Inde: Conférence pour dénoncer le système des castes

Les autorités appelées à mettre fin à «ce crime contre l’humanité»

New Delhi, 25 mars (APIC) Une conférence internationale sur le système discriminatoire des castes en Inde, tenue récemment à New Delhi, a appelé les autorités indiennes et la communauté internationale à «mettre fin à ce crime contre l’humanité».

Cette conférence, organisée par la Campagne nationale pour les droits des dalits (NCDHR), a aussi demandé que la question soit mise à l’ordre du jour de la conférence des Nations Unies sur le racisme, qui se tiendra en Afrique du Sud à la fin du mois d’août. Selon certains délégués, le gouvernement de l’Inde chercherait à éviter que le sujet y soit abordé.

Les principales victimes du système des castes sont les 180 millions de dalits, dont le statut social est si bas qu’ils n’appartiennent même pas à une caste. Avec les membres des tribus, les dalits font officiellement partie des «castes et tribus énumérées».

En Inde, les préjugés à l’égard des dalits sont généralisés. Dans de nombreuses régions, ils vivent à l’écart des castes supérieures, même si les castes aisées ont besoin des castes énumérées, auxquelles sont réservées de nombreuses taches serviles et humiliantes.

Dans la déclaration de la conférence, tenue en ce mois de mars, «les délégués condamnent le système discriminatoire des castes (basé sur le métier et la naissance) et la pratique de l’intouchabilité, qui sont la cause de terribles souffrances humaines et de violations flagrantes des droits de l’homme».

Parrainée par une quarantaine de groupes indiens et internationaux – entre autres, le Conseil national des Eglises de l’Inde – la conférence a été organisée en vue de la Conférence mondiale de l’ONU contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et autres formes d’intolérance (WCAR).

«Notre objectif est d’attirer l’attention internationale sur le sort des dalits», a expliquéé Martin Macwan, coordonnateur de la NCDHR, laïc catholique et militant dalit, aux 200 délégués, dont 40 venus de l’étranger pour assister à cette conférence.

Après quatre jours de débats, la déclaration de la conférence a «condamné les efforts déployés par le gouvernement de l’Inde pour que le système discriminatoire des castes ne figure pas à l’ordre du jour de la WCAR». Elle a aussi incité les autres gouvernements à faire inclure cette question à l’ordre du jour.

Témoignages

La déclaration a également reproché aux autorités leur refus d’accepter les conclusions du Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), selon lesquelles «la situation des castes et des tribus énumérées relève de la compétence de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale», dont l’Inde est signataire.

«L’intouchabilité est un crime contre l’humanité», affirme enfin la déclaration de la conférence, qui ajoute: «Le système des castes, comme base de ségrégatio et d’oppression en fonction de la naissance et du métier, est une forme d’apartheid et une forme distincte de racisme, qui touchent au même degré toutes leurs victimes, quelle que soit leur religion».

La déclaration de la conférence repose sur une série de témoignages présentés par des dalits au début de la conférence. L’un des plus éloquents fut présenté par un garçon de 11 ans, Sanjay Dangia, de l’Etat du Gujarat, dans l’ouest de l’Inde, qui a perdu un oeil il y a deux ans. «J’avais tellement envie de regarder la télévision que je me suis trop approché d’un dhaba [restaurant en bordure de route]. Le commerçant [de caste supérieure] m’a mis de la pâte de citron vert dans l’œil», a-t-il raconté aux délégués.

Un autre dalit, Gummalla Nandiraju, du district de West Godavari dans l’Etat d’Andhra Pradesh, dans le sud de l’Inde, a raconté aux participants que son père Kannaiah travaillait à la résidence d’un sarpanch (chef de village) de classe supérieure, qui y avait également son bureau. En juillet 1999, un parent du sarpanch l’a battu à mort pour avoir mis par erreur ses sandales quand il a quitté la résidence.

«Mon père a eu beau faire ses excuses, ils ne l’ont pas écouté», a dit Gummalla Nandiraju, qui a précisé qu’un des agresseurs était un enseignant. (apic/eni/pr)

25 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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