participé aux négociations, regroupés sous le nom de «G10», ainsi que sept partis hutus, regroupés sous le nom de «G7». Mais les principaux groupes des rebelles ne sont pas partie prenante: il s’agit des Forces pour la Défense de la Démocratie » (FDD), et des Forces Nationales de Libération (FNL).
Les Accords d’Arusha prévoient la constitution d’un gouvernement d’unité nationale avec un président tutsi et un vice-président hutu pendant les 18 premiers mois, suivi d’une rotation des postes durant les 18 mois suivants. Les partis tutsis n’ont pas encore trouvé d’accord sur la personne du président. Une autre incertitude se profile, en raison du possible retour en force des groupes de rebelles se trouvant en République Démocratique du Congo, qui risquent d’y perdre leur sanctuaire.
Villas payées par les parrains internationaux; armes en échange des diamants
«La plus grande partie de nos hommes politiques ont tout intérêt à faire traîner les négociations, afin qu’ils puissent continuer à être payés par les parrains internationaux, déplore l’évêque de Bururi. Plusieurs d’entre eux, de cette manière, se sont fait construire une maison. Il est inutile en conséquence de financer des initiatives de paix qui n’incluent pas les chefs de la rébellion, les véritables responsables de la guerre».
Pour le prélat burundais, les divisions tribales et ethniques sont alimentées par des puissances extra-africaines: «Ce sont elles qui manipulent nos dirigeants politiques comme des marionnettes. Les groupes politiques et économiques internationaux ont tout intérêt à déstabiliser notre pays. Ils profitent de la dégradation pour donner des armes en échange de diamants ou de bois précieux. Et ils ne paient aucun droit de douane parce qu’il n’y a pas d’Etat. Ces gens nous ramènent 200 ans en arrière. Les Etats riches sont complices de ces trafiquants. Pourquoi, par exemple, le Tribunal international sur les crimes de guerre, ne les poursuit-il pas ?»
Dans cette situation, l’Eglise vit près du peuple et défend ses droits, affirme l’évêque de Bururi: «Les œuvres de l’Eglise locale (écoles, hôpitaux, travaux hydrauliques) sont pour tous, sans distinction d’ethnie. Nos prêtres, nos catéchistes et nos laïcs travaillent comme agents de réconciliation, en contribuant à créer un climat de confiance et de solidarité. En travaillant sur le terrain, nous nous sommes rendus compte que la plus grande partie des personnes veulent vivre entre elles dans la concorde. Les membres de l’Eglise ont payé, et paient toujours, un tribut élevé pour cette mission de réconciliation.» (apic/misna/fides/be)




