Prise de position signée par 40 évêques

Pax Christi international relance l’action pour le désarmement nucléaire

Bruxelles, 1er mai 2001 (APIC) La menace de l’arme nucléaire est toujours là. Par incohérence des Etats. Les citoyens devraient dénoncer cette folie, il y a urgence. C’est l’appel lancé fin avril par le mouvement Pax Christi International, à l’occasion de la session de printemps de son Comité directeur.

L’appel s’adresse à la communauté internationale et en particulier aux Eglises. Il s’accompagne d’une déclaration signée notamment par une quarantaine d’évêques catholiques. «Les armes nucléaires, qu’on les utilise ou qu’on en brandisse la menace, c’est le mal radical; elles sont donc moralement indéfendables. Engins de destruction massive, elles massacrent les innocents et ravagent l’environnement». Ainsi s’exprimaient en 1998 le cardinal Godfried Danneels, alors président international de Pax Christi et le pasteur Konrad Raiser, secrétaire du Conseil Oecuménique des Eglises. Tous deux s’adressaient aux Etats en vue de la révision du Traité de Non-Prolifération nucléaire, conclu en 1968.

Le Traité révisé, s’est «enrichi» en mai 2000 d’une nouvelle promesse des Etats à «entreprendre des actions sans équivoque pour arriver à une élimination complète des arsenaux nucléaires». Or, jamais jusqu’ici, les Etats disposant de l’arme nucléaire n’ont tenu leurs promesses, souligne Pax Christi. Faut-il s’étonner qu’il n’y ait toujours pas de calendrier précis pour une élimination de cette arme? Au contraire, des Etats comme l’Inde et le Pakistan ont fait ces dernières années le choix d’intégrer à leur tour l’armement nucléaire dans leur stratégie de sécurité.

Etats-Unis et Russie, même combat

Pax Christi ne les met pas seuls en cause. «Les Etats-Unis et la Russie sont en train de moderniser leur armement nucléaire et d’en renforcer le rôle. L’opinion publique y prête peu d’attention. Ceci est dû en partie à la croyance erronée que, depuis la fin de la guerre froide, les armes nucléaires ne représenteraient plus un sérieux danger».

Et, pourtant, il est plus que jamais indispensable d’arriver à un désarmement nucléaire «parce que, pour la première fois depuis Hiroshima et Nagasaki, il y a aujourd’hui un risque réel d’utilisation des armes nucléaires, dans un accès de colère, avec des conséquences désastreuses pour l’Humanité tout entière». Que peut l’opinion publique pour abolir l’armement nucléaire? Les citoyens peuvent inciter leurs dirigeants politiques à prendre des engagements en conséquence, précise Pax Christi. Ils devraient spécialement dénoncer «l’incohérence» des puissances nucléaires: «Elles insistent toujours sur le fait que leur propre sécurité dépend du maintien de leur armement nucléaire, tout en proclamant que la sécurité des autres Etats dépend justement de leur renonciation à ce même armement».

Dangers

A l’attention des Eglises et autres organisations qui doivent sensibiliser l’opinion publique aux facteurs de risque pour la sécurité commune, Pax Christi relève une série de dangers particuliers. D’abord, on va sans doute vers une prolifération des armes nucléaires, à l’exemple de l’Inde et du Pakistan. Il y a donc augmentation du risque que ces armes nucléaires soient employées, par inadvertance ou par erreur de calcul, comme à l’occasion du conflit du Cachemire. En réalité, c’est partout dans le monde que le risque d’une frappe nucléaire peut se produire «par hasard, par accident ou par inadvertance», note Pax Christi.

Ce danger multiple est lié aux refus de plusieurs Etats de s’engager sur la voie d’une élimination radicale de l’armement nucléaire. L’Inde et le Pakistan n’ont pas signé le Traité de non-prolifération. Les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié et brandissent toujours l’arme nucléaire comme instrument de dissuasion à l’égard d’éventuels Etats «terroristes» ou «agresseurs».

La Russie et la Chine justifient leur modernisation de l’armement nucléaire par l’existence d’une menace nucléaire ailleurs. L’option pour l’armement nucléaire a un effet d’entraînement sur les autres Etats. En outre, elle favorise le développement d’autres types d’armements, dont les armes chimiques et biologiques: même ces «armes du pauvre» peuvent avoir des effets de destruction massive! Pax Christi s’en prend particulièrement aux plans américains de «bouclier nucléaire antimissiles»: «C’est une idée déstabilisante et provocatrice, qui compromet gravement le contrôle des armements et les efforts de désarmement des autres Etats.

«Notre vision finale est une paix bâtie sur une sécurité commune basée sur la justice et la réconciliation. Il est du devoir de chacun d’entre nous de lutter pour éradiquer la guerre, pour donner la priorité à la non-violence et pour construire une culture de paix globale». Quelles devraient être les étapes à franchir en vue d’une élimination complète de l’armement nucléaire? Après consultation des experts, le Saint-Siège avait suggéré cette perspective, que Pax Christi reprend à son compte: «Un objectif immédiat de la communauté internationale devrait être d’éliminer les armes nucléaires non-stratégiques, de désactiver les armes en enlevant les ogives des missiles-porteurs, d’instaurer un système garanti de sécurité négative légalement obligatoire, et d’obtenir des Etats nucléaires un engagement à ne pas utiliser en premier les armes nucléaires».

L’assemblée de l’ONU s’est récemment et massivement prononcée sur la nécessité d’une Convention universelle et juridiquement contraignante pour débarrasser le monde des armes nucléaires. A ce propos, Pax Christi se réjouit de la «Résolution sur un nouvel agenda» qui a été adoptée en novembre dernier à l’ONU. Mais pour l’organisation catholique, il n’y a pas seulement nécessité. Il y a urgence! La déclaration se conclut par l’énumération d’une série d’initiatives à prendre par les grandes puissances nucléaires et par les autres pour renoncer à l’usage et la création d’armes nucléaires, pour négocier une élimination progressive des arsenaux existants et un stockage en zone de sécurité et sous contrôle international, sans oublier de «créer des zones dénucléarisées là où elles n’existent pas encore, comme au Moyen-Orient, en Europe Centrale et en Asie du Sud».

La prise de position de Pax Christi International est appuyée par la signature d’une quarantaine d’évêques. Parmi les signataires figurent notamment le patriarche Michel Sabbah de Jérusalem, président actuel du mouvement, suivi des cardinaux Franz König (Vienne) et Godfried Danneels (Malines), anciens présidents; les évêques présidents de Pax Christi dans plusieurs pays d’Europe ; Mgr Shimamoto et Mgr Peter Okada, archevêques de Nagasaki et de Tokyo ; Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar; Mgr Walter Sullivan, évêque de Richmond et président de Pax Christi aux Etats-Unis. (apic/cip/pr)

1 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!