Message de Jean Paul II à Kofi Annan

ONU: Le pape précise la position du Saint-Siège sur la pandémie du sida

Rome, 27 juin 2001 (APIC) Le pape a envoyé un message personnel au secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan à l’occasion de la session extraordinaire de l’ONU qui se tient sur le sida du 25 au 27 juin à New York. Jean Paul II, qui parle à propos du sida «d’une des catastrophes majeures de notre époque», répond à Kofi Annan, qui lui avait envoyé une lettre demandant de préciser la position du Saint-Siège à propos du sida.

La session extraordinaire de l’ONU se conclut mercredi par l’adoption d’une résolution finale en faveur de la lutte contre la pandémie qui a déjà tué plus de 22 millions de personnes dans le monde. Les discussions ont mis en évidence les tabous qui entourent la sexualité et le sida, notamment dans les milieux islamiques et certains pays catholiques.

En raison de résistances des pays islamiques, les Occidentaux ont accepté de laisser tomber dans le texte de la déclaration finale les références aux groupes particulièrement vulnérables au virus HIV: homosexuels, toxicomanes, migrants et prostitués. Certains autres termes ou aspects controversés de la déclaration ont longtemps bloqué les discussions, comme «droits de l’homme», «groupes vulnérables», «droits des femmes» et «obstacles culturels». Ce compromis, qui ne contient plus de référence à l’orientation sexuelle, a été finalement adopté mardi par les quelque 160 pays participant à la conférence de New York.

Le droit d’accès aux médicaments des pauvres atteints du sida ainsi que la transmission de la maladie de la mère à l’enfant sont les deux principaux problèmes que Jean Paul II a demandé de prendre en compte durant la session extraordinaire de l’ONU.

«La transmission du sida de la mère à l’enfant est une question extrêmement douloureuse», écrit Jean Paul II. Il s’agit pour lui du premier problème qui lui tient particulièrement à cœur. «On se trouve face à une situation qui ne peut laisser la communauté internationale sans réaction», explique-t-il. Pour le pape, le second problème est celui de l’accès des malades du sida aux soins médicaux, citant en particulier les «thérapies anti-rétrovirales».

Médicaments anti-sida: plaidoyer du pape pour baisser les coûts

Jean Paul II déplore un coût «excessif, parfois même exorbitant» de ces médicaments, demandant leur libéralisation dans les pays pauvres, au nom «du droit de chaque individu à la santé». «Je souhaite de tout cœur que les premières prises de position favorables se concrétisent rapidement par un soutien effectif», continue le pape, rappelant «la responsabilité morale» de la communauté internationale face à «une des catastrophes majeures de notre époque».

Le Saint-Siège rappelle que trois pays – le Brésil, l’Inde et la Thaïlande – peuvent fournir des produits pharmaceutiques permettant d’alléger la souffrance des malades et de prolonger la vie pour un coût annuel de 350 dollars. Or ce traitement coûte actuellement entre 10’000 et 15’000 dollars du fait des lois internationales sur la propriété intellectuelle. «De tels médicaments d’utilité publique ne devraient pas être soumis à la loi des brevets», souligne-t-on à Rome.

Pour Jean-Paul II, cette session internationale «est une initiative opportune» dans la lutte contre la maladie. Il tient en particulier à saluer, dans son message, «les efforts actuellement en cours sur le plan national, régional et international pour relever ce défi», soulignant notamment la mise en place prochaine du Fonds mondial «sida et santé» par l’ONU. Il s’agit, pour lui, d’un «motif d’espoir pour tous».

«On veut que l’Eglise accepte le préservatif pour avoir la conscience plus tranquille… «

C’est la délégation du Saint-Siège, guidée par Mgr Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, qui a remis à Kofi Annan la lettre signée personnellement par Jean Paul II en réponse à sa lettre d’invitation. Le problème n’est pas le préservatif, estime le chef de la délégation vaticane à New York: «L’Eglise catholique s’est toujours opposée au libertinage, je pense qu’il y a une conscience universelle qui veut que l’Eglise soit la conscience du monde (…) Le monde veut que l’Eglise accepte le préservatif pour avoir la conscience plus tranquille… «.

Mais, ajoute le prélat, «le débat ne porte pas sur la question ’oui ou non au préservatif’. Il y a des raisons plus complexes, comme les valeurs que le monde a perdues, à savoir le sens sacré de la vie, le sens sacré de l’amour, le sens sacré du sexe. Il est important de retrouver ces valeurs dans un monde séculier qui a banalisé l’amour et le sexe. Le problème n’est pas le préservatif mais bien la préservation de la vie ! «

Dans le discours en français qu’il a prononcé à l’ONU, Mgr Lozano Barragan mis en évidence le soutien de l’Eglise dans ce combat contre le sida, qui touche actuellement 100 millions de personnes dans le monde, aussi bien les personnes porteuses du virus que les 36,5 millions de personnes infectées, dont 24 millions en Afrique. «Le soutien majeur pour les gouvernements est bien l’Eglise catholique», estime le prélat, qui déclare que 25 % des centres d’accueil sont gérés soit par des organismes ecclésiaux catholiques, soit par des organisations non gouvernementales catholiques. Ce qui fait de l’Eglise catholique «le premier partenaire des gouvernements».

Le responsable du Vatican propose par exemple de soigner davantage l’éducation à l’école sur les valeurs de la vie, de l’amour et du sexe, d’éduquer et d’informer sur le sida, de multiplier les centres d’accueil, mais aussi d’»éradiquer l’exploitation sexuelle liée au tourisme sexuel et à l’émigration». Si le sida connaît actuellement une grande expansion en Inde et en Thaïlande, explique le prélat, c’est à cause du commerce sexuel, «car un grand nombre de jeunes filles sont infectées par le virus». (apic/bbc/imedia/be)

27 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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