Rien de nouveau à attendre avant l’automne

Suisse: Le cardinal Castrillon Hoyos ne s’est rendu ni à Ecône ni à Menzingen

Ecône/Menzingen, 23 mai 2001 (APIC) Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale «Ecclesia Dei» et chargé par le pape des tractations avec les lefebvristes, ne s’est rendu ni à Ecône (VS) ni à la maison généralice de Menzingen (ZG). D’après les responsables de la Fraternité Saint-Pie X, les derniers contacts entre des membres de la Fraternité et le cardinal Hoyos ont eu lieu le 2 mai dernier à Rome.

Dans les négociations entre le Vatican et les traditionalistes, «il ne faut certainement rien attendre de nouveau avant l’automne», a déclaré mercredi à l’APIC l’abbé Arnaud Sélégny, secrétaire général de la Fraternité Saint-Pie X à la maison généralice de Menzingen, dans le canton de Zoug. Qui dément catégoriquement que le cardinal Castrillon Hoyos ait rencontré entre le 11 et 12 mai des responsables de la Fraternité Saint-Pie X en Suisse. Le 2 mai, le cardinal Hoyos a reçu le Père Rifan, un prêtre brésilien de Campos, membre de la Fraternité Saint Jean-Marie Vianney, accompagné d’un membre de la Fraternité Saint-Pie X.

Dans un communiqué publié le 23 mai, l’abbé Benoît de Jorna, directeur du Séminaire International Saint Pie X à Ecône, en Valais, précise qu’il n’y a pas eu de visite à Ecône du cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé. Certes, le cardinal Hoyos s’est bien rendu le 11 mai à Munster, en Allemagne, précise l’abbé Sélégny, mais il était invité par «Pro missa tridentina», qui fait partie des nombreuses associations traditionalistes indépendantes qui militent pour la défense de la messe tridentine. Il y a rencontré des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, qui accueille depuis le 18 juillet 1988 les traditionalistes qui n’ont pas suivi le schisme de Mgr Lefebvre.

Dans une interview publiée par Ecône, l’abbé de Jorna, 49 ans, ancien supérieur du district de France de la Fraternité Saint Pie X, n’apparaît pas très optimiste quant aux chances de succès du dialogue entre Ecône et Rome, renoué l’an dernier. «Ce n’est pas la première fois dans l’histoire du séminaire que des discussions ont lieu, et toujours après un moment d’espoir, ce fut l’impasse. C’est pourquoi nous sommes sans trop d’illusions», lâche-t-il.

L’abbé de Jorna craint la récupération

Pour l’abbé de Jorna, les propositions de Rome sont «non pas un changement de position fondamentale sur la crise de l’Eglise, mais une nouvelle stratégie à notre égard dont le but est toujours le même: neutralisation de la réaction aux réformes conciliaires. (…) Mais nous ne voulons pas être parqués ou mis dans une sorte de zoo dans l’Eglise conciliaire.»

Le supérieur d’Ecône estime que pour Rome, l’Eglise du troisième millénaire doit être pluraliste: «Tous les courants de pensée doivent pouvoir s’y côtoyer, et c’est là le problème!». L’obstacle majeur à un accord est-il la messe en latin ou l’acceptation du Concile Vatican II ? «Personnellement, affirme B. de Jorna, je ne crois pas à des discussions qui ne porteraient pas sur le fond: sur Vatican II, sur la nouvelle messe, intrinsèquement mauvaise comme nous l’avons toujours affirmé dans la Tradition, sur le nouveau code de droit canonique, qui fait entrer la nouvelle ecclésiologie de Vatican II dans la législation de l’Eglise.»

L’abbé de Jorna considère que, parmi les autorités romaines, ceux qui souhaitent voir aboutir les négociations avec les adeptes d’Ecône «veulent un accord purement pratique et non doctrinal. Ils nous l’ont dit. C’est cette disposition de leur part qui empêche a priori un possible accord. (…) Notre attachement à la messe traditionnelle n’est pas une question de sensibilité mais une question de foi. (…) La nouvelle liturgie met en danger notre foi catholique. C’est déjà ce qu’exprimait clairement il y a 30 ans l’irremplaçable ’Bref examen critique de la nouvelle messe’ des cardinaux Ottaviani et Bacci.»

