Mise en garde à l’Eglise allemande, crainte de la sécularisation
Allemagne: Le pape Jean Paul II a écrit à tous les cardinaux allemands
Bonn, 13 mars 2001 (APIC) Le pape a écrit personnellement à tous les cardinaux allemands à l’occasion des récentes nominations de cardinaux, a-t-on appris lundi à Bonn. Dans son message portant la date du 22 février, date de la création des nouveaux cardinaux et fête de la «chaire de Pierre», Jean Paul II relève les mérites de l’Eglise catholique en Allemagne, tout en soulignant des développements erronés dans le domaine de l’œcuménisme, de la formation des théologiens et la collaboration entre prêtres et laïcs.
Le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, a présenté ce message du pape la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée plénière de printemps des évêques allemands. Dans sa lettre adressée à chacun des cardinaux, le pape demande aux évêques allemands de prendre à temps des mesures efficaces pour faire face aux développements erronés et de garantir l’unité de l’Eglise en Allemagne avec le pape et l’Eglise universelle. Après avoir dit sa reconnaissance pour l’engagement de l’Eglise allemande, dont il salue le dynamisme de l’action et la manière vraiment louable dont elle prend soin des frères et sœurs dans la détresse, Jean Paul II souligne les problèmes particuliers qui touchent l’Eglise allemande et la nécessité pour ses pasteurs de prendre les mesures adéquates. Jean Paul II craint avant tout la sécularisation qui menace l’Eglise allemande.
Une solide structure, mais minée par la sécularisation
Certes, reconnaît le pape, l’Eglise allemande dispose d’une solide structure organisationnelle et est présente dans la vie publique grâce à de nombreuses institutions. Mais en même temps, il ne faut pas fermer les yeux sur le fait que de plus en plus de personnes se retirent d’une vie de foi active ou n’acceptent plus qu’une partie de l’Evangile et de l’enseignement de l’Eglise. Ainsi, un processus de sécularisation en constant développement avec pour corollaire la diminution de la foi menace de miner l’Eglise de l’intérieur, de sorte qu’elle peut certes paraître forte de l’extérieur, mais être en réalité sans force à l’intérieur, perdant aussi de sa crédibilité.
Jean Paul II exhorte donc les cardinaux allemands à engager leurs multiples talents en premier lieu pour que la foi catholique soit annoncée avec un nouvel élan dans toute sa plénitude et toute sa beauté. Le pape leur demande de prêter une attention particulière aux séminaires et lieux de formation. A ce propos, ceux qui exercent au nom de l’Eglise le service d’enseigner et de diriger doivent être fermement ancrés dans la foi de l’Eglise, pour ne pas céder à l’esprit du temps ou à la résignation, écrit le pape. L’enseignement dans les facultés de théologie n’est pas laissé à la libre convenance des professeurs, mais doit venir de la foi et conduire à la foi.
Graves soucis à propos de la famille
Le pape exprime ses graves soucis à propos de divers développement en matière de mariage et de famille et demande aux cardinaux, ensemble avec les évêques, d’offrir des orientations claires afin que de nombreux croyants vivent conformément au plan du Créateur sur le mariage et la famille, éduquent les enfants et les jeunes dans la foi et s’en tiennent fidèlement aux principes moraux contenus dans l’encyclique «Humanae vitae», dans l’exhortation post-synodale «Familiaris consortio» et dans le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur l’accès à l’eucharistie des divorcés remariés. Pour Jean Paul II, l’avenir de l’Eglise et de la société dépend essentiellement du futur de la famille.
Des dérapages en matière d’œcuménisme
En matière d’œcuménisme, le pape souligne que le chemin ouvert par le Concile Vatican II est irréversible. Mais il met toutefois en garde contre des dérapages, car dans certains endroits, on rencontre des «confusions et des abus». Dans ces questions difficiles, les évêques sont appelés à prendre leur pleine responsabilité personnelle dans ces questions parfois difficiles. Le pape cite l’intercommunion, «qui n’est pas pratiquée rarement», et qui fait beaucoup de tort à l’unité authentique. Cette hospitalité eucharistique entre catholiques et protestants n’est pas un phénomène exceptionnel en Allemagne, mais également dans les pays voisins.
Jean Paul II demande aux évêques de promouvoir le dialogue œcuménique sur le fondement solide de la déclaration romaine «Dominus Iesus». Ce document de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi a suscité l’an dernier une levée de boucliers non seulement dans les milieux protestants, mais également auprès de certains catholiques.
Finalement, le pape exprime son souci concernant la collaboration des prêtres et des laïcs dans le domaine pastoral. Selon des informations fiables, note le pape, on rencontre toujours, malgré les nombreuses mises au point doctrinales, des cas en matières de liturgie, de prédication, de catéchèse et de direction des paroisses qui ne correspondent pas aux prescriptions disciplinaires et doctrinales de l’Eglise. Le pape leur demande de mettre fidèlement en œuvre l’»Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres», publiée en novembre 1997, et qui avait fait de grandes vagues, notamment dans le monde germanophone. Il s’agit pour lui finalement de la question de l’identité des prêtres et des laïcs, qui est vitale pour l’Eglise. Jean Paul II souhaite encore de nouvelles initiatives en matière de pastorale des vocations, car le renouveau espéré de l’Eglise n’est pas possible sans le renouveau du sacerdoce et de la vie consacrée. (apic/kna/be)




