Suisse: Un évêque salvadorien déplore «la privatisation de la reconstruction» du pays
L’Eglise est mise de côté par le gouvernement
Berne, 19 juin 2001 (APIC) Plus de quatre mois après le deuxième tremblement de terre qui a affecté le Salvador, le gouvernement est en train de «privatiser la reconstruction» et «n’accepte ni le dialogue avec l’Eglise ni la concertation nationale». C’est ce que dénonce, durant sa brève visite en Suisse, Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador, qui fut collaborateur de Mgr Romero et est aujourd’hui le responsable de Caritas pour l’Amérique latine et les Caraïbes.
Le 13 janvier dernier, un premier tremblement de terre a frappé une vaste partie du territoire salvadorien. Exactement un mois plus tard, le 13 février, une autre secousse sismique a amplifié l’action dévastatrice du tremblement de terre dans ce pays d’Amérique centrale d’à peine 20’000 kilomètres carrés et d’environ six millions d’habitants.
Plus de mille morts, plusieurs milliers de disparus, 200’0000 habitations détruites, un million et demi de personnes sans abri, tels est le bilan officieux de ce cataclysme – dans un pays qui, avec 300 habitants au kilomètre carré, possède une densité de population «à l’européenne», comme l’explique Mgr Rosa Chavez.
Les Eglises attelées à la reconstruction
L’Eglise catholique romaine, en collaboration avec plusieurs Eglises évangéliques, organisations non gouvernementales et secteurs de la société civile, s’est attelée à la tâche de reconstruction et a élaboré des propositions de concertation pour mettre en place ces initiatives.
«Cependant, à ce jour, le gouvernement du président Francisco Flores n’a ni accepté la concertation nationale ni entamé un dialogue avec l’Eglise», a déploré Mgr Rosa Chavez lors d’une interview accordée à l’agence de presse œcuménique ENI. Par ailleurs, ajoute le prélat, «tout indique que l’on est train de privatiser la reconstruction». Les gouvernants «pensent que l’entreprise privée est la seule possédant l’expérience requise pour diriger cette tache. Et de cette façon, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres.»
En ce qui concerne la coopération internationale, les résultats à ce jour sont limités. Seuls 300 millions de dollars ont été reçus à titre de donation, le reste étant composé de crédits et de prêts à rembourser. «Au niveau de la coopération, l’Europe s’est montrée plus sensible que Etats-Unis» précise Mgr Rosa Chavez, qui passe rapidement en revue les résultats d’une rencontre des pays donateurs ayant eu lieu en mars à Madrid, en Espagne.
Le gouvernement fait la sourde oreille
«Les délégués européens ont approuvé les plans de la société civile salvadorienne qui défend la nécessité de concertation pour garantir une véritable reconstruction, la transparence dans l’utilisation des fonds, et propose de s’attaquer au problème de la profonde fragilité économique sociale et écologique», a expliqué le prélat. Or le gouvernement ne réagit pas à ces idées, propositions et initiatives. «En tant que membres de la Conférence épiscopale, nous avons publié deux documents sur le thème, l’un en janvier et l’autre en février, le jour même du deuxième tremblement de terre, sans recevoir aucune réponse officielle.»
Le gouvernement ne veut pas non plus accepter deux autres critères importants: la nécessité de la décentralisation des ressources et le renforcement du pouvoir des municipalités, a fait observer Mgr Rosa Chavez.
Si le gouvernement n’accepte pas le rôle important des municipalités, c’est «parce qu’il a une vision ’électoraliste’ de la reconstruction. Il craint en effet qu’un renforcement des municipalités ne conduise à un résultat qui lui serait défavorable lors des prochaines élections.»
La «dollarisation» du pays
L’évêque se déclare très préoccupé par «la dollarisation» de l’économie en cours dans le pays depuis le début de l’année – c’est-à-dire l’introduction du dollar comme monnaie d’échange. «Une récente enquête a montré que la majorité des gens, et notamment les plus défavorisés, s’opposaient à ce programme, car il fera du tort à plusieurs secteurs, comme les petites et les moyennes entreprises.»
En conclusion, Mgr Rosa Chavez souligne l’importance des initiatives œcuméniques dans son pays et d’autres pays de la région. Il constate certains progrès au Salvador et au Guatemala sur le plan du travail en commun. «Les Eglises ont beaucoup collaboré durant la guerre. En particulier, avec les luthériens, avec l’Eglise épiscopale ou anglicane, et une branche de l’Eglise baptiste … tous cheminant dans la même direction.» (apic/eni/bb)




