Activités des sociétés pétrolières étrangères dénoncées

Soudan: Le pétrole plus important que les hommes

Rumbek, Sud Soudan, 22 avril 2001 (APIC) Choqués par les souffrances et les ravages qu’ils ont pu constater lors d’une mission de sept jours au sud du Soudan, cinq responsables d’Eglise canadiens ont demandé un moratoire sur tout ce qui concerne l’exploitation du pétrole, dans cette région riche en champs pétrolifères, mais dévastée par la guerre, jusqu’au rétablissement de la paix.

Dix-huit ans de guerre civile dans la région – un conflit souvent ignoré du reste du monde – ont fait plus de deux millions de morts et causé le déplacement de quatre millions de personnes.

Les responsables d’Eglise ont aussi demandé au Canada d’intenter une action en justice contre «Talisman Energy Corp.» , une société de Calgary, en Alberta, principal exploitant de pétrole au Soudan, et de l’empêcher d’extraire du pétrole et de payer des redevances énormes au gouvernement islamique de Khartoum qui utilise cet argent pour acheter des armes sophistiquées, et les déployer contre les citoyens du sud du Soudan, en majorité chrétiens et animistes.

«Le fruit de la paix», souligne la délégation dans un communiqué publié à son retour au Canada peu avant Pâques, sera le renforcement de l’initiative africaine IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement).

La mission canadienne, mise sur pied par le Rassemblement oecuménique d’Eglises pour l’Afrique (Ecumenical Interchurch Coalition on Africa – ICCAF), comprenait des représentants protestants, anglicans et catholiques romains. Elle a rencontré des membres du Nouveau Conseil des Eglises du Soudan dans le pays et à l’extérieur, de l’Operation Lifeline Sudan (OLS), des diplomates et des chefs d’Eglise, de l’IGAD et aussi des Soudanais en exil à Nairobi.

Dans un communiqué énergique remis au ministre des Affaires étrangères du Canada, James Manley, et à son représentant pour l’Afrique, David Kilgour, les responsables d’Eglise affirment: «Nous sommes choqués de voir qu’une société canadienne et un grand producteur de pétrole qui se trouve au sud du Soudan, verse des redevances énormes à la dictature militaire du nord conduite par le général Omar al Bashir. Nous considérons que le gouvernement d’Omar Al Bashir est en grande partie responsable des atrocités commises contre la population du sud du Soudan».

Moratoire et silence radio

Un moratoire devrait être adressé aux compagnies pétrolières suédoise, chinoise, malaisienne et canadienne, leur demandant de cesser la recherche, l’exploitation, les infrastructures, la production et la vente de pétrole tant qu’un accord de paix ne sera pas négocié par l’IGAD – qui comprend l’Ouganda, le Kenya, l’Ethiopie, l’Erythrée, le nord et le sud du Soudan.

Les délégués se sont rendus dans les régions affectées par la guerre juste au sud des champs pétrolifères. Ils ont rencontré les personnes les plus vulnérables – civils, femmes, enfants et déplacés a` l’intérieur du pays – ainsi que des autorités ecclésiastiques et locales.

«Nous avons entendu des récits de massacre et d’incendies de personnes qui avaient fui pour sauver leur vie quelques jours auparavant. Certains déplacés ont affirmé que ’le gouvernement veut nous faire quitter nos terres pour les donner aux sociétés pétrolières’».

Pour plusieurs responsables d’Eglise soudanais, l’action du gouvernement de Khartoum tient du «génocide». Les bombardements systématiques de la région, les attaques contre des cibles civiles, le déplacement forcé des populations civiles, le fait d’affamer la population, et autres actes de terrorisme ont été rapportés par les organisations de défense des droits de la personne. Selon la délégation, une action urgente de la communauté internationale est nécessaire.

«Nous ne pouvons dissimuler le fait qu’un facteur important de la souffrance de millions d’innocents est l’exploitation et la production de pétrole dans le sud, qui a causé la mort et le déplacement d’un nombre considérable d’habitants, les forçant à fuir leurs foyers et leurs terres pour un avenir incertain». (apic/eni/pr)

22 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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