Nigeria: Cinq anglicans vont comparaître devant un tribunal
Pour avoir «sauvé» des adolescentes d’un mariage arrangé
Kano, 2 mai 2001 (APIC) Cinq anglicans – deux prêtres et trois laïcs – vont comparaître devant un tribunal du nord du Nigeria. Ils sont poursuivis pour avoir enlevé deux adolescentes afin de leur permettre d’échapper à un mariage «arrangé» dans une région du pays où la loi islamique est strictement appliquée.
Le chanoine Musa Haruna, le prêtre Isiya Idi, et trois laïcs, qui ont été détenus pendant un certain temps par la police, affirment que les deux soeurs étaient des chrétiennes pratiquantes venues chercher refuge dans leur église.
Le délit d’enlèvement est passible d’une peine maximum de 14 ans de prison selon la loi du pays.
Selon l’évêque anglican Zakka Nyam de Kano, ce cas montre l’influence de la charia – loi islamique – officiellement séparée du droit civil dans le nord du pays – sur l’appareil judiciaire, sous la poussée des extrémistes musulmans. «La charia s’étend partout», constate l’évêque Nyam. «Vivre ici, c’est comme vivre au temps du djihad».
Kano est l’un des neuf Etats du nord qui invoque le droit constitutionnel d’appliquer strictement la loi islamique dans tous les domaines de la vie d’un musulman. La prostitution, le jeu et l’alcool sont interdits, et les voleurs peuvent être traduits devant un tribunal islamique et condamnés à subir l’amputation d’un de leurs membres.
Dans les Etats de la charia, des groupes musulmans – les hisba – opèrent parallèlement aux forces nationales de la police. Le nord du pays est majoritairement musulman. Mais des Etats très peuplés comme le Kano – dont la capitale, troisième ville du pays, s’appelle aussi Kano – comptent aussi d’importantes communautés chrétiennes.
Le prêtre Idi a précisé que les deux adolescentes, Rekya et Dije Garba Chiroma, aujourd’hui âgées de 16 et 17 ans, sont des chrétiennes pratiquantes de la ville de Tudun Wada, au nord-ouest de Kano. Il y a quatre ans, leur père, un animiste, s’est converti à l’islam et a voulu que ses filles, alors âgées de 12 et 13 ans, fassent de même pour pouvoir épouser des musulmans. Devant leur refus, leur oncle les a conduites chez l’imam. Elles déclarent avoir été retenues chez celui-ci pendant six jours.
Elles se sont enfuies et elles ont été conduites par un des laïcs – aujourd’hui accusé – dans une église de la paroisse de Tudun Wada. Peu après, selon le chanoine Haruna et le prêtre Idi, les deux soeurs ont été envoyées chez leur tante.
Vaines tentatives
Le 27 février, à la veille de la première comparution, Rekya s’est présentée à la police, mais celle-ci l’a reconduite chez son père. Depuis, l’autre soeur a quitté la maison de sa tante, et l’on ignore où elle se trouve.
Les cinq anglicans seront présentés au tribunal de Gyade-Gyade le 17 mai. Selon l’évêque Nyam, «la loi islamique est devenue très difficile à supporter, et les chrétiens de la région prennent peur. J’ai essayé, sans succès, de rencontrer le gouverneur. Mon seul espoir est d’écrire à l’émir de Kano, Al Hadj Ado Bayero». (apic/eni/pr)




