Nouvelles mutineries dans des prisons brésiliennes

Brésil: L’Eglise demande une réforme en profondeur du système carcéral brésilien

Brasilia, 5 mars 2001 (APIC) Alors que de nouvelles mutineries avec prises d’otages ont lieu depuis dimanche dans des prisons du Brésil, faisant un mort et un blessé parmi les détenus, l’Eglise catholique brésilienne demande une réforme en profondeur du système carcéral brésilien. Le président de la Conférence épiscopale, Dom Chemello, estime que les détenus ne doivent pas seulement être punis, mais également récupérés pour être réintégrés dans la société.

Un détenu a été étranglé et un autre blessé dimanche dans la prison d’Adriano Marrey, près de Sao Paulo au cours d’une révolte avec prise d’otages. Egalement dans l’Etat de Sao Paulo, une autre mutinerie avec prise d’otages a eu lieu à la prison d’Araraquara. A Goiania, dans l’Etat de Goias, une vingtaine de prisonniers qualifiés de dangereux se sont eux aussi emparés de gardiens.

Au Brésil, la violence due à la dégradation de la situation sociale augmente vertigineusement, la population carcérale, en progression annuelle de 15% ces dernières années, atteint désormais 135 pour 100’000. Les prisons surpeuplées – 10’000 prisonniers s’entassent dans le pénitencier de Carandiru, à Sao Paulo – sont de véritables poudrières mises en coupe réglée par des chefs de bande régnant sur de véritables petites «armées».

A la mi-février, une gigantesque mutinerie a éclaté dans 29 prisons de l’Etat de Sao Paulo. Plusieurs milliers de personnes – des gardiens, des fonctionnaires et des visiteurs, dont 1’400 enfants – ont été prises en otages. La rébellion a été matée dans le sang: 29 détenus ont trouvé la mort. Le président de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil (CNBB), Dom Jaime Chemello, a dénoncé à cette occasion le système carcéral en place aujourd’hui au Brésil, parce qu’il ne cherche pas à récupérer les prisonniers et ne les traite pas comme des personnes humaines.

Le PCC, ou «Parti du Crime», règne sur les prisons

La mutinerie qui a éclaté simultanément dans 29 prisons de Sao Paulo le 18 février, et qui reprend aujourd’hui, est pour lui un signal d’alarme en direction du gouvernement et de la société brésilienne qui attire l’attention sur la nécessité de changer les prisons brésiliennes.

Le mois dernier, près de la moitié des 60’000 condamnés qui accomplissent leur peine dans les prisons de l’Etat de Sao Paul s’étaient mutinés simultanément à l’appel d’une faction dirigeante des prisonniers, le Premier Commandement de la Capitale (PCC), en raison du transfert de neuf de ses leaders dans d’autres prisons.

Le PCC est une organisation «paulista» bien structurée fondée il y a 8 ans. Connue également sous le nom de «Parti du Crime», elle règne sur certains pénitenciers et disposerait de 5’000 membres. Le PCC «travaille» de concert avec des fonctionnaires pénitentiaires corrompus. Il est mêlé à des extorsions de fonds, des enlèvements avec demande de rançon, des assassinats et est lié au trafic de drogue. L’organisation dispose de moyens de communication sophistiqués, comme des téléphones cellulaires, pour coordonner les actions et poursuivre les affaires à l’extérieur de la prison.

Traiter les prisonniers comme des personnes humaines

«Le gouvernement et la société doivent ouvrir les yeux et commencer à penser à un autre type de prison où les personnes peuvent travailler et subvenir à leurs besoins. Où les détenus peuvent vivre dans la dignité et étudier», a-t-il lancé. Le président de la CNBB déplore que les prisons brésiliennes, aujourd’hui, ne servent qu’à réprimer et à punir ceux qui ont commis des crimes, alors qu’elles devraient les récupérer en vue de les réintégrer dans la société.

Dom Chemello qualifie de «dramatique» la situation des pénitenciers brésiliens et demande que le gouvernement et la société voient la réalité en face. La CNBB a déjà consacré dans le passé sa campagne de carême, la «Campagne de Fraternité», au problème carcéral brésilien. Mais, admet le président de l’épiscopat brésilien, «la CNBB n’est pas arrivée à faire changer les esprits sur cette question». Pour Dom Chemello, la société est en train de perdre ses valeurs éthiques, morales et spirituelles, et cette réalité ne contribue pas à la récupération des personnes condamnées à la prison. L’Eglise brésilienne a déploré à plusieurs reprises les conditions désastreuses dans lesquelles vivent les détenus au Brésil et la façon dont ils sont traités. En novembre 1992, un groupe de choc de la Police Militaire, envoyé mater une rébellion dans le pénitencier de Carandiru, avait causé la mort de 111 prisonniers, qui avaient été littéralement «massacrés». (apic/com/plp/be)

5 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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