Congo RDC: Amnesty International dénonce les exactions commises dans l’est du pays
«Le tribut payé par les populations civiles est hallucinant»
Londres, 19 juin 2001(APIC) La guerre qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo a fait 2,5 millions de morts en quatre ans. C’est le bilan terrifiant des exactions commises notamment par les troupes rwandaises et la rébellion congolaise. Dans un rapport publié le 19 juin, Amnesty International dénonce l’horreur absolue vécue par les populations civiles et lance un appel aux gouvernements pour qu’ils condamnent publiquement les graves atteintes aux droits humains dans cette région.
Dans un rapport intitulé «Dans l’Est de la RDC: un tribut humain accablant», Amnesty International déclare que le gouvernement rwandais et son allié le Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Goma (RCD-Goma) ne peuvent justifier le massacre de milliers de civils congolais, pris au piège de ces combats dévastateurs, en invoquant les menaces qui pèseraient sur la sécurité des frontières du Rwanda. De même, les groupes d’opposition armés rwandais et burundais, majoritairement composés de Hutus, et les milices congolaises connues sous le nom de Maï-maï ne sauraient légitimer ces atteintes aux libertés fondamentales par les combats qu’ils livrent pour expulser les forces rwandaises et leurs alliés du RCD-Goma, estime le rapport.
Au cours des quatre dernières années près de 2,5 millions de personnes ont trouvé la mort à cause de la guerre qui ravage l’est de la RDC. Depuis août 1998, les forces du gouvernement rwandais occupent la majeure partie de cette région, qui représente 16 fois la superficie du Rwanda.
Assassinats et atteintes massives aux droits humains
Amnesty International adresse aujourd’hui un appel aux différentes forces armées en conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC, anciennement Zaïre), afin qu’elles mettent un terme aux assassinats et autres atteintes massives aux droits humains perpétrées à l’encontre de civils non armés.
Depuis la deuxième intervention armée du Rwanda en RDC en 1998, des dizaines de milliers de civils congolais ont été agressés, battus et exécutés en toute illégalité. De nombreux meurtres ont été perpétrés dans des régions riches en minéraux, où les profits tirés de l’exploitation économique alimentent le conflit.
Incapables de s’enfuir, les femmes, les enfants et les personnes âgées sont souvent victimes d’agressions. Les troupes se sont également rendues coupables de nombreuses violences sexuelles, y compris contre de très jeunes filles et des femmes âgées, dénonce Amnesty International. En outre, un grand nombre de femmes sont mortes du manque de soins, les services de santé ayant été détruits au cours de la guerre.
Recrutement d’enfants de moins de douze ans
Par ailleurs, le rapport met l’accent sur le nombre croissant d’enfants recrutés au sein des forces combattantes, de la police et des comités de défense locaux (groupes para-militaires armés composés de civils), dont beaucoup ont moins de douze ans. «Les enfants sont ceux qui souffrent le plus des rigueurs inhérentes à la vie du combattant, surtout dans la brousse, et sont particulièrement vulnérables aux maladies et à la malnutrition», estime Amnesty International. «Souvent maltraités voire exécutés par leurs commandants, ils sont dépourvus de toute protection».
Dans son rapport, le mouvement de défense des droits de l’homme met également le doigt sur les arrestations arbitraires et les détentions illégales, qui constituent «des pratiques généralisées dans les régions contrôlées par les forces de l’armée rwandaise et du RCD-Goma». «Il n’est pas rare que les personnes interpellées sous l’inculpation de collaboration avec les opposants armés le soient en fait pour des raisons politiques. L’immense majorité des personnes incarcérées le sont de façon illégale, pendant de longues périodes, souvent sans chef d’accusation et sans bénéficier de la possibilité de contester les motifs de leur détention devant un tribunal. La nourriture n’est généralement pas distribuée de façon régulière et les familles ne sont pas autorisées à rendre visite aux prisonniers», poursuit le rapport.
Par ailleurs, un grand nombre de prévenus sont placés en détention secrète dans des lieux non officiels, entre autres dans les maisons privées des militaires, afin de leur extorquer de l’argent ou d’empêcher les familles et les avocats de les retrouver. Beaucoup sont torturés ou frappés à coups de barre de fer ou de bâton; des femmes ont été violées.
Harcèlement sur les enquêteurs
Amnesty International dénonce aussi la difficulté et le danger toujours croissants qui touchent les défenseurs des droits humains qui tentent d’enquêter et de publier les résultats de leurs investigations. Ils sont la cible de harcèlements fréquents et il leur est impossible de faire leur travail; certains ont été arrêtés arbitrairement et torturés.
Dans l’est de la RDC, les groupes armés rwandais et burundais, à majorité hutus, ainsi que les milices congolaises Maï-maï, se sont également rendues coupables de meurtres de civils et d’autres exactions systématiques.
Des jeunes filles et des femmes ont été violées par les combattants et menacées de mort si elles tentaient de résister, souligne le rapport. La plupart des enfants qui ont été recrutés ont eux aussi été victimes d’homicides arbitraires et délibérés, de passages à tabac et d’autres formes de torture ou de mauvais traitements. Les filles ont été violées et réduites à un esclavage sexuel.
Amnesty International lance un appel aux gouvernements étrangers, et particulièrement à ceux qui entretiennent des relations étroites avec le Rwanda, afin qu’ils assument leurs responsabilités et condamnent publiquement les graves atteintes aux droits humains commises à la fois par les forces rwandaises et leurs alliés du RCD-Goma, ainsi que par les groupes politiques armés qui leur sont opposés et les combattent. L’’organisation demande qu’une enquête internationale soit menée sur les violations de la législation relative aux droits humains et du droit international humanitaire, afin que les responsables soient traduits en justice. (apic/com/bb)




