Pression de l’opinion publique libanaise
Liban: Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir n’ira pas accueillir le pape en Syrie
Beyrouth, 2 mai 2001 (APIC) Pour des raisons politiques, le patriarche Nasrallah Sfeir, chef de l’Eglise maronite du Liban, n’ira pas samedi accueillir le pape Jean Paul II à Damas. Le cardinal Sfeir, qui dénonce régulièrement depuis plusieurs mois la présence de 35’000 soldats syriens au Liban, a annoncé mercredi qu’il ne se rendra pas en Syrie pour la visite du pape prévue du 5 au 8 mai.
Selon un communiqué publié par Bkerké, siège du patriarcat maronite, cette décision a été prise car «l’opinion publique libanaise estimerait que la présence de Mgr Sfeir aurait une connotation plus politique que pastorale». «Mgr Sfeir aurait voulu participer à cette visite, mais elle est sortie de son cadre pastoral et a pris une coloration politique» pour les Libanais, précise Bkerké.
Une présence «exploitée par la Syrie»
«Le cardinal Sfeir (…) n’y participera pas en raison de l’opinion publique libanaise», ajoute le texte. Mgr Sfeir avait déclaré vendredi dernier au quotidien catholique français «La Croix» qu’il craignait que sa «présence (à Damas) soit exploitée par la Syrie». «Si cette visite était seulement pastorale, bien sûr que je m’y rendrai. Ce serait pour moi un devoir et un honneur, a-t-il répondu au correspondant de «La Croix». Mais cette visite a une autre dimension, politique. J’entends déjà les commentaires : Voyez, le patriarche est venu. Il n’y a pas de problème. Or, je le maintiens, il y a un problème. L’occupation syrienne du Liban (…). Ma visite serait considérée comme un désaveu. Beaucoup de Libanais, et pas seulement des chrétiens, seraient poussés au désespoir. D’autant plus que, de la part de la Syrie, on ne sent aucune volonté de changement important».
Justifiant son rôle politique, le patriarche a déclaré: «Les partis politiques ont été décimés au Liban. La communauté chrétienne a été décapitée. Il faut qu’il y ait un porte-parole. L’histoire et la tradition font que le patriarche ne peut se dérober à ses responsabilités». Le chef de l’Eglise maronite estime que l’appel au retrait syrien du 20 septembre dernier, lancé par l’Assemblée des évêques maronites, a «fait bouger les choses». «Auparavant, personne n’osait évoquer la présence syrienne. Maintenant, tout le monde en parle».
Autre son de cloche: le patriarche melkite souhaite la présence de Mgr Sfeir à Damas
Autre son de cloche chrétien: le patriarche melkite souhaitait vivement la semaine dernière la présence du cardinal Sfeir à Damas. Pour le patriarche Grégoire III Laham, lui-même d’origine syrienne, qui récuse le terme d’»occupation syrienne» du Liban employé par le patriarche maronite. «Il n’y a pas d’occupation syrienne. Cette présence avait été voulue par les Libanais eux-mêmes pour sortir du marasme», a-t-il déclaré au quotidien français «La Croix».
«Mgr Sfeir et moi sommes deux pasteurs, pas des politiciens. Ne nous divisez pas politiquement là où nous sommes unis pastoralement et spirituellement», a lancé le patriarche grec-catholique melkite d’Antioche. Il a également réaffirmé que l’Eglise dont il est le chef est «une Eglise arabe chrétienne» ouverte sans distinction sur l’ensemble des communautés chrétiennes et musulmanes de Syrie et du Liban, rapporte le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour».
Au sujet de la visite de Jean Paul II en Syrie, le chef de l’Eglise grecque-catholique a déclaré que le président syrien a voulu que cette visite s’effectue sur un thème montrant que la Syrie est aussi «une terre chrétienne». La Syrie a demandé que le thème de la visite papale à Damas, «Sur les pas de saint Paul», soit développé et mentionne que la Syrie est «le berceau du christianisme». Originaire de Syrie, mais ayant vécu 26 ans à Jérusalem, Grégoire III a souligne qu’en Syrie on ne connaît pas le problème de l’uniatisme avec les orthodoxes. «Nous sommes l’Eglise des Arabes».
Pour le patriarche melkite, qui réside à Damas, le voyage du pape en Syrie «sera le sommet des visites du Saint-Père dans la région», après ceux du Liban, d’Israël et de Jordanie, «en souhaitant qu’il y ait aussi une visite en Irak», où une première tentative de visite n’avait pas abouti. (apic/orj/be)