Quant à l’éventualité d’une administration apostolique qui serait créée pour accueillir la Fraternité Saint-Pie X, le supérieur d’Ecône reconnaît qu’en soi, ce serait effectivement une proposition très séduisante. «Mais prenons garde: une administration apostolique, c’est une situation exceptionnelle pour temps exceptionnel. L’administrateur dépend directement de Rome, des congrégations des évêques et de la Secrétairerie d’Etat, il est révocable à merci. L’accepter supposerait de notre part une très grande confiance dans le milieu romain actuel. Nous n’en sommes pas là – loin de là!»

Jean Paul II reste toujours «le pape d’Assise»

Aux yeux des traditionalistes, le pape Jean Paul II reste toujours «le pape d’Assise». Après 20 ans de pontificat, Jean Paul II n’a pas changé, pour l’abbé de Jorna: «L’idée qui le mène, c’est le nouvel œcuménisme issu de Vatican II. Beaucoup se demandent les raisons de son attitude actuelle vis-à-vis des traditionalistes. Certains disent qu’il veut effacer la condamnation de Mgr Lefebvre de son pontificat. Je pense personnellement qu’il veut nous intégrer dans cette Eglise pluraliste. Intégration qui serait notre désintégration.»

Le supérieur d’Ecône considère qu’un accord pratique sans accord doctrinal serait très dangereux pour les traditionalistes. Mais «pour l’instant, il n’y a probablement pas d’accord doctrinal possible.» Certes, ce n’est pas la récente visite de Jean Paul II à la Mosquée des Omeyades de Damas qui fera changer d’avis les membres de la Fraternité Saint Pie X. Un geste que l’abbé Sélégny qualifie d’ailleurs de «très ambigu» et qu’il aurait fallu éviter.

«En tant que défenseurs de la Tradition, nous ne souhaitons pas être intégrés à l’intérieur d’un vaste pluralisme au sein de l’Eglise». Pour Arnaud Sélégny, tous les acquis de Vatican II ne peuvent pas être acceptés tels quels. «Ainsi de la liberté religieuse au sens de Vatican II, car c’est une nouveauté totale. Pour ce qui est de l’œcuménisme, on est d’accord s’il ne s’agit que de chercher – comme cela a toujours été la tradition de l’Eglise – à convertir tous ceux qui s’en sont éloignés ou séparés.»

Quant au dialogue inter-religieux, s’il s’agit de maintenir une bonne entente avec les membres des autres confessions, la Fraternité y souscrit. «Mais s’il s’agit de dissoudre la vérité catholique dans autre chose…A partir du moment où l’on aborde le domaine religieux, un catholique est par définition missionnaire. La mission, dans la grande tradition de l’Eglise, c’est de devoir convertir toutes les âmes à Jésus-Christ.» Le secrétaire général de la Fraternité en est convaincu, le but du dialogue œcuménique est de ramener dans le giron de l’Eglise catholique tant les protestants que les orthodoxes. «L’Eglise catholique est la seule Eglise, et le dialogue œcuménique ne devrait avoir pour but que leur réintégration».

Divergences d’appréciation entre pragmatiques et doctrinaires

A propos des négociations en cours, il semble bien qu’au sein de la Fraternité, il y ait des divergences d’appréciation entre les partisans d’un accord doctrinal préalable et ceux qui accepteraient des solutions pragmatiques. L’abbé Sélégny, secrétaire général de la Fraternité Saint-Pie X, ferait partie de la ligne pragmatique: «Il y a chez nous différentes appréciations. A la Maison généralice, nous essayons de mener ces choses-là de manière rigoureuse. Nous souhaiterions effectivement que les fondements doctrinaux soient abordés et que nous puissions en parler avant un accord. Mais il faut voir comment les choses se développent.» L’abbé Sélégny est confiant: «Nous devrions certainement voir plus clair d’ici l’automne». (apic/be)

24 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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