La difficile voie du débat
Suisse: L’Eglise protestante de Genève veut un article constitutionnel sur les religions
Gladys Théodoloz, pour l’APIC
Genève, 23 avril 2001 (APIC) La votation du 10 juin ne résoudra aucune question fondamentale, quelle qu’en soit l’issue, estime l’Eglise protestante genevoise (EPG). Plutôt que de risquer des clivages internes en donnant une consigne de vote, l’EPG a choisi la «difficile» voie du débat. Elle publie un argumentaire à l’intention des citoyens suisses.
L’EPG saisit également de ce débat pour promouvoir un projet qui lui tient à cœur: l’introduction, dans la Constitution, d’un nouvel article sur les relations entre les Eglises et l’Etat. Joël Stroudinsky, président de l’EPG, s’en est expliqué lundi 23 mars lors d’une conférence de presse. Si, pour bien des protestants, l’article 72 alinéa 3 de la Constitution n’est guère satisfaisant, sa suppression sans contre-projet ne l’est pas non plus. Ils craignent un «vide juridique» qui mettrait en péril tout l’avenir des relations entre les religions et l’Etat fédéral. De plus, l’abrogation de l’article litigieux pourrait ouvrir la porte à de regrettables ingérences «romaines». Aux yeux de l’Eglise protestante, réclamer sa suppression sous le simple prétexte qu’il est discriminatoire et obsolète – comme le fait par exemple Ruth Metzler – c’est manquer de recul et occulter l’épaisseur du contexte historique qui a présidé à sa rédaction. Au pire, les militants de l’abrogation mettent en danger la paix confessionnelle que cet article cherchait à préserver.
Aider le public à se faire une opinion
A l’issue d’un débat nourri, le Consistoire a décidé, le 16 mars, de faire preuve d’audace en laissant le libre choix de vote, «parce qu’il est dans la tradition protestante de valoriser l’expression personnelle, citoyenne, la liberté de conscience mais aussi la responsabilité» explique le pasteur Stroudinsky. «Nous ne nous sentons pas menacés par l’Eglise catholique genevoise», assure le président de l’Eglise protestante. «Mais le problème n’est pas genevois, il est suisse», ajoute-t-il aussitôt. Et c’est au niveau suisse, nettement plus tumultueux, que les citoyens devront se prononcer…
Dans cette perspective, l’EPG a concocté un document destiné à aider ses membres, et plus largement les citoyens, à se forger une opinion sur la question. «Nous n’avons pas voulu nous enfermer dans une décision qui marquerait des clivages internes. Nous avons choisi une voie plus difficile, celle du débat», commente Joël Stroudinsky. Répertoriant les arguments pour et contre l’abrogation, tels qu’ils sont ressortis des échanges au Consistoire, le document met en relief l’importance, pour notre pays, de se doter d’un article constitutionnel garantissant la paix religieuse, surtout à notre époque de pluralisme religieux.
L’Eglise catholique-romaine soutient un article sur les religions
Reste à savoir comment mettre en place un tel article, dont l’élaboration, précise bien le pasteur Stroudinsky, relève du domaine politique. Il souhaite qu’au lendemain de la votation – et quelle qu’en soit l’issue – l’EPG persévérera dans son projet d’article sur les religions. Projet que l’Eglise catholique romaine et l’Eglise catholique chrétienne de Genève soutiennent quant à elles fermement. (apic/gt/mjp)




