Liban: Poursuite de la tournée du chef de l’Eglise maronite aux Etats-Unis et au Canada

«Si défendre l’indépendance est être extrémiste, je suis extrémiste»

Montréal, 19 mars 2001 (APIC) Le cardinal Nasrallah Sfeir multiplie les déclarations politiques devant un public enthousiaste depuis qu’il a entamé une longue tournée aux Etats-Unis et au Canada pour visiter la diaspora libanaise. Dimanche, devant des sympathisants acquis à la cause de l’indépendance nationale, le chef de l’Eglise maronite du Liban a lancé: «Si défendre l’indépendance du Liban est de l’extrémisme, alors je suis extrémiste». Il entendait ainsi justifier ses multiples prises de position contre la présence syrienne au Liban.

Le patriarche maronite poursuit cette semaine sa visite pastorale de douze jours au Canada. Il a entamé lundi la troisième étape de sa visite canadienne par une visite à Toronto, après celles d’Ottawa et de Montréal, où il a notamment rencontré le président du Parti National Libéral (PNL) Dory Chamoun. « Si défendre l’indépendance, la liberté, la souveraineté et la décision libre est de l’extrémisme, c’est volontiers que nous nous déclarons extrémistes>>, a-t-il lancé à Montréal.

«Un Liban chrétien, c’est un nouvel Israël, sans les moyens d’Israël»

A Ottawa, il a plaidé devant des représentants des partis d’opposition l’action non violente à l’exemple de Gandhi. Le cardinal Sfeir a vivement dénoncé la Syrie, qui «tente de semer la discorde pour maintenir sa tutelle», et le risque d’implantation permanente des réfugiés palestiniens au Liban. Partisan de «l’arme de la prise de position», il a mis en garde contre une prise de position unilatérale, qui ne serait le fait que des chrétiens du Liban, insistant sur la nécessité que l’islam libanais réclame lui aussi l’indépendance du Pays des Cèdres: «Un Liban chrétien, c’est un nouvel Israël, sans les moyens économiques et militaires d’Israël (…) et un Liban musulman, c’est une entité qui sera très vite amenée à se fondre dans un ensemble plus vaste», rapporte lundi le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour». «C’est un seul parti qu’il nous faut aujourd’hui au Liban, celui de l’indépendance», a-t-il poursuivi.

Au Liban même, alors que le débat sur la présence des troupes syriennes bat son plein – sans parler des manifestations de rue en faveur de l’indépendance nationale vite réprimées par les forces de sécurité -, des milieux chrétiens ont appelé à une position chrétienne unifiée sous l’égide de Bkerké, le siège patriarcal maronite. Une telle unification des positions du camp chrétien à propos de la présence syrienne au Liban est aux yeux des observateurs absolument nécessaire pour aboutir à la réconciliation nationale.

Chrétiens libanais divisés: appel à une position chrétienne unifiée sous l’égide de Bkerké

Or les chrétiens libanais sont divisés: il y a ceux – partisans du général Aoun ou courant aouniste, les Forces libanaises et le PNL – qui réclament à cor et à cri le retrait des troupes syriennes du pays. Ces factions risquent à terme de provoquer des contre-manifestations préjudiciables à la paix civile. A Bkerké, le patriarche Nasrallah Sfeir se trouve à la tête d’une deuxième catégorie de chrétiens, qui bien que tout aussi fermes à propos de la présence syrienne et du droit à l’indépendance et à la souveraineté, renoncent toutefois à recourir à la violence et à l’activisme.

Les partisans de cette ligne évitent les moyens susceptibles de porter atteinte à l’ordre public dans le pays, même si ces méthodes pacifiques, que ce soient des manifestations ou des «sit-in», sont légitimes en soi. La position du cardinal Sfeir est soutenue par des tendances comme le Bloc national, la Ligue maronite, des députés et des ministres. Une dernière catégorie de chrétiens reste fidèle à la politique officielle concernant Damas. Ce camp officialiste comprend également des députés et des ministres. (apic/orj/be)

19 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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