Entretien avec le cardinal Ignace Moussa I Daoud,
APIC Interview
préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales
Les enjeux de la visite du pape en Syrie
Propos recueillis par Sophie de Ravinel
Rome, 19 avril 2001 (APIC) Le cardinal Ignace Moussa I Daoud, de nationalité syrienne et préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, accompagnera Jean Paul II lors de son prochain pèlerinage sur les pas de saint Paul du 4 au 9 mai prochain. Notre inerview.
Nommé préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales le 25 novembre 2000, le cardinal Ignace Moussa I Daoud était depuis 1998 patriarche d’Antioche des Syro-catholiques. Né en 1930 en Syrie, il a été ordonné prêtre en 1954 et a poursuivi ses études à Rome avant d’être élu évêque du Caire en 1977, puis promu à la tête de l’archiéparchie de Homs en Syrie en 1994.
APIC: De quelle manière les Eglises chrétiennes en Syrie vont-elles marquer concrètement leur exceptionnelle proximité durant la visite de Jean Paul II?
Cardinal Daoud: Les trois patriarches résidants à Damas, leurs Béatitudes Ignace IV Hazim pour les gréco-orthodoxes, Grégoire III Laham pour les gréco-catholiques melkites, et Ignace Zacca I Ivas pour les Syro-orthodoxes, se sont concertés pour accueillir le pape et tous les trois l’accompagneront lors de chacune des étapes. Ainsi le premier jour, après la réception au palais présidentiel, Jean Paul II se rendra directement dans la cathédrale des gréco-orthodoxes où sera privilégié l’aspect oecuménique de la visite. Le lendemain, après la messe solennelle célébrée au stade, le pape se rendra dans la cathédrale des syro-orthodoxes où seront surtout accueillis les membres du clergé, patriarches et évêques, prêtres et religieux. La veille de son départ, ce sont enfin les jeunes qui sont invités à se rassembler dans la cathédrale des gréco-catholiques. Pour les chrétiens syriens, une expérience si forte devrait rapprocher encore les communautés et peut-être freiner le phénomène de l’émigration. En effet, ce voyage va mettre en valeur les trésors d’architecture chrétienne de la Syrie et favoriser la venue des pèlerins et des touristes. Ce dynamisme devrait redonner aux chrétiens l’espoir d’une situation économique meilleure et une plus grande confiance dans leur pays.
APIC: Peut-on espérer que des liens plus forts soient tissés avec le gouvernement ?
Cardinal Daoud: En effet et c’est une chance à saisir pour les chrétiens. La collaboration, pour la préparation de la visite, est très étroite avec les autorités, aussi bien sur le plan de l’organisation matérielle que sur le plan général. Le fait de travailler ensemble produit toujours un enrichissement mutuel. Nous pouvons espérer pour l’avenir. Le Président Bachar el-Assad tient beaucoup à ce que ce voyage se déroule dans les meilleures conditions. Le jeune président souhaite que la Syrie paraisse comme un pays ouvert à l’extérieur, en recherche d’une réelle stabilité intérieure.
APIC: Lors de la rencontre prévue avec le monde musulman, le 6 mai, les organisateurs avaient souhaité qu’un texte spirituel commun soit lu, ce qui a été finalement annulé. Pour quelle raison?
Cardinal Daoud: Il se peut que certains organisateurs soient allés un peu vite et qu’en voulant faire sensation ils aient brisé l’élan. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui compte dans cette rencontre, c’est le climat, et il s’annonce très bon. Pour ce qui est du déroulement de cette visite, le Saint-Père entrera dans la mosquée des Omeyades qu’il visitera comme lieu de prière musulman mais aussi comme un lieu où l’on vénère le prophète saint Jean Baptiste. Ensuite, à l’extérieur, Jean Paul II se réunira avec le grand mufti et les autorités musulmanes. Cette rencontre viendra confirmer les bonnes relations que les musulmans et les chrétiens entretiennent.
APIC:Y a-t-il en Syrie un risque de radicalisation du monde musulman?
Cardinal Daoud: Je ne pense pas que ce danger existe en Syrie. Le parti Baas au pouvoir depuis 30 ans est bien assis et l’équipe gouvernementale est solide. Les chrétiens, les musulmans alaouites ou sunnites, jouissent tous des mêmes droits. Ce pays s’ouvre de plus en plus, l’économie se libéralise un peu après avoir été très «tenue» par le pouvoir. Les chrétiens jouent aussi un vrai rôle dans la société, même s’ils ne sont pas à des postes très visibles. Les musulmans syriens ne tiennent pas à ce que tout cela change et, s’il y a eu quelques craintes au moment de la succession du président Hafez el-Assad, elles sont maintenant retombées. La Syrie a déépassé le stade du fondamentalisme et les habitants veulent vivre en paix.
APIC: Jean Paul II se rendra justement à Quneitra le 7 mai, une ville martyre de la guerre israélo-syrienne, située sur la partie syrienne du plateau du Golan. Quel sera le sens de cette visite?
Cardinal Daoud: Si le pape va à Quneitra, lieu de très violents combats en 1967 et en 1973, c’est afin de prier pour que la paix s’installe enfin. C’est un geste lourd de sens, surtout en ce moment. Hélas, le conflit israélo-palestinien n’est résolu, la paix s’éloigne. Nous attendons encore que le président des Etats-Unis, G. Bush, tout juste élu, définisse sa politique. Mais là encore, la présence à Quneitra de Jean Paul II sera un baume pour toutes les personnes marquées par les conflits. Ce sera une reconnaissance de leurs souffrances, bien au-delà des frontières et des intérêts nationaux.
APIC: On parle de la présence en Syrie, lors de ce voyage, du patriarche des maronites, le cardinal Nasrallah Pierre Sfeir. Or, ne vient-il pas d’avir des propos très fermes contre la Syrie et pour l’indépendance du Liban ?
Cardinal Daoud: Le cardinal Sfeir revendique la pleine souveraineté du Liban. Ce n’est pas pour cela qu’il ne souhaite pas entretenir des relations amicales avec la Syrie. Or, aujourd’hui, les choses semblent un peu compliquées. Dans le cadre d’un conflit israélo-arabe, la Syrie a absolument besoin de l’espace du Liban qui est une protection frontalière pour la Syrie. Pour ce qui est de la venue en Syrie du cardinal Sfeir, je crois en fait qu’il réserve sa décision! S’il discerne que sa présence en Syrie peut-être un bien pour le Liban, il viendra. S’il pense ne rien y obtenir, il restera alors au Liban. (apic/sdr/pr)
APIC – Interview
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La visite en mars dernier du cardinal Roger Etchegaray, président du
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en
Encadré
Militant infatigable, père de trois enfants et grand-père de trois petitsenfants, Necker Dessables luttait déjà dans les années cinquante. Dans le
cadre des mouvements de jeunesse, précurseurs des mouvements populaires qui
précipitèrent la chute de la dictature Duvalier. Ancien élève des salésiens, il fit ses premières armes dans la JOC, puis dans le Mouvement ouvrier. «Je suis un laïc engagé, commente-t-il, tout simplement».
Chargé du Secrétariat de la Commission Nationale «Justice et Paix» à
Port-au-Prince depuis 1988, il a notamment vécu à ce poste, en contact
direct avec les victimes, la terrible période du coup d’Etat qui a renversé
le président Aristide et qui a fait plusieurs milliers de victimes. La
Commission «Justice et Paix» a, tout au long de cette période,




